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Charlotte Noblet , Alain Peter Alain Raynal | L’Humanité du 16 mars 2007

Airbus. En Allemagne, la population et les salariés des sites menacés sont mobilisés

vendredi 16 mars 2007 par Alain Raynal, Charlotte Noblet, Alain Peter
Plus de quarante bus sont attendus à Hambourg pour la journée d’action européenne contre le plan de restructuration.

« Lorsque ça va de travers à Airbus, c’est toute la ville qui est touchée. » Walther Vogel, directeur de l’école professionnelle RS1 de Nordenham n’a pas eu de mal à convaincre ses élèves : beaucoup voulaient déjà aller à Hambourg pour la journée d’action européenne organisée ce vendredi contre le plan de restructuration d’Airbus. La cession du site de Nordenham menace non seulement le partenariat d’apprentissage de leur école avec Airbus, mais aussi plusieurs familles travaillant dans les ateliers.

Plus de quarante bus sont attendus dans la ville hanséatique, là où siège Airbus Allemagne. « Par solidarité avec les employés d’Airbus, un maximum d’habitants de la région doivent se rendre à Hambourg », déclare Ulrike Schlieper, chef du SPD au conseil de district de la Frise, au nord de l’Allemagne. « Nous devons nous battre ensemble pour le maintien des emplois et des sites dans le groupe Airbus, nous devons exiger le développement des technologies d’avenir et non leur retrait de la région. »

Depuis l’annonce du plan Power 8, le message reste le même. Ulf Thiele, secrétaire général de la CDU de Basse-Saxe - région comptant les usines de Varel et de Nordenham respectivement menacées de vente et de partenariat - invite le management d’EADS à la modération : « L’entreprise ne devrait pas mettre si facilement en jeu son capital numéro 1, à savoir le dévouement de ses employés. » Le vice-président du comité d’entreprise de Varel, Thomas Busch, regrette également qu’un simple retard de production sur l’A380 provoque la remise en question d’une chaîne de montage fonctionnant quasi parfaitement. Plus amer encore, Thomas Busch regrette le manque d’arguments économiques pouvant expliquer les mesures annoncées par le management, à savoir la suppression de 3 700 emplois et la vente ou cession de trois usines en ce qui concerne l’Allemagne.

« Nous sommes toujours dans une phase de demande d’informations et non de négociations », précisait encore en début de semaine Jutta Blankau, chef du syndicat industriel IG Metall Küste, responsable du nord de l’Allemagne. « Nous allons avoir besoin d’endurance pour défendre nos intérêts : la bataille ne fait que commencer. » Dans une « déclaration de Barrel », rendue public mardi, syndicalistes, comités d’entreprise et responsables politiques régionaux ont une fois de plus affirmé leur position : « Pour un projet industriel d’avenir, contre la vente de sites, la mise en place de partenariats stratégiques, les suppressions massives d’emplois et la logique de réduction des coûts. »

Le partage annoncé des productions, avec le montage de l’A350 essentiellement en France contre celui de l’A320 avant tout en Allemagne, fait également des mécontents. Les Allemands y voient une stratégie à court terme et craignent qu’Airbus n’investisse pas dans les technologies d’avenir comme les fibres de carbone pour ses usines en Allemagne, alors condamnées à péricliter. À IG Metall, on ajoute toutefois qu’il ne s’agit pas de faire passer les Allemands avant les autres, mais bien de défendre le personnel dans son ensemble contre les erreurs de management. Airbus est et doit rester européen.


Le Parlement européen expédie Airbus en trois quarts d’heure

Sur demande du groupe de la gauche unitaire (GUE), les eurodéputés ont débattu des suppressions d’emplois dans le groupe aéronautique.

Dix mille suppressions d’emplois chez Airbus : cela mérite-t-il d’être discuté entre eurodéputés ? La question a dû être posée par Francis Wurtz pour le compte de la Gauche unitaire européenne (GUE) pour que le Parlement européen mette le sujet à son ordre du jour. Faute de quoi, pour leur première session après l’annonce du plan de licenciements du constructeur aéronautique, les eurodéputés auraient sans doute « oublié » d’en parler. « Qu’il ait fallu batailler pour que le sujet soit discuté est en soi une énorme anomalie révélatrice de l’ambiguïté qui entoure la politique industrielle en Europe », estime Francis Wurtz.

Le débat a donc bien eu lieu, mercredi après-midi, à Strasbourg, pendant à peine trois-quarts d’heure. Il a surtout été mené par des intervenants allemands et français, les premiers tenant les rênes de l’exécutif européen, les seconds se recrutant dans l’assemblée. Chacun de louer Airbus, fleuron de l’industrie européenne, de rappeler que ses carnets de commandes sont pleins et que les salariés ne sont pour rien dans les difficultés actuelles. Mais là s’arrête le consensus. Car dès qu’il s’agit d’expliquer les suppressions d’emplois et de proposer des solutions, les avis divergent. Pour la présidence allemande de l’Union européenne, « la décision d’Airbus relève uniquement de l’entreprise. L’économie doit s’occuper de l’économie, la politique de la politique. Moi, je ne sais pas combien de temps il faut pour construire un avion », affirme Peter Hintze du ministère allemand de l’Économie et de la Technologie. Son compatriote, le commissaire européen à l’Industrie Günter Verheugen, lui emboîte le pas : « Airbus a décidé de rationaliser et d’externaliser des activités. À partir de là, il y a une demande d’intervention politique, mais la politique est incompétente pour intervenir dans la gestion d’une entreprise. En revanche, elle a une obligation morale pour aider les salariés licenciés. Les États peuvent recourir au crédits du fonds social européen ». Christine de Veyrac (PPE-droite européenne), par ailleurs maire adjointe de Toulouse, et Anne Laperrouze (ALDE-libéraux européens) estiment que « l’ingérence des politiques » dans Airbus explique les difficultés de l’entreprise. Cependant, la seconde demande aux pouvoirs publics d’ » augmenter leur part dans le capital ». Très remonté, Gérard Onesta (Verts) exige à la fois « une recapitalisation avec de l’argent public » et « une restructuration du fonctionnement intergouvernemental de l’entreprise ».

Ces diverses condamnations de l’intervention publique dans les décisions industrielles passent toutes sous silence le rôle des États dans le lancement d’Airbus. Elles oublient aussi de rappeler que les difficultés actuelles ont été précédées par la décision politique de faire entrer des actionnaires privés dans le capital d’Airbus.

Pour la gauche européenne, Jacky Hénin a mené la charge au nom de la GUE. « Développement et emplois se conjuguent mal avec une politique de l’euro fort, et surtout la soif de dividendes des actionnaires privés », a-t-il souligné. « Il faut revenir à une propriété et à un financement majoritairement publics. Seuls les États sont capables d’assumer des projets aéronautiques de cette importance. » Même son de cloche chez Kader Arif pour le Parti socialiste. « Combien de temps encore la Commission et le Conseil toléreront-ils que des directeurs d’entreprises compensent leurs propres échecs par le licenciement des travailleurs », a demandé Gabriele Zimmer (GUE). Devant cette pression, le commissaire européen a détourné l’attention sur Washington. Ainsi Günter Verheugen a-t-il annoncé au terme du débat que « l’Union européenne portera plainte auprès de l’OMC contre les États-Unis au sujet des subventions illimités qu’ils versent à Boeing ».


« Demander des comptes aux actionnaires »

Les élus communistes régionaux interpellent Lagardère et Daimler.

Les conseillers régionaux communistes de Midi-Pyrénées réunis autour de Martine Perez, la présidente du groupe, ont exprimé hier matin, lors d’une conférence de presse à Toulouse, leur opposition à la proposition des huit présidents socialistes de région, reprise par Ségolène Royal, de faire participer ces institutions publiques au capital d’EADS. « C’est un effet d’annonce qui ne réglera pas la situation de l’entreprise. Ce ne sont pas les 200 millions d’euros évoqués, soit 0,6 % du capital, qui peuvent offrir une perspective crédible. » « C’est une fausse solidarité qui ne profiterait en rien aux salariés ou aux régions, ont-ils poursuivi, cela d’autant que nous serions réduits à un simple rôle d’observateurs dépourvus de tout pouvoir comme c’est déjà le cas avec les pôles de compétitivité. » Ils ont en revanche revendiqué que « des comptes soient demandés aux gros actionnaires privés comme Lagardère et Daimler et non aux contribuables, encore moins aux salariés ». C’est ce que les élus communistes ont réaffirmé le matin même, lors d’une rencontre avec le président du conseil régional, Martin Malvy. « Trop d’exemples d’attributions d’argent public sans contrôle, de subventions distribuées pour effacer les dettes et de privatisations opérées dès que les affaires reprennent montrent la voie à ne pas suivre », ont-ils déclaré. Et de souligner avec force : « L’intervention publique n’a de sens que pour modifier les orientations de gestion. »

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