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Thomas Lemahieu | L’Humanité du 25.01.2008

Adieu service public, bonjour « marché public »

samedi 26 janvier 2008 par Thomas Le mahieu
Emploi . Malgré l’opposition de la gauche, en dépit des syndicats et des associations de chômeurs, la fusion ANPE-UNEDIC a été entérinée jeudi matin.

« Ce texte essentiel est destiné à améliorer le marché public de l’emploi. » En ouverture, mardi soir, du débat à l’Assemblée nationale sur le projet de loi instaurant la fusion entre l’ANPE et l’UNEDIC, Christine Lagarde, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Emploi utilise cette singulière formule. Un lapsus ? « Le marché public de l’emploi ? », s’étranglent en choeur plusieurs députés de gauche. « Vous avez bien entendu », rétorque du tac au tac Christine Lagarde. C’est sous cet auspice, avec cette transmutation volontaire du « service public de l’emploi » en « marché public de l’emploi », que se sont déroulés les débats express jusque tard dans la nuit de mercredi à jeudi.

Les socialistes et les communistes ont défendu un à un leurs nombreux amendements, mais ils n’ont pas obtenu, par exemple, que les associations de chômeurs soient représentées au sein du futur « Conseil national de l’emploi » chargé de diriger la nouvelle institution résultant de la fusion entre l’ANPE et l’UNEDIC en définissant des « orientations stratégiques des politiques de l’emploi ». Les collectivités territoriales auront droit, elles, à la portion congrue. Régulièrement en grève ces derniers mois pour défendre le sens de leurs missions, mais aussi leurs conditions de travail, leurs statuts et leurs droits acquis, les agents de lcomme ceux de l’assurance chômage n’ont toujours pas reçu les garanties qu’ils attendaient : droit d’option pour tous, garanties salariales, préservation des missions, activation toujours plus importante des dépenses dites « passives » (ce qui pourrait conduire à un nouveau rétrécissement du nombre de chômeurs indemnisés)… À l’AFPA, la perspective du démantèlement, survenue par surprise à l’occasion du débat au Sénat il y a deux semaines, est plus que jamais à l’ordre du jour.

À l’issue du débat, l’UMP et le Nouveau Centre ont voté pour le projet de loi. Pour le groupe socialiste, Monique Iborra exprime la « crainte » que le gouvernement « opère une OPA sur le financement de l’UNEDIC et réduise beaucoup le paritarisme ». Au nom des députés communistes, Roland Muzeau dénonce « l’objectif réel » de ce texte, loin de ses ambitions affichées de réduire le chômage et de simplifier les démarches des demandeurs d’emploi : « Il s’agit tout simplement de démanteler le service public de l’emploi en passant de la protection et de l’accompagnement du demandeur d’emploi à un modèle coercitif inspiré de l’idéologie anglo-saxonne du « workfare ». La fusion des activités de placement et d’indemnisation vous permettra de contrôler davantage les demandeurs d’emploi et de les contraindre à accepter n’importe quel poste dans des entreprises qui s’entêtent à proposer des emplois précaires, des salaires indignes, des conditions de travail déplorables, au risque de nourrir le travail clandestin. »

* CTP. Les députés ont décidé, mercredi soir, de prolonger jusqu’au 1er décembre 2008 (au lieu du 1er mars) l’expérimentation du contrat de transition professionnelle (CTP) dans sept bassins d’emploi. Ils ont également voté un article additionnel visant à « adapter » ce contrat à l’architecture institutionnelle prévue par le projet de loi de fusion entre l’ANPE et l’UNEDIC.

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