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Un article de Vincent Defait paru dans L’Humanité du 28 novembre

650 000 ans d’archives climatiques sorties des glaces

lundi 28 novembre 2005 par Vincent Defait
Climat . Jamais la quantité de gaz carbonique dans l’air n’a été aussi élevée, selon une étude de chercheurs européens. Leurs résultats permettent de simuler la machine climatique.

Pris au piège dans de minuscules bulles d’air, elles-mêmes figées depuis des lustres dans les glaces polaires, le climat du passé terrestre vient de livrer ses secrets. 650 000 ans d’archives ont été décryptés par les équipes du projet EPICA (Programme glaciaire européen en Antarctique). Mauvaise nouvelle, jamais la concentration en gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère n’a été aussi élevée qu’aujourd’hui, affirment les chercheurs, dans deux articles publiés dans Science. Bonne nouvelle, ces mesures posent les bases des simulations de la machine climatique. De quoi alimenter la conférence internationale sur le climat qui s’ouvre aujourd’hui à Montréal.

des bulles d’air témoins du passé

En juin 2004, les scientifiques de dix pays européens impliqués dans EPICA sortaient du sol polaire une carotte de glace longue de trois kilomètres. Les premières mesures de terrain révélaient 740 000 ans de climat terrestre. Arrivés dans les laboratoires européens, les cylindres de glace, découpés en rondelles de 3 mètres épaisses de 10 centimètres, ont subi des analyses plus poussées. Objectif : faire parler les petites bulles d’air piégées dans la glace, témoins inestimables du passé atmosphérique. Un an plus tard, les voilà décryptées. « La concentration de gaz carbonique est aujourd’hui 27 % plus élevée que le plus haut niveau enregistré au cours des 650 000 dernières années », chiffre Thomas Stocker, de l’Institut de physique de Berne.

Ces résultats viennent étayer de précédentes études, menées à partir de forages sur le site de Volstok, toujours en Antarctique. Ces travaux n’écrivaient l’histoire climatique « que » sur 420 000 ans. Désormais, les aléas atmosphériques sont connus sur 650 000 ans. Et confirment que « l’activité humaine a des conséquences uniques sur l’atmosphère », selon Dominique Raynaud, chercheur au Laboratoire de glaciologie et - géophysique de l’environnement (université Josephe-Fournier de Grenoble). « Sur 650 000 ans, on ne retrouve pas de vitesse d’augmentation de teneur en CO2 aussi rapide qu’actuellement », ajoute le glaciologue. En deux siècles, l’homme a autant modifié les paramètres climatiques que la variabilité normale l’a fait en dix mille ans. Tandis que le taux de gaz carbonique a oscillé dans des valeurs comprises entre 180 et 280 ppmv (parties par millions en volume), il flirte aujourd’hui avec les 380 ppmv.

L’ensemble des mesures alimenteront le prochain rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Elles permettent d’affiner les modèles de simulation de la machine climatique. Et d’imaginer son avenir... bouillant. Reste aux scientifiques d’EPICA à éplucher la longue carotte témoin glacé de 740 000 ans de l’histoire climatique du globe.

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