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Alain Raynal et Lucy Bateman | L’Humanité du 2 mars 2007

Airbus en grève mardi

vendredi 2 mars 2007 par Alain Raynal, Lucy Bateman
Aéronautique . Les syndicats et les personnels se mobilisent contre les 10 000 suppressions d’emplois et les cessions de sites annoncées chez l’avionneur européen.

La riposte des personnels d’Airbus promet d’être à la hauteur des mauvais coups annoncés mardi à travers le plan Power 8 qui se traduit par 10 000 suppressions d’emplois et des cessions de sites industriels. C’est du moins l’objectif que se sont fixé les syndicats en lançant pour mardi prochain 6 mars une journée de manifestations et de grève nationale sur tous les sites français du constructeur aéronautique. La population et les élus sont conviés à se joindre aux diverses - manifestations qui devraient se - dérouler à Toulouse, à Saint-Nazaire, Nantes, et à Méaulte. « La colère est très forte chez les employés d’Airbus, tout le monde est mobilisé, Power 8 contient nombre de choses inacceptables, on veut tout renégocier avec Louis Gallois », a déclaré Jean-François Knepper, délégué syndical central pour Force ouvrière. Il a critiqué le président d’Airbus pour avoir « reculé et cédé » devant les pressions des actionnaires allemands. Une intersyndicale est prévue ce matin à Toulouse afin de préciser les modalités de cette journée d’action commune. « Il faut une riposte unitaire, et ce plan doit être retiré », a également insisté la CGT, qui a - réaffirmé son opposition résolue à Power 8, et a exprimé l’urgence d’une action unitaire. « Les quatre pays d’Airbus sont sévèrement touchés au niveau industriel et social. En France, c’est aujourd’hui la vente du site de Méaulte et la fermeture du site de Saint-Nazaire ville, demain à qui le tour », interroge la CGT ? D’autant, poursuit le syndicat, que la vente de Méaulte « ne comporte aucune garantie de pérennité de l’activité industrielle et des emplois » et « qu’aucune précision » n’a été fournie sur le devenir des salariés de Saint-Nazaire ville.

Rancoeur à Toulouse

Au lendemain de l’annonce des 1 100 suppressions d’emplois sur les 4 500 que - totalise le siège social d’Airbus Central Entity situé à Blagnac, les personnes qui acceptent de donner leur sentiment oscillent entre stupéfaction, appréhension et - découragement. Ici, travaillent pour l’essentiel les « cols blancs », comme on les nomme, des cadres supérieurs et des employés. Lors d’un micro-trottoir hier devant le siège, certains reconnaissent que face aux « doublons » dans le management, des mesures de réorganisation interne - devaient dans tous les cas être prises. D’autres s’estiment blessés par des mesures qui visent essentiellement les personnels et non les premiers responsables. « Beaucoup de hauts managers n’ont pas fait leur boulot, eux devraient partir et pas nous », dit l’un d’eux. Ajoutant avec amertume que « les directions allemandes s’en sortent mieux avec Power 8 alors que les problèmes techniques et les retards sur l’A380 sont de leurs responsabilités ». « Oui, mais les pépins pour l’A380 ont servi de prétexte sans pour autant constituer les vraies raisons du plan de restructuration », explique un collègue. Pour un troisième cadre, tout a basculé depuis le changement de capital et de statut d’Airbus. « Avant, tout marchait mieux avec le GIE, et depuis 2000 tout s’est dégradé, aujourd’hui ils voudraient sanctionner les personnels. » Devant le siège central, tout le monde garde l’anonymat mais n’en pense pas moins. Tailleur et manteau beige tiré à quatre épingles, une salariée, ingénieure, la quarantaine, hésite quelques secondes et craque : « Forgeard s’en est mis plein les poches et nous, nous sommes dans la merde. » Des mots, pesés, probablement très rares dans sa bouche, mais qui en disent long sur la rancoeur aujourd’hui de cette cadre chez Airbus.

Saint-Nazaire

sonné

Les salariés des deux usines Airbus de Saint-Nazaire devraient observer une demi-journée de grève mardi et manifester dans les rues de la ville contre le plan de restructuration Power 8, à l’appel des syndicats FO, CFTC et CGC.

La CGT des sites de Saint-Nazaire, qui aurait bien appelé les salariés hier à débrayer plus tôt, devrait se joindre à la manifestation de mardi. Selon le plan présenté mercredi, l’usine de Saint-Nazaire ville pourrait être cédée, tandis que l’usine de Gron, elle, serait préservée. Les salariés ont débrayé mercredi au moment de l’annonce du plan. Depuis, « dans les ateliers, les gens ne travaillent plus vraiment, ils discutent beaucoup de ce qui se passe, et la productivité est très faible », note Alain Manara, délégué CGT. « A priori, il n’y aura pas de débrayage avant mardi, mais tout peut arriver, tant les annonces sont contradictoires. » Yvonnick Dréno, délégué FO (majoritaire), confirme que « les salariés sont très en colère. La direction essaie de rassurer, en disant qu’il n’y aura pas de suppressions d’emplois, mais les salariés ne sont pas vraiment dupes ». Pour Jean-Louis Belliot, de la CFDT, « les salariés ont de grandes interrogations sur leur avenir, celui de leur métier. Ils ont la gueule de bois après avoir appris ces informations très dures, même s’ils s’attendaient à cette restructuration depuis quelques mois. Mais les annonces sont très incomplètes, on attend encore la mise en musique ».

Le sort d’Airbus, qui emploie presque 2 500 personnes à Saint-Nazaire, inquiète aussi les élus locaux. Le maire PS de la ville, Joël Batteux, a dit mercredi avoir obtenu l’assurance que la ville conserverait « l’assemblage du tronçon central de l’A350 » dans la communauté d’agglomération dont il est le président. « Le pire a été évité sur le moyen et le long terme », a-t-il considéré dans un communiqué. Une partie de la production de l’usine Saint-Nazaire ville serait transférée vers l’autre site, - selon le maire. « Une autre partie sera proposée par Airbus à un éventuel acquéreur pour reprendre l’activité », a précisé Joël Batteux. « J’ai eu l’assurance qu’il n’y aurait pas de licenciements, qu’il n’y aurait pas de changement de statut pour ceux qui sont aujourd’hui salariés d’Airbus » sur les sites de Saint-Nazaire et Nantes.


Des élus devant les grilles

À Saint-Nazaire, élus et responsables communistes ont tenu hier une conférence de presse très particulière puisqu’elle avait lieu devant les grilles de l’usine Airbus. Au côté de Gilles Bontemps, vice-président du conseil régional, et de Michel Rica, responsable départemental, deux « anciens de l’aérospatiale », Marc Justy, maire de Saint-Joachim, et Christian Saulnier, maire adjoint à Saint-Nazaire. Ils ont assuré les salariés de leur soutien. « Nous nous battrons pour que l’avenir d’Airbus fasse irruption dans toutes les assemblées élues », ont-ils déclaré.

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