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Claudine Mulard | Le Monde du 25.08.07

A Los Angeles, les plus modestes piégés par la crise immobilière

samedi 25 août 2007 par Claudine Mulard

Pour inviter les automobilistes à visiter les "maisons modèles" des environs, les démarcheurs brandissent toujours leurs panneaux Homes for sale (maisons à vendre) sur l’artère principale de Hemet (Californie).

A 150 kilomètres de Los Angeles, l’agglomération californienne du comté de Riverside - un des plus pauvres de l’Etat -, connue pour ses trailer parks (des campings améliorés), est l’une de ces villes qui ont connu un boom immobilier sans précédent depuis dix ans.

La construction de ces cités champignons a été le moteur d’un développement intensif, spécialement en Californie du Sud. Là, des ménages aux revenus modestes ont pu devenir propriétaires après s’être engagés dans l’obtention de prêts hypothécaires à taux variables, ces fameux subprime consentis aux emprunteurs à risque...

Or, avec la crise du secteur du subprime, rien ne se vend plus dans ces zones suburbaines. Pire, des milliers de petits propriétaires trop endettés ne peuvent plus rembourser les échéances de leurs crédits, et risquent de perdre leur propre logement.

Aux Etats-Unis, les procédures de saisie ont doublé en juillet, atteignant 179 599, selon le site Internet spécialisé RealtyTrac, qui dénombre plus d’1,1 million de procédures depuis le mois de janvier, soit une moyenne d’une procédure sur 112 foyers.

La Californie figure parmi les cinq Etats américains où les saisies de logements s’accélèrent, avec la Floride, le Michigan, l’Ohio et la Géorgie. Certaines zones urbaines, plus aisées, sont moins touchées (à Beverly Hills, on compte une seule saisie, et à Malibu... zéro !). Mais partout, la crise du crédit entraîne une chute des valeurs immobilières. "S’il y a quatre maisons saisies dans le voisinage, le prix de vente baisse d’au moins 20 %", affirme Robert Gnaizda, du Greenlining Institute de Berkeley, dont le but est d’encourager l’accès à la propriété pour les revenus faibles. "La crise présente affecte surtout les milieux défavorisés."

"PRÊTEURS PRÉDATEURS"

La situation est critique dans le comté de Riverside : au 2e trimestre 2007, la ville de Hemet a enregistré 68 saisies (contre 6 pour le 2e trimestre 2006) ; Murrieta en a compté 142, Temecula 136, Perris 147, Moreno Valley 309... L’histoire de la famille "J." est exemplaire. Il y a dix ans, ce couple a acheté un pavillon de quatre pièces à Corona, pour la somme de 148 000 dollars (110 000 euros), en en empruntant la quasi-totalité. Suite à des soucis de santé, leurs revenus ont diminué. Ne pouvant plus rembourser, ils ont refinancé en 2000, et à trois autres reprises, augmentant chaque fois le montant du prêt, pour tirer des liquidités.

Car, avec l’envolée spectaculaire des prix de l’immobilier dans la région, les sociétés de prêts, certaines de pouvoir revendre les crédits à Wall Street, ont sollicité très agressivement tous les propriétaires (par courrier, téléphone ou courriel), pour les inciter à monétiser leur plus-value immobilière.

En septembre 2005, les "J." ont emprunté à hauteur de 450 000 dollars, mais se sont vus contraints de mettre la maison en vente, pour faire face aux échéances. Estimé alors à 480 000 dollars, leur pavillon n’a pas trouvé d’acquéreur. Alors, le créancier, GMAC Mortgage, un des plus importants avec 34 bureaux en Californie, a engagé la procédure de saisie.

""Subprime" est un mot poli pour décrire des prêts scandaleux, commente ce lecteur du Los Angeles Times, il s’agit d’une escroquerie qui fait de l’acquéreur une victime." Aujourd’hui, des associations de consommateurs réclament des mesures pour protéger les propriétaires en difficulté. Le Greenlining Institute propose un fonds de 10 milliards de dollars, financé par les grandes banques, afin de les aider à restructurer leur dette.

Acorn (Association of Community Organizations for Reform Now), une organisation nationale vouée à la protection des consommateurs défavorisés, appelle à un moratoire d’un an sur toutes les saisies immobilières et à la suspension des ventes aux enchères de propriétés saisies, "afin que les victimes des prêteurs prédateurs puissent réaménager les termes de leurs emprunts", explique Larry Hynson depuis le siège d’Oakland.

Kerry Killinger, PDG de Washington Mutual, le 3e prêteur immobilier aux Etats-Unis, déplore le laxisme en cours dans la profession et réclame un meilleur encadrement de ses courtiers : "Nous avons des normes de sécurité pour tous les autres produits du marché. Notre bien-être économique exige un contrôle plus strict de ce secteur." D’autant qu’une étude récente de la Federal Trade Commission indique que la plupart des emprunteurs ont du mal à comprendre les termes des contrats de crédit, même les plus simples.


Countrywide sauvé par Bank of America

Countrywide, le numéro 1 des prêts hypothécaires aux Etats-Unis, voit le spectre de la faillite s’éloigner. Le groupe Bank of America a annoncé qu’il investirait 2 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros) dans cette entreprise. "C’est un signe de confiance dans Countrywide et dans l’idée que tout le secteur hypothécaire ne va pas exploser", estime Peter Cardillo, analyste d’Avalon Partners. Selon le site mortgagedaily.com, 84 établissements de crédit hypothécaire ont fait faillite ou cessé leur activité aux Etats-Unis depuis le 1er janvier.

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