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Un article de Nathalie Brafman et Dominique Buffier paru dans Le Monde le 29 novembre 2005

Alcan poursuit les restructurations, deux ans après avoir racheté Pechiney

mardi 29 novembre 2005 par Nathalie Brafman, Dominique Buffier

Deux ans après avoir racheté Pechiney - le 2 décembre 2003 -, le groupe canadien d’emballage et d’aluminium Alcan n’en finit pas de restructurer le groupe. Plus de 2 502 emplois ont été supprimés en Europe (sur 35 000) dont 1 011 en France sur 15 000.

Il y a un an, la CFDT avait alerté les salariés du groupe affirmant que cinq sites allaient fermer : Cruseilles (Haute-Savoie), Vandières (Meurthe-et-Moselle), Provins (Seine-et-Marne), Lannemezan (Hautes-Pyrénées) et Compiègne (Oise). Une baisse des effectifs étaient par ailleurs prévues, selon le syndicat, au centre de recherche de Voreppe (Isère), dans l’usine d’emballage de Froges (Isère) et dans la société Almet pour un total de 200 emplois.

La direction a confirmé en novembre 2004 les fermetures de Cruseilles et de Lannemezan. "Un projet de modernisation de 75 millions d’euros a été étudié au début de l’année mais n’a pas été retenu faute de rentabilité", confirme Pierre Meynard, directeur des affaires sociales Europe d’Alcan. En avril 2005, Almet a été vendu à Amari Metal France. Les sites de Provins et de Compiègne devraient être vendus. "Nous avons une piste sérieuse pour Provins et nous cherchons un repreneur pour Compiègne", affirme M. Meynard.

Des suppressions de postes ont été annoncées sur les sites de Mercus dans l’Ariège (58 personnes) et de Froges (30 personnes) qui produisent de l’aluminium très pur. Pour le site de Voreppe, la direction affirme qu’il n’y aura pas de plan social mais que les départs ne seront plus remplacés. Quant au site de Vandières, il ne fermera pas. "Au contraire, nous voulons le développer, affirme M. Meynard. Mais il est clair qu’Alcan continuera à se restructurer compte tenu de coûts de l’énergie toujours plus élevés." En 1980, Pechiney comptait 15 usines d’aluminium en France, 25 ans après, il en reste trois.

" Toutes les mesures de restructuration lancées il y a un an seront tenues et même dépassées", affirme François Hommeril, représentant de la CFE-CGC. Selon lui, " Alcan a une stratégie de marchands de biens". L’achat et la vente de sites prendraient ainsi le pas sur la stratégie industrielle. L’objectif financier primerait sur l’investissement industriel.

"PAS DE STRATÉGIE INDUSTRIELLE"

Alors que la France représente 50 % de l’activité du groupe Alcan et que deux des quatre grandes activités y ont leur siège mondial, la France est passée entre 2004 et 2005 à la troisième place derrière le Canada et l’Australie en terme d’investissements (142 millions d’euros en 2005). Désormais, les investissements industriels les plus lourds sont engagés en Australie, au Proche-Orient, en Europe de l’Est ou encore en Afrique.

Pour Claude Verdier (CGT), le constat est sans appel, "il n’existe pas de stratégie industrielle. Alcan est devenue une structure financière et tout site qui ne remplirait pas les conditions de rentabilité requise par le groupe sera supprimé."

Pour justifier sa politique, la direction avance l’augmentation du coût de l’énergie pour produire de l’aluminium. "Longtemps attractif, il est de plus en plus coûteux aujourd’hui", explique M. Meynard. Les tarifs préférentiels dont bénéficie le groupe depuis 1946, date à laquelle il a vendu ses barrages, ont une durée limitée. Pour l’usine de Lannemezan, les tarifs sont révisables en 2006 ; en 2012 pour Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie, 135 000 tonnes par an) ; et en 2017 pour Dunkerque (Nord, 260 000 tonnes). Ses besoins en électricité correspondent à ceux d’une ville comme Toulouse.

En mars, Alcan et d’autres industriels, gros consommateurs d’énergie, ont été conviés par Bercy à une table ronde avec les producteurs d’énergie (EDF, SNET et Electrabel) pour créer un consortium chargé de négocier avec les producteurs des tarifs préférentiels mais rien n’a abouti. "Avec les tarifs actuels, nos coûts sont doublés", affirme M. Meynard. Pour éviter de se retrouver dans la situation de Lannemezan et anticiper les hausses du coût de l’énergie, des groupes de travail ont été créés à Dunkerque.

Sur la partie emballage où les taux de croissance du marché s’élèvent à 10 % en Asie contre 1 % à 1,5 % en Europe, Alcan affirme que ce sont ses clients - L’Oréal, Colgate... - qui le poussent à se délocaliser en Chine, en Inde ou en Europe de l’Est. "La main d’oeuvre peut représenter jusqu’à 50 % des coûts" reconnaît M. Meynard. Un projet de restructuration est à l’étude qui pourrait conduire à une réduction de 350 postes en Europe.

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