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Paul Molga | Les Echos le 22.10.2012

A Gardanne, la centrale verte d’E.ON en manque de bois

lundi 22 octobre 2012 par Paul Molga
Le projet du groupe allemand pourrait être remis en question, faute d’une filière bois-énergie structurée localement. La préfecture se mobilise.

Le Comité régional de biomasse, qui va bientôt tenir sa première réunion à Marseille, devra déployer tous ses talents de diplomatie pour créer la filière bois-énergie pérenne que réclame le projet du groupe E.ON à Gardanne. L’industriel allemand veut y transformer l’ancienne centrale thermique de Charbonnages de France qu’il opère depuis 2008 en un modèle de vertu écologique. Le projet prévoit 150 millions d’euros d’investissement pour modifier la chaudière. Au terme de deux ans de travaux, l’unité ne devrait plus brûler que du bois forestier de seconde catégorie, des broussailles, des résidus de coupe, des déchets agricoles, etc. Elle aura besoin de 750.000 à 900.000 tonnes pour tourner sept mille cinq cents heures par an a minima. « Ce projet représente près de 40 % de la puissance nationale des chaudières brûlant des combustibles verts », indique la préfecture.

Reste à l’alimenter. La filière régionale ne fournit aujourd’hui que 450.000 tonnes de bois par an. « Il existe des gisements supplémentaires mais des contraintes physiques, sociales et psychologiques empêchent leur exploitation », indique un état des lieux réalisé par Proforbiomed, un projet européen destiné à promouvoir l’utilisation de la biomasse forestière en Méditerranée. L’étude constate un risque de pression sur la ressource. Outre Gardanne, un projet de centrale de cogénération porté par Innova dans le département voisin du Var prévoit de consommer 180.000 tonnes. De même, l’usine papetière de Tarascon, déjà principal consommateur des pinèdes de la région, « tient à sécuriser ses approvisionnements ». Elle couvre le cinquième de ses besoins dans la région.

L’étude n’est pas optimiste sur la capacité de mobilisation des ressources locales. D’un côté, les propriétaires fonciers manquent de tradition forestière, de l’autre, la menace des risques d’incendie les empêche d’accepter les coupes de bois dans leur parcelle « à cause des résidus de branches et d’aiguilles laissés sur le parterre de la coupe ». Même si des améliorations sont en cours, notent enfin les enquêteurs, « les comportements de certains opérateurs en forêt (dégâts aux chemins, aux arbres réservés, problèmes de paiement...) refroidissent les propriétaires ».

Aujourd’hui, le bois-énergie concerne une fraction faible de la récolte régionale : 20.000 tonnes. L’administration plaide pour la mise en place d’un plan de gestion contractualisé avec les propriétaires. Un dixième seulement des surfaces privées (qui constituent l’essentiel des forêts provençales) sont dotées d’un plan simple de gestion exigible au-delà de 25 hectares. Objectif : obtenir des signatures pour 270.000 hectares qui manquent à l’appel et trouver des solutions pour 630.000 hectares sans contrôle. « Mission impossible », pensent certains experts. E.ON a prévu d’utiliser 303.000 tonnes de granulés de bois importés au démarrage de l’installation. A l’heure où le groupe allemand a annoncé un vaste plan d’économie européen, la flambée de leur cours (13 % en 2011) pourrait freiner son programme.

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