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Entretien réalisé par Mina Kaci paru dans L’Humanité du 30 novembre 2006

« À terme, on risque de manquer de généralistes »

jeudi 30 novembre 2006 par Mina Kaci
Santé . Le docteur Vincent Renard, président du Syndicat national des généralistes enseignants, lance un cri d’alarme sur un métier dévalorisé.

Pourquoi les généralistes enseignants sont-ils en grève illimitée depuis le 9 novembre ?

Vincent Renard. La médecine générale à l’université, devenue une spécialité comme les autres suite à l’instauration d’un diplôme d’études spécialisées et à la suppression de l’internat ancienne formule, est censée former la moitié des médecins du troisième cycle. De ce fait, nous sommes en droit d’escompter que la formation de ces professionnels, qui assurent le maillage du territoire afin de donner les soins de premiers recours, soit de qualité, voire d’excellence. Or, pour diverses raisons, le diplôme d’études spécialisées n’a pas été suivi de la création d’une vraie filière universitaire de médecine générale. Ce qui entraîne une absence d’enseignement en médecine générale pendant les six premières années, notamment. Cela provoque une désertion des étudiants, qui se détournent de cette discipline inconnue d’eux et dévalorisée. Au cours des trois premières années de DES, plus de 2 000 postes (30 %) sont délaissés dans la médecine générale, seule spécialité à se trouver dans cette situation.

Quelles conséquences ?

Vincent Renard. On se dirige tout droit, de manière annoncée, planifiée, vers une catastrophe démographique. Plus de 80 cantons en France sont susceptibles d’être touchés. Les soins de premiers recours risquent de ne pas être assurés dans les zones rurales et urbaines les plus défavorisées.

Vous n’hésitez pas à écrire que la profession de généraliste est menacée de disparition, n’est-ce pas exagéré ?

Vincent Renard. L’essence même de la profession généraliste est d’être capable d’assurer sur tout le territoire des soins de premiers recours. Or, si les médecins sont obligés de faire de la course à l’acte pour pallier le manque de praticiens, cette discipline, complexe, deviendra incompatible avec un exercice de qualité. On est largement en deçà du nombre de médecins généralistes par rapport au besoin reconnu dans les pays développés. Les généralistes ne vont certes pas disparaître, mais l’exercice de leur fonction risque de se transformer négativement.

Comment peut-on arriver à une telle dévalorisation de cette profession ?

Vincent Renard. Historiquement, tout avait été axé sur l’hôpital. On paie aujourd’hui l’erreur d’avoir oublié la médecine ambulatoire, secteur dans lequel s’exerce la majorité des actes. Mais l’université médicale n’a jamais réparé cet oubli. On a dû construire, de bric et de broc, l’enseignement de médecine générale grâce au surinvestissement des professionnels. Il reste que, plus de quarante ans après, on en est encore à essayer de faire en sorte que cette discipline soit reconnue au même titre que les autres. Rappelons que le diplôme d’études spécialisées ne date que de trois ans. Sans pour autant qu’existe une filière d’études universitaires. C’est du jamais-vu.

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