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GAËL COGNÉ | Libération le 29 août 2008

A Romainville, l’usine qui traite les déchets a jeté ses sans-papiers

samedi 30 août 2008 par GAËL COGNÉ

Demba Komaté tend le bras, montre sa main. « Regardez. » Il en manque un petit bout. « C’est une bouteille qui m’a coupé le doigt. Je n’ai pas eu d’arrêt de travail. Je me suis mis de l’alcool le soir. Le lendemain, je suis allé chez le médecin. » Depuis six ans, Demba travaillait à l’usine de traitement des déchets de Romainville (Seine-Saint-Denis). En intérim. Il assure avoir sous la main « 300 contrats de travail », et « il y en a encore ». Il ne les a pas tous retrouvés. Dehors, des camions-poubelle se succèdent en longeant des monceaux de détritus.

Requalification. Ce Malien est sans papiers comme 18 autres (Maliens, Sénégalais et Mauritaniens) qui campent sur le parking de l’usine avec le soutien de la CGT (Libération du 21 août). Ils demandent des CDI et un soutien en vue de leur régularisation. Hier, ils ont reçu la visite de Marie-George Buffet et d’Arlette Laguiller. D’après la CGT, Olivier Besancenot doit les rencontrer bientôt.

Selon le code du travail, au bout de dix-huit mois de travail en intérim (sans interruption) au même endroit et au même poste, on doit obtenir une requalification en CDI. « Certains travaillaient depuis 1998 », rapporte Jean-Charles Schmitt, de la CGT. Demba Komaté reprend : « C’était des missions d’une semaine, souvent. Quand on était là depuis longtemps, comme moi. On ne regardait même pas le planning le jeudi. On revenait le lundi. »

Les murs du centre de déchets (le plus grand de France, 164 personnes y travaillent) appartiennent au Syctom, le Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères. Il regroupe plus de 80 communes franciliennes. Au conseil d’administration siègent une soixantaine d’élus. Son président, François Dagnaud, assure qu’il ignorait cette situation. « Ces gens ont été recrutés avec de faux papiers », explique-t-il, et d’ajouter que le Syctom n’est pas directement « partie prenante ».

Jusqu’en juin, Veolia (que nous n’avons pas réussi à joindre) détenait le contrat pour cette délégation de service public, et donc gérait le site. Mais le marché est désormais entre les mains d’Urbaser, une entreprise espagnole. Cette dernière n’a pas souhaité reconduire les missions des intérimaires avec lesquels travaillait Veolia.

La direction d’Urbaser explique qu’elle n’était pas au courant et se défausse sur son prédécesseur. Selon la CGT, elle aurait tout de même accepté de requalifier six personnes. Quant à Veolia, une rencontre doit avoir lieu (après intercession du Syctom) cet après-midi, à 18 heures, pour discuter de requalifications en CDI des 12 autres sans-papiers.

Remplacement. L’an dernier, un procès-verbal de l’inspection du travail a révélé qu’au moins la moitié des salariés étaient en intérim dans le centre de traitement des déchets de Romainville. Pourtant, les travailleurs temporaires doivent être recrutés uniquement pour des missions de remplacement, ou en cas d’accroissement de l’activité.

La CGT s’inquiète des pratiques de Veolia. Elle craint qu’elles n’aient encore cours sur d’autres sites du Syctom gérés par la multinationale.

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