Liste des auteurs

Thomas Lemahieu | L’Humanité du 4 mai 2007

Airbus : L’exaspération s’accroît à Nantes

vendredi 4 mai 2007 par Thomas Le mahieu
La prime de 500 euros proposée par la direction demeure largement insuffisante aux yeux des grévistes.

En grève depuis vendredi dernier, les salariés d’Airbus à Nantes rôtissent sous le cagnard, avec l’impression tenace, et passablement délétère, d’être menés en bateau. Hier après-midi, à Toulouse, les négociations salariales sont en cours et, avec les percussions des tambours dans leurs oreilles, le goût du houblon dans leurs gosiers, les airs de la lutte dans leurs bouches - « Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais », s’égosillent-ils -, plusieurs centaines d’entre eux guettent les nouvelles. Comme leurs collègues de Saint-Nazaire, les ouvriers nantais de l’aéronautique revendiquent une prime de 4 000 euros environ (contre les 2,88 euros promis la semaine dernière par la direction d’Airbus), le retrait du plan de « restructuration » Power 8 et l’embauche des intérimaires.

Vers 16 h 30, les délégués syndicaux rapportent les premiers échos des discussions. « Pour le moment, la direction ne propose qu’une prime de 400 euros », indique Christian Brizais, délégué CFDT. Tollé dans la foule. « Ça va être ressenti comme une nouvelle provocation », promet en aparté Patrice Bernard, délégué CGT. Dans le désordre, quelques membres de la coordination incitent à « ne rien attendre des guignols qui, à Toulouse, se moquent de l’avenir de l’aéronautique française et européenne » et à « tout bloquer » dès vendredi matin.

Poussés à bout, les ouvriers d’Airbus discutent entre eux avec véhémence. « Attention les gars, se désole un jeune ouvrier, il ne faut pas qu’on tombe dans le panneau de la direction et qu’on se divise... » Un autre, trente ans de boîte au compteur, lâche : « Vous savez, moi, je n’ai jamais connu un mouvement comme celui qu’on fait, tous, aujourd’hui. On ne peut pas les laisser nous casser si facilement. » Une demi-heure plus tard, le résultat des négociations tombe : 500 euros de prime exceptionnelle si les salariés reprennent le boulot. « Pas question », crie le choeur retrouvé qui se disperse aussitôt. Rendez-vous ce vendredi dès 5 heures du matin, avec la tentation de plus en plus forte de durcir encore le mouvement.


« On a réussi à imposer l’unité »

Airbus . Aux avant-postes de la grève reconductible sur les sites de Saint-Nazaire, deux jeunes ouvriers témoignent d’un engagement qui bouscule la division syndicale.

Ils ont participé au petit groupe qui, vendredi dernier, sur le site Airbus de pré-assemblage des caissons centraux d’avions à Gron, à quelques kilomètres de Saint-Nazaire, a pris l’initiative de partir discuter sur tous les postes et a contribué à arrêter les chaînes (lire aussi l’Humanité d’hier). Quelques jours plus tard, alors que la grève générale est reconduite d’un matin à l’autre (voir ci-dessous), ils mesurent le chemin parcouru sans s’en rendre compte. Un tel mouvement de grève chez l’avionneur à Saint-Nazaire, leur ont dit les anciens, c’est inédit depuis près d’une trentaine d’années... À l’époque, Fabien Besnard et Aurélien Bonnet, respectivement vingt-quatre et vingt-cinq ans, n’étaient même pas nés. Eux, ils ne sont embauchés que depuis un an et demi mais, dans un contexte marqué par l’hégémonie quasi absolue de l’entente FO-CFTC-CGC, voilà que ces « gamins », rentrés chez Airbus après des années d’intérim, sortent leurs langues de leurs poches et contestent vertement l’« immobilisme » ainsi que la « division syndicale ».

faire quelque chose de concret

« Les choses sont très claires, ce sont les salariés, et non les syndicats, qui, avec les assemblées générales, mènent directement ce mouvement, détaille Fabien, affilié à FO, le syndicat majoritaire chez Airbus. On ne veut pas entendre parler de banderoles et d’étiquettes... » Aurélien, non-syndiqué et membre, avec une dizaine d’autres, de la coordination des salariés, amplifie encore le propos : « D’habitude, les syndicats font leur beurre de leur côté, estime-t-il. Moi, ce que je constate, c’est que jusqu’ici tout ce qu’ils ont fait contre le plan Power 8, par exemple, n’a pas eu d’impact. Là, les organisations ont l’air de comprendre qu’elles doivent appuyer nos revendications. On a déjà réussi à imposer l’unité entre tous, c’est énorme chez Airbus. Ça ne sert à rien de continuer de gueuler dans les tracts, mais sans rien faire de concret. »

Fabien et Aurélien tentent de défendre leur conception du collectif, à rebours des lieux communs sur l’« individualisme forcené ». « Moi, je pense depuis longtemps qu’il faut se serrer les coudes et relever la tête pour défendre nos droits, considère le premier. Sinon, on va perdre tous les acquis de nos anciens : après les primes d’intéressement et de participation, ils attaqueront le treizième mois et ils nous feront travailler 39 heures payées 35 ! » Sans forfanterie mais bille en tête, Aurélien glisse : « On a vraiment vu que l’esprit révolutionnaire venait plus de nous, les jeunes. Quand les gars de Méaulte se sont mis en grève contre Power 8, j’avais trouvé parfaitement inadmissible que l’on ne fasse rien à Saint-Nazaire... Je respecte les anciens parce qu’ils peuvent nous apprendre le boulot, mais on subit des pressions sur les chaînes, on augmente nos cadences, on n’embauche plus personne, on supprime les intérimaires, on va casser l’usine ville de Saint-Nazaire et maintenant on nous pique les primes, ça n’est pas acceptable : on ne pouvait plus se contenter de maugréer dans son secteur de l’usine, il fallait sortir et, jusqu’ici, on a réussi là où les syndicats patinaient. »


une détermination sans faille

Hier matin, au cours de l’assemblée générale quotidienne, entre 500 et 600 salariés des deux sites d’Airbus à Saint-Nazaire (Gron et l’usine ville) ont décidé, à main levée et à la quasi-unanimité, de reconduire leur grève générale pour la journée d’aujourd’hui. La coordination des salariés et les syndicats ont élaboré une plate-forme revendicative commune qui réclame le versement de primes exceptionnelles correspondant aux montants de l’intéressement et de la participation de l’année dernière (1 970 euros et 2 200 euros en 2006, contre zéro et 2,88 euros en 2007), le refus du plan Power 8, le maintien de tous les sites dans le giron Airbus, le remplacement de tous les départs et l’embauche des intérimaires. Seule fausse note : la CGC s’est désolidarisée de la revendication d’un retrait de Power 8.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !