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Un article de Sophie Fay et Virginie Malingre paru dans Le Monde du 3 mars 2005

A peine installé à Bercy, Thierry Breton doit affronter des comptes publics très dégradés

mercredi 2 mars 2005 par Sophie Fay, Virginie Malingre
L’Insee a adressé, mardi 1er mars, à la Commission européenne un état des finances publiques fin 2004. La réduction des déficits est moins importante que prévu et la dette s’accroît fortement.

Thierry Breton doit affronter, à peine nommé, les mauvaises nouvelles. Mardi 1er mars, l’Insee a communiqué à la Commission européenne ses dernières estimations de la situation des finances publiques françaises. Et il s’avère qu’elle est plus dégradée que prévu.

Le déficit public, d’abord, a certes reculé par rapport à 2003 - il a représenté 3,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2004 contre 4,2 % un an plus tôt - mais moins que ne le prévoyait le gouvernement qui misait sur 3,6 %. Et encore, ce chiffre pourrait être revu à la hausse dans la mesure où il intègre une soulte de 1,6 milliard d’euros qu’ont versé EDF et la Cogema au CEA au titre de l’obligation de démantèlement du site nucléaire de Marcoule."Le traitement de cette soulte est en cours d’examen avec Eurostat", explique l’Insee. Si l’institut statistique européen le refusait, les déficits publics monteraient à 3,8 % du PIB.

L’Etat n’est pas responsable de cette moins bonne performance. Ses comptes, sous l’effet d’une meilleure maîtrise des dépenses publiques et d’une amélioration des rentrées fiscales, se sont redressés : le déficit budgétaire en un an a été ramené de 62,3 à 51,5 milliards d’euros.

En revanche, les collectivités locales et, plus encore, les administrations de Sécurité sociale ont vu leur situation financière se dégrader très nettement. Pour la première fois depuis près de dix ans, les premières ont affiché un déficit, en 2004, de 2,2 milliards d’euros, sous l’effet de la hausse de leurs investissements. Les comptes sociaux, pour leur part, ont plongé : leur déficit est passé de 9,6 à 13,8 milliards d’euros en un an. Les dépenses de santé ont à nouveau dérapé, les mauvais chiffres de l’emploi et la réintégration des "recalculés" de l’ANPE ont pesé sur les comptes de l’Unedic.

Bercy ne semble pas s’inquiéter de ces dérapages. Dans un communiqué, publié mardi soir, le ministère se félicite de la "nette amélioration de la situation de nos comptes publics". Avant d’ajouter : "pour 2005, l’objectif du gouvernement d’un déficit public à 2,9 points de PIB est confirmé, grâce notamment à la stabilisation des dépenses de l’Etat et à la maîtrise des dépenses de santé permise par la mise en œuvre de la réforme de l’assurance- maladie".

La France s’est engagée à ce que ses déficits publics repassent, dès 2005, sous la barre des 3 %, inscrite dans le traité de Maastricht. Le transfert, au 1er janvier, d’une partie des retraites des agents EDF-GDF aux régimes de droit commun lui sera, à cet égard, indispensable. En contrepartie, EDF et GDF verseront une soulte de 7,7 milliards d’euros, qui améliorera les comptes publics de 0,7 point de PIB.

17 000 EUROS PAR FRANÇAIS

Bercy ne s’émeut pas d’un autre phénomène que mettent en valeur les chiffres transmis par l’Insee à Bruxelles : le dérapage de la dette, bien au-delà de la barre des 60 % du PIB inscrite dans le traité de Maastricht. La dette est montée de 63,9 % à 65,6 % entre 2003 et 2004. Elle représente aujourd’hui 17 000 euros par Français.

Ce point inquiète tout particulièrement la Banque de France, qui redoute l’effet boule de neige qu’aurait sur les finances françaises une hausse des taux d’intérêt, qui sont à un niveau historiquement bas en Europe. Aux Etats-Unis, la remontée du prix de l’argent est déjà bien engagée. Le gouverneur de l’institut monétaire, Christian Noyer, ne manquera pas de le faire savoir au nouveau ministre de l’économie.

Pour avoir été à la tête d’une entreprise surendettée (France Télécom), M. Breton ne pourra qu’être sensible à l’argument. Mais il lui faudra aussi honorer les promesses fiscales de Jacques Chirac. La majorité parlementaire y tient, désireuse de rendre du pouvoir d’achat aux classes moyennes avant les élections de 2007.

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