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Article de Pierre DAUM (Montpellier) et Mourad GUICHARD (à Orléans) paru dans libération le 19 juillet 2006

A Montpellier, des syndicalistes paysans évitent la prison

mercredi 19 juillet 2006 par Mourad Guichard , Pierre DAUM

Ce n’est pas une victoire, mais un sacré soulagement. Jean-Emile Sanchez, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, n’ira pas en prison. En avril 2005, le successeur de José Bové avait menacé les dirigeants de Lactalis (premier collecteur de lait en France) de bloquer tous leurs camions s’ils persistaient à baisser le prix de rachat du lait aux producteurs « asphyxiés », ce qui lui a valu une peine d’amende en première instance. Une sanction insuffisante aux yeux du procureur de Montpellier qui avait fait appel et réclamé huit mois de prison ferme.

Amendes. Hier, les juges de la cour d’appel de Montpellier ont rendu leur arrêt : non pas la relaxe, comme le réclamait l’avocat de Jean-Emile Sanchez, mais la confirmation des 3 000 euros d’amende. Même s’il s’avoue « soulagé », Jean-Emile Sanchez déplore que « la justice n’ait pas compris le sens de notre action et continue à nous considérer comme coupables ». Mais c’est surtout contre l’Etat que le leader syndical dirige sa colère : « Le parquet, en cherchant à nous emprisonner, exprime la volonté du gouvernement de faire taire ceux qui sont radicalement opposés à la logique ultralibérale qui élimine les petits et moyens paysans afin de laisser place nette aux agromanagers. »

En plus des menaces, le tribunal montpelliérain tranchait deux autres affaires. La première, toujours liée à Lactalis, visait une dizaine de militants de la Confédération qui avaient volé quelques hectolitres de lait dans une filiale de Lactalis et les avaient redistribués à des foyers en difficulté, afin de dénoncer une nouvelle diminution des prix à leurs dépens. La seconde, dite « du Régent », concerne des paysans qui s’étaient emparés de sacs de l’insecticide du même nom. Jugé nocif pour les abeilles et pour les hommes, le Régent venait d’être interdit à la vente, mais le ministre de l’Agriculture, Hervé Gaymard, avait tout de même permis l’écoulement des stocks. « Les paysans ont agi en faveur de la santé publique », affirme François Roux, avocat de la Confédération, qui a porté plainte contre Hervé Gaymard devant la Cour de justice de la République. Pour ces deux affaires, la cour d’appel s’est là aussi contentée de confirmer les jugements de première instance (entre 150 et 500 euros d’amende par personne), sans suivre les réquisitions bien plus sévères du parquet.

« Courage ». « Alors que nos actions sont purement symboliques, nous sommes à chaque fois punis, s’insurge Jean-Emile Sanchez. Mais lorsque la FNSEA [syndicat agricole majoritaire, marqué à droite, ndlr] détruit 900 tonnes de viande comme à Fougères en 2001, elle n’est même pas poursuivie, et l’Etat accepte de payer à l’entrepreneur la note de 6 millions d’euros. » Pour Dominique, éleveuse de brebis à viande dans le sud du Larzac, ces décisions de justice plutôt clémentes « vont redonner du courage à toutes les sections de la Conf pour entreprendre de nouvelles actions du même genre ».


A Orléans, les anti-OGM « satisfaits »

Du palais de justice d’Orléans, Jean-Emile Sanchez conserve deux souvenirs diamétralement opposés. D’abord celui du tribunal correctionnel, qui l’avait relaxé dans une affaire de fauchage collectif entrepris à Greneville-en-Beauce (Loiret) en 2004. Et bien sûr, cette récente décision de la cour d’appel lui infligeant une peine de deux mois de prison ferme. A la sortie du tribunal, Jean-Emile Sanchez, entouré des 48 autres faucheurs, condamnés à du sursis simple, avait qualifié cette « sanction » de « politique » : « Dois-je me mettre au 110 mètres haies pour espérer une grâce ? » avait-il lancé en référence au cas de Guy Drut, amnistié. Les avocats des condamnés s’étaient aussitôt pourvus en cassation. Hier soir, des adhérents au comité de soutien et sympathisants des faucheurs volontaires s’étaient donné rendez-vous sur les marches du palais pour commenter cette nouvelle décision de Montpellier : « Nous sommes satisfaits, insistait Franciska Soler, porte-parole du collectif orléanais. Tout d’abord humainement pour Jean-Emile, mais aussi pour le devenir du mouvement. Ceci étant, et quelles que soient les décisions de justice à venir, nous sommes déterminés à poursuivre les fauchages. »

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