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Un article de Christophe Deroubaix paru dans l’Humanité du 13 juin 2005

47e jour de grève chez Fabio Lucci

mardi 14 juin 2005 par Christophe Deroubaix
La direction du groupe refuse toujours d’ouvrir des négociations avec les salariés en lutte de Plan-de-Campagne et Aubagne (Bouches-du-Rhône).

« À payer : 0 euro. Règlement par virement » ! Djamila Salvatori pose un doigt au bas de sa fiche de paie du mois de mai. « Vous avez vu ? » En revanche, le groupe Fabio Lucci, spécialisé dans les vêtements et le hard discount, a accordé une prime exceptionnelle de trois cents euros... à ceux qui ont travaillé. Une « récompense » aux non-grévistes à peine déguisée. 47e jour de grève ce lundi, 47e jour sans rémunération.

Le 29 avril dernier, à travers toute la France, douze magasins de l’enseigne, filiale du groupe Eram qui a récemment racheté Tati, déclenchaient un mouvement de grève, demandant une augmentation des salaires de 150 euros, un treizième mois et l’amélioration des conditions de travail.

Quelques jours plus tard, la direction proposait 5 % d’augmentation et des remises d’achat (inexistantes jusqu’alors) de 15 % pour les salariés, mais seulement pendant les fêtes de Noël et à la rentrée scolaire, hors soldes, hors promotions. La CFTC acceptait et appelait à la reprise du travail. Les magasins situés dans la région parisienne suivaient les recommandations du syndicat. Pas ceux de Plan-de-Campagne, l’une des plus grandes zones commerciales de France et d’Aubagne. Dans le premier, dix-huit des vingt-cinq salariés sont encore en grève. Dans le second, douze sur dix-sept.

Mais les magasins qui ont cessé le mouvement n’ont pas tardé à déchanter. Alors que la direction s’était engagée à payer les jours de grève à 100 %, les salariés n’ont eu droit qu’à 70 % de leur rémunération. Aucun protocole de fin de conflit n’avait été signé... Les élections nationales, qui se sont déroulées peu après, ont d’ailleurs placé la CGT largement en tête devant la CFTC, en chute libre.

5 % d’augmentation ? L’offre pouvait sembler coquette, mais les salaires des caissières et des vendeuses oscillant entre 960 et 1 100 euros, le gain se limitait à une cinquantaine d’euros, alors que le groupe a enregistré une hausse de 19 % de son chiffre d’affaires lors du premier trimestre 2005. Ces rémunérations sont alignées sur le minimum légal, sans aucun avantage social. Les employés, à 90 % des femmes, souvent seules avec des enfants, tombent, pour la plupart, dans la catégorie des « salariés pauvres ».

Depuis, la situation reste bloquée malgré la formulation, par les salariés et leur syndicat CGT, d’autres propositions : primes de pénibilité, création d’un poste supplémentaire, remise de 20 % toute l’année, report de l’augmentation de 5 % au 1er août, soit après la revalorisation du SMIC au 1er juillet. La direction nationale de Fabio Lucci refuse toujours l’ouverture de nouvelles négociations, de même que la nomination d’un médiateur officiel. « Ils ont même menacé de fermer le magasin », s’insurge Djamila, délégué syndicale CGT.

Les salariés des deux magasins ont reçu le soutien du conseil régional présidé par Michel Vauzelle (PS), de la ville d’Aubagne (PCF), de la fédération du PCF des Bouches-du-Rhône et de Marie-George Buffet. L’union départementale CGT a lancé un appel à la solidarité financière tandis que la municipalité (PCF) de Gardanne offre le repas tous les midis. Le préfet, interpellé à deux reprises, n’a pas répondu. Mardi dernier, les grévistes se sont enchaînés aux portes du MEDEF local. Ce dernier s’est engagé à contacter la direction. Sans suite.

Alors, vendredi, comme tous les jours depuis le 29 avril, les grévistes sont arrivés sur le parking vers 9 h 30. Ils ont étendu, face à l’entrée du magasin, une banderole jaune, siglée CGT, portant ce mot d’ordre : « On ne lâchera pas ».

À la même heure, les tribunaux administratifs d’Aix et de Marseille devaient statuer sur une demande de la direction de Fabio Lucci concernant notamment l’expulsion des salariés grévistes.

À Plan-de-Campagne, on attendait le jugement. Café, cigarettes, nervosité. À 10 h 30, les gendarmes ont effectué leur petite visite quotidienne. « De la routine pour voir si tout se passe bien », glissait l’un d’eux. « Vous venez nous passer les menottes ? » taquinait l’une des grévistes.

Son téléphone portable restant muet, Djamila décidait alors de se rendre au greffe du tribunal d’Aix. Ce dernier a déclaré la grève licite, débouté la direction quant à sa demande d’expulsion des grévistes du parking et demandé aux salariés en lutte de libérer les accès au magasin. La grève continue.

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