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Alexandre Bollengier | Le Monde du 02.05.07.

A Belfort, la lutte contre la discrimination commence par les jobs d’été

mercredi 2 mai 2007 par Alexandre Bollengier
Quatre mois après la visite à Belfort d’Azouz Begag, l’ancien ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, un Forum emploi et diversité a été organisé fin avril sur le site de GE Energy, quartier général européen du leader mondial de la fabrication de turbines électriques, filiale de l’américain General Electric.

Cette manifestation, la première du genre dans le Territoire de Belfort, a permis à quatre-vingts jeunes adultes âgés de 18 à 30 ans, domiciliés dans des quartiers dits "sensibles" à Belfort ou dans son agglomération - les Résidences, les Glacis, l’Arsot -, de rencontrer les cadres d’une dizaine d’entreprises locales, dont GE Energy et les Eurockéennes, en vue de décrocher un job durant l’été prochain. Ces jeunes, venus au Forum sur la base du volontariat, ont été informés de sa tenue par l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) locale, l’Ecole de la deuxième chance, la mission locale, ou la Maison de l’information sur la formation et l’emploi (MIFE).

Signataires de la Charte de la diversité aux côtés d’une cinquantaine de sociétés franc-comtoises, ces entreprises belfortaines ont décidé, en collaboration avec la Société patrimoniale du Territoire de Belfort (Sempat), de réserver une cinquantaine de postes à ces jeunes, pour la plupart issus de l’immigration. Non diplômés ou titulaires d’un doctorat, tous sont confrontés à des difficultés d’intégration dans le monde du travail.

Français né de parents algériens, Amin Ouffai alterne depuis sept ans petits boulots - notamment en tant qu’agent de fabrication chez Peugeot à Sochaux - et périodes de chômage. Titulaire d’un CAP et d’un BEP en électronique, ce jeune homme âgé de 25 ans n’est jusqu’ici jamais parvenu à décrocher un véritable emploi depuis sa sortie d’école, en 2000.

"Lorsque je me présente spontanément dans des entreprises, je sens parfois, dans les propos ou l’attitude de mes interlocuteurs, une réticence, une mise à distance liée à ma couleur de peau, assure-t-il avec amertume. Un jour, une secrétaire m’a assuré qu’elle transmettrait mon CV à son patron. En quittant son bureau, je l’ai vue le mettre à la poubelle."

Sans emploi depuis septembre 2006, M. Ouffai avoue avoir traversé des périodes de déprime au cours des dernières années. "A l’ANPE, je ne me suis jamais senti aidé", déplore-t-il. Aujourd’hui, il vit toujours chez ses parents et perçoit le RMI : 389 euros mensuels. "Avant, je ne voulais pas entendre parler du RMI, mais j’ai fini par mettre ma fierté de côté".

"Il faut décomplexer les relations entre ces quartiers et l’entreprise, affirme Vincent Riss, directeur des ressources humaines de GE Energy. Ce forum n’est pas une action ponctuelle, mais le début d’un travail de longue haleine." GE Energy emploie environ 1 700 personnes sur ses sites du Territoire, à Belfort et Bourogne. Chaque année, ils offrent une centaine de jobs d’été. En juillet et août, une vingtaine porteront l’estampille "Emploi et diversité".

"Présents dans une centaine de pays, nous sommes par nature une entreprise diverse, mais nous souhaitons aller plus loin, poursuit M. Riss. La diversité de la société française est une richesse. Nos équipes doivent refléter sa pluralité."

Pour faire évoluer la culture d’entreprise et encourager les managers à intégrer dans leurs effectifs la diversité de la population, GE Energy a nommé début mars une responsable ad hoc et affiche désormais sa volonté de jouer "un rôle social".

Alors que, en 2005, une autre filiale de General Electric, GE Medical Systems, a fait l’objet d’une plainte syndicale pour discrimination, sur le site belfortain de GE Energy, "nous n’avons jamais eu connaissance d’aucune affaire de discrimination ethnique, sociale ou liée à un handicap", assure Steffen Harremoes, délégué CFTC.

Mais derrière l’affichage d’une politique de diversité, la direction de GE Energy pense aussi à l’avenir. Les effets du papy-boom vont très vite se faire sentir dans le bassin d’emploi belfortain, avec nombre de départs en retraite. Or les carnets de commandes, dans le secteur de l’énergie, offrent une très bonne visibilité. GE Energy a prévu d’embaucher une centaine de personnes en 2007, mais sera appelée dans les années à étendre sa zone de prospection.

L’entreprise devra aussi redoubler d’efforts pour fidéliser des salariés dont la volatilité ne cesse de croître, surtout chez les jeunes. Une hausse générale des salaires de 4,3 % a ainsi été décidée pour l’année 2007. Avec un bonus de 0,5 % pour les femmes, qui représentent un peu plus de 15 % des effectifs du site de GE Energy.

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