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Un article de Vittorio de FILIPPIS paru dans Libération du 28 avril 2006

A la Bourse des pollueurs, le prix du CO2 s’évapore

vendredi 28 avril 2006 par Vittorio DE FILIPPIS
La tonne a chuté de 35 %, hier. La cause : six pays européens ont rejeté moins de gaz à effet de serre que prévu.

Débâcle générale dans le nouveau monde européen de la « finance carbone ». Hier, moins de seize mois après le lancement des Bourses européennes des droits à polluer, le prix d’une tonne de dioxyde de carbone (CO2), l’un des six gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique, a subitement perdu de sa valeur. A Powernext Carbon, la Bourse européenne des « droits à polluer », le prix des certificats d’émission de CO2 a baissé de plus de 35 %. « Nous avons clôturé à 15,70 euros la tonne de C02 contre 24,30 euros en début de séance, explique Jean-François Conil-Lacoste, directeur général de Powernext. Tout cela est dû à des circonstances exceptionnelles. »

En fait, six pays ­ la France, la République tchèque, les Pays-Bas, l’Estonie, la Belgique et l’Espagne ­ ont annoncé hier avoir enregistré des émissions de dioxyde de carbone inférieures aux fameux PNAQ (Plans nationaux d’allocations de quotas) mis en place depuis début 2005 et validés par la Commission européenne.

En Europe, 11 500 sites « pollueurs » (des centrales thermiques, des raffineries, sidérurgistes, cimentiers et autres chimistes) sont concernés par ces quotas d’émission. En France, le PNAQ pour l’année 2005 concerne 1 085 installations, pour un total d’émission de 156 millions de tonnes de CO2 autorisées. L’Hexagone est donc en deçà de 11,6 % par rapport à son PNAQ. Les cinq autres pays sont tout aussi vertueux que la France. Du coup, les spéculateurs et autres investisseurs qui avaient misé sur une envolée du cours de la tonne de CO2 en Bourse en sont pour leur frais. Même s’il manque encore à l’appel les publications d’émission de 19 pays européens. « Nous les connaîtrons dans quelques semaines, précise Cédric Philibert de l’Agence internationale de l’énergie. Reste que ce marché est en phase de structuration, il est donc normal qu’il s’ajuste aussi brutalement. D’autant plus que c’est la première fois qu’on fait le bilan annuel par pays européen des émissions de CO2. »

A quoi attribuer ce comportement écolo des entreprises françaises ? A des investissements réalisés dans de nombreux sites, rendant les productions moins polluantes ? Ou à une activité économique atone, donc moins consommatrice d’énergie, donc moins polluante ? « On ne sait pas encore. Mais peut-être ces premières allocations ont-elles été trop généreuses », conclut le patron de Powernext.


Des quotas d’émission incitatifs

Le système des marchés de quotas d’émission doit aider l’Europe à satisfaire au protocole de Kyoto, qui enjoint à l’Europe de réduire de 8 % ses émissions de dioxyde de carbone par rapport à celles de 1990, d’ici 2008-2012.

Un exemple : une entreprise émet 20 000 tonnes de CO2 par an. Si elle est considérée trop polluante, l’Etat l’inscrit dans son PNAQ (Plan national d’allocation de quota) et lui attribue un quota de 15 000 tonnes. Elle devra donc réduire ses émissions de 5 000 tonnes par an. Pour respecter cet objectif, soit elle rend ses installations moins polluantes, soit elle achète 5 000 tonnes de CO2 à des entreprises qui, elles, ont réduit leur émission et mettent sur le marché leur surplus de « quota d’émission ». Si aucune entreprise n’a la fibre écolo, la tonne de gaz devient difficile à trouver et son prix s’envole. Si elles font toutes des efforts, le prix chute.

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