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Un article de François-Xavier Bourmaud paru dans le Figaro du 5 janvier 2005

35 heures : le succès de la journée se mesurera à la mobilisation du privé

vendredi 4 février 2005 par admin

Les salariés du secteur privé descendront-ils en nombre dans la rue aujourd’hui ? Quelle que soit l’ampleur de la mobilisation du public, c’est aussi de ce paramètre que dépendent le succès de la manifestation et ses répercussions éventuelles sur les décisions du gouvernement. A l’origine de l’appel, CGT, CFDT, CFTC et FO le savent, qui ont tout mis en oeuvre pour faciliter la mobilisation du privé.

Il faut dire que la propension à manifester de ces salariés est nettement moins forte que dans le secteur public, où, comme le raconte un agent, « il suffit d’entrer dans un local syndical pour trouver des banderoles et calicots prêts à l’emploi ».

Rien de cela, au contraire, dans le secteur privé. L’un de ses représentants patronaux, Jean-François Roubaud, président de la CGPME, affirme même « ne quasiment jamais recenser de manifestants dans les PME ». Dans ces petites entreprises, l’absence de délégués syndicaux prive les grandes centrales d’un relais pour leur message. Résultat : « La manifestation ne fait pas vraiment partie de la culture des salariés des PME », reconnaît Jean-François Roubaud.

D’une façon plus générale, « les mécontents du secteur privé se sentent peu concernés, même s’ils sont plutôt satisfaits de voir des gens défiler pour eux. C’est ce que l’on appelle le mécanisme de « grève par procuration », explique Bernard Brunhes, vice-président de la société de conseil en ressources humaines BPI.

D’où les efforts déployés par les syndicats pour éviter que le privé n’adopte à nouveau cette attitude de « passager clandestin de la contestation ». Premier moyen utilisé : le choix d’un samedi pour manifester. A l’exception de secteurs comme le commerce ou d’entreprises dont les salariés travaillent ce jour-là, il est plus facile de s’organiser pour défiler. Le recours au droit de grève n’est pas obligatoire et le salarié ne risque pas de sanction de la part de sa direction.

Autre choix délibéré, celui d’organiser des manifestations dans toute la France, plutôt qu’un seul grand défilé à Paris. La démarche vise à inciter les salariés qui ne se seraient pas déplacés dans la capitale à manifester « à domicile ». Le cumul de tous ces défilés ponctuels - la CGT en recense 118 - permet en outre d’afficher des estimations, en nombre de participants, bien plus favorables aux organisateurs. « Quand on cumule les villes, on cumule aussi les arrondis supérieurs », souligne Daniel Croquette, délégué général de l’ANDCP, association regroupant près de 1 200 DRH. Cela permet en tout cas d’accentuer le rapport de forces avec le gouvernement et de prolonger le mouvement dans le temps. Car dans la logique de montée en puissance de la contestation, la démonstration de force dans la capitale fait figure de point d’orgue. Elle intervient pour augmenter la pression, lorsque le gouvernement reste sourd aux revendications. Encore faut-il pour cela que les syndicats restent soudés.

L’un des reproches adressés à François Chérèque (CFDT) lors de la réforme des retraites était d’ailleurs d’avoir brisé le mouvement en plein essor en donnant son accord au gouvernement.

Pour l’instant, les syndicats s’affichent unis derrière un mot d’ordre assez large : contre la réforme des 35 heures, pour des hausses de salaires, contre la révision du Code du travail. Des thèmes fédérateurs qui, au-delà du rassemblement des organisations syndicales, visent aussi à toucher le privé en un point sensible : le porte-monnaie.

Difficile de ne pas se sentir concerné par la question des hausses de salaires, même lorsque la réforme des 35 heures est implicitement « vendue » aux salariés du privé comme le moyen d’augmenter leur rémunération. « Je ne vois pas vraiment ce qui pourrait inciter les salariés du privé à manifester, en dehors d’une sorte de réflexe de militantisme solidaire », tempère toutefois cet expert en relations sociales.

Tous ces efforts déployés par les organisations syndicales en direction du privé se traduiront-ils sur le terrain aujourd’hui ?

Pressentant visiblement une forte mobilisation, du moins dans le public, le ministre de l’Economie, Hervé Gaymard, a d’ores et déjà pris les devants. Et affirmé que s’il fallait « prendre en compte » les revendications des Français, les manifestations n’étaient toutefois pas de nature à remettre « en cause la politique du gouvernement ». A moins que les troupes du privé soient telles que la démonstration de force tourne au défi.

François Chérèque a déjà donné son échelle d’appréciation dans un entretien au Parisien. « Pour que ce soit un succès, il faut que ce soit une manifestation aussi importante que celle des fonctionnaires le 20 janvier, soit quelque 300 000 personnes. » Les syndicats comme le Parti socialiste ou le Parti communiste en espèrent bien sûr beaucoup plus.

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