Liste des auteurs

Un article de Ludovic BLECHER, Charlotte ROTMAN et Gilles WALLON paru dans Libération le 15 mars 2006

A Paris, les bahuts sont dans la rue

mercredi 15 mars 2006 par Ludovic BLECHER, Charlotte ROTMAN, Gilles WALLON
Un an après les manifestations contre la réforme Fillon, des lycéens ont rejoint hier la contestation anti-CPE.

Une question a taraudé toute la journée les cortèges parisiens, plus ou moins spontanés, formés par les étudiants rejoints, hier après-midi, par les lycéens : mais où va-t-on ? A la Sorbonne, à l’Assemblée nationale ? Finalement, ce sera la Sorbonne, via Denfert-Rochereau, le tout dans une ambiance qui « manque carrément d’organisation », selon la remarque de François, en terminale S au lycée Rodin. A Paris, ils étaient 4 300, et 41 000 sur l’ensemble du territoire, selon la police.

« Dégoûtés ». La grande nouveauté parisienne d’hier, c’est que les lycéens ont commencé à venir. Spontanés, motivés, mais sans l’expérience des manifs de leurs aînés. Et, pour l’instant, pas très nombreux. Dans le défilé, plusieurs lycées parisiens présentent une délégation de trente ou quarante élèves. Parfois d’une centaine pour quelques gros lycées de banlieue. Pourtant, ils sont beaucoup plus à être contre le CPE. Mais « pas mal qui ont été dégoûtés avec les manifs contre Fillon de l’an dernier, ils se disent que ça ne va servir à rien », note Styvince, 16 ans.

Une tentative de débrayage de plusieurs établissements avait été organisée dans la matinée par une poignée de lycéens des XIIIe et XIVe arrondissements. La méthode est assez simple. « On va devant les lycées et on crie : "Lycéens, avec nous !" », explique Clément, 16 ans. Les résultats sont mitigés. « Ils nous ont souvent dit qu’ils feraient le blocage demain. » N’empêche, le mouvement est lancé. Depuis Montreuil, une « interlycéenne » de quatre établissements de l’Est parisien s’est organisée, avec plus de 400 personnes. « Les professeurs aussi se sont mis en grève », raconte Arnaud, en hypokhâgne.

Canettes et rétroviseurs. Au fil de la manif, le cortège s’étoffe. C’est aux cris de « Chirac, Villepin et Sarkozy : votre période d’essai, elle est finie » qu’il bifurque vers la Sorbonne. Mohammed, étudiant en physique à Jussieu, qui a voté tous les jours la grève se met quand même à douter un peu de ses modalités : « Réflexion faite, il vaudrait mieux réserver le blocage de la fac aux grands jours de grève. Sinon, on va finir par se mettre tout le monde à dos. »

Il n’est pas tout à fait 17 heures lorsque la tête de manif arrive aux abords de la Sorbonne. Les CRS sont là, casqués et bouclier au poing. Les premières canettes fusent, des bouteilles en verre, des rétroviseurs et des morceaux de panneaux, aussi. Réplique : coups de matraque et gaz lacrymo. A quelques mètres de là, plusieurs centaines de manifestants, plus pacifistes, improvisent un sit-in bloquant sur le boulevard Saint-Michel. Au final, cinq policiers sont blessés dans les affrontements, et sept personnes interpellées.

Vers 20 heures, une quarantaine de jeunes « Identitaire » ont chargé à leur tour, brièvement mais violemment, les étudiants avec des barres de fer et des bombes lacrymogènes. Ces militants d’extrême droite ont ensuite posé devant la statue de Charlemagne à mi-chemin de Notre-Dame et de la préfecture de police avec une banderole proclamant « Libérons les facs ». Puis ils se sont dispersés aux cris de « Europe, jeunesse, révolution » sous le regard impassible des forces de l’ordre.


CPE : Des gardes à vue à retardement

Drôle de calendrier. Au début de la mobilisation anti-CPE, sept acteurs du mouvement lycéen de l’an dernier contre la loi Fillon ont été convoqués et gardés à vue... pour des vérifications dans l’enquête sur l’occupation de l’annexe du ministère de l’Education, le 20 avril 2005. Tentative d’intimidation, pensent plutôt les jeunes. Hier, c’était le tour de Samuel Morville, l’un des leaders du mouvement anti-Fillon, par ailleurs condamné pour un crachat sur un commissaire à un mois avec sursis en janvier. Laure croyait venir pour une audition en tant que témoin, quand elle a passé les portes du commissariat du XVe arrondissement. Elle a eu « la surprise absolue » de se retrouver en cellule. L’an dernier, elle avait déjà fait 18 heures de garde à vue. Elle a effectué 6 heures de rab. Jean-Baptiste avait fait 20 heures, il en a repris 4. Pierre en a eu 3 de plus, Samuel également. Me Irène Terrel s’étonne d’« un tel saucissonnage des gardes à vue, à dix mois d’intervalle ». « Un mouvement social recommence, on essaye de nous calmer », estime Pierre, en première ES. Jean-Baptiste reconnaît être plus prudent lors des actions : « Si ça chauffe, je me mets sur le côté. » Mais ce coup de pression ne suffira pas à leur faire passer le goût des manifs. « Cela ne nous a pas enlevé l’envie de militer », assure Laure. Hier, ils étaient tous dans la rue.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !