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L’Humanité | Alain Raynal le 7 février 2007

Airbus : la mobilisation des personnels décolle

mercredi 7 février 2007 par Alain Raynal
aéronautique . Contre les menaces de restructurations et de réductions d’emplois, la grève à l’appel de tous les syndicats d’Airbus France a été largement suivie, sur fond de tension franco-allemande.

Après les salariés allemands d’Airbus qui se sont fortement mobilisés vendredi dernier, ceux des sites de Toulouse, Nantes, Saint-Nazaire et Méaulte ont pris leur tour hier en fin de matinée pour une mobilisation qui va crescendo contre « Power 8 ». Ce plan d’économies et de restructurations devrait être rendu public le 20 février lors d’une réunion du comité de groupe européen. La grève d’une heure avec rassemblement et prise de parole à l’intérieur de chaque site a connu une participation massive des personnels.

Les salariés européens inquiets

L’ensemble des syndicats - FO, CFE-CGC, CFTC, CGT, CFDT - avaient appelé à un débrayage commun. Pour demander « le retrait de toutes les mesures du plan Power 8 ayant un impact social néfaste », et inviter « les salariés d’Airbus et des sous-traitants de tous les sites d’Europe à défendre ensemble l’outil de travail ». Unanimement aussi, les syndicats constatent pour s’en inquiéter que les orientations de la direction d’Airbus « sont désormais plus financières qu’industrielles ».

Les salariés européens du constructeur aéronautique, et surtout les nombreux sous-traitants fragilisés par les restrictions déjà prévues, redoutent des délocalisations accélérées d’activités hors Europe, des suppressions d’emplois et d’importantes réorganisations industrielles. Pour économiser 5 milliard d’euros d’ici à 2010, puis 2 milliards par an, Airbus a précisé qu’il envisage des coupes importantes dans les frais de fonctionnement. Certaines sources indiquent que la part d’activité produite en interne pourrait être réduite de 65 % à 50 %.

Un vaste bras de fer à l’échelle européenne s’accentue à quelques jours de l’annonce de « Power 8 ». Entre salariés et directions pour le maintien des emplois et des sites. Entre États également. Il ne faut pas perdre de vue qu’Airbus se fonde sur une répartition relativement équilibrée des pouvoirs et des activités entre pays, précisément entre la France et l’Allemagne. Louis Gallois, président d’Airbus et coprésident d’EADS, a annoncé que le plan serait « difficile mais juste et équitable », mais les Allemands craignent que les sites et les emplois outre-Rhin payent le plus lourd tribut après les déconvenues techniques sur l’A380. Le syndicat IG Metall a fait état d’une étude alarmante prévoyant de 5 000 à 10 000 suppressions d’emplois et des transferts de productions d’Allemagne vers d’autres sites en Europe. La chancelière allemande, Angela Merkel, veut rencontrer Louis Gallois avant le 20 février. Un porte-parole du gouvernement allemand a indiqué à l’AFP que Berlin « utiliserait tous les moyens à sa disposition pour représenter auprès d’EADS les intérêts des sites allemands d’Airbus ». Autre avertissement, celui du ministre de l’Économie, Michael Glos, menaçant de « revoir les contrats de défense » avec EADS, si le plan de restructuration pénalisait particulièrement son pays.

Dans ce bras de fer, le risque existe de mise en concurrence entre salariés allemands et français. Outre-Rhin, la tension est montée d’un cran chez IG Metall et parmi les personnels à la lecture d’une étude commandée conjointement en France par les trois syndicats FO, CFTC et CGC et le CCE. « Cette étude du cabinet Stratorg confirme que les sites français sont performants et compétents, nous devions dire cela, il est normal que les salariés allemands défendent leurs sites et tout aussi normal que nous défendions les nôtres », explique Jean-François Knepper, délégué central Force ouvrière. Georges Daout, responsable des syndicats CGT des sites toulousains, alerte contre tout risque de division.

action unitaire, le 20 février

« Il est évident que tous les sites et les emplois en Europe doivent être maintenus, nous ne pouvons d’autant moins nous passer les uns des autres que les charges de travail qui nous incombent pour réaliser les nombreuses commandes d’avion sont très importantes », souligne-t-il, « nous devons tous être solidaires, salariés des usines en Europe et sous-traitants, car nous sommes confrontés aux mêmes dangers ». Des rencontres intersyndicales sont en préparation. Une idée prend son envol : celle de manifestations unitaires et convergentes sur tous les sites Airbus en Europe pour le 20 février.

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