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Perrine Créquy , MARC CHERKI. | le Figaro le 31.10.2007

Alcatel-Lucent supprime 4.000 emplois supplémentaires

mercredi 31 octobre 2007 par Marc Cherki, Perrine Créquy
Ces suppressions de postes qui s’ajoutent aux 12500 précédentes, en février dernier. On ignore encore si la France sera touchée par ce plan. Le directeur financier est lui aussi sur le départ.

L’annexe du plan social de février prévoit la suppression de 4000 emplois. Cette mesure sera effective d’ici à 2009. La répartition géographique des postes concernés n’est pas connue. Une porte parole du groupe contactée ce matin indique que "Patricia Russo expliquera tout à l’heure qu’elle ne peut pas préciser cette répartition pour respecter les règlementations d’un certain nombre de pays qui exigent qu’on prévienne d’abord les représentants du personnel".

Le groupe de télécommunications s’est refusé à révéler si la France sera ou non concernée par ce prolongement du plan social de février dernier qui impliquait, lui, 12500 suppressions de postes dont 1468 en France. De même, aucune précision n’a été apportée sur la répartition géographique des résultats du groupe. Un haut fonctionnaire déclarait hier au Figaro que "la France sera moins pénalisée que lors du précédent plan. Elle sera peut-être même totalement épargnée car ses résultats sont parmi les meilleurs." Les résultats du groupe au troisième trimestre publiés ce matin sont "en ligne avec les informations fournies le 13 septembre", précise Patricia Russo. Alcatel-Lucent avait alors lancé un avertissement sur ses résultats. Ses revenus ressortent aujourd’hui en hausse de 2.3% par rapport au trimestre précédent, à 4,35 milliards d’euros. Les ventes sont cependant en baisse de 7.8% par rapport à la même période il y a un an. Surtout, le groupe reste largement endetté. Son résultat net atteint ce trimestre -258 millions d’euros.

Patricia Russo a donc décidé d’ "accélérer le plan de restructuration pour 2008". Pour une "exécution rapide", le comité exécutif est "resserré". Le départ de Jean-Pascal Beaufret, le directeur financier du groupe a été annoncé ce matin.

La directrice générale d’Alcatel-Lucent doit s’exprimer devant les journalistes à 13h aujourd’hui. Une intervention capitale pour elle, après les accusations de mauvaise gestion qui la touche désormais, ainsi que le PDG du groupe, Serge Tchuruk.


Plan d’urgence chez Alcatel-Lucent

Les salariés du groupe sont inquiets.

LES SALARIÉS d’Alcatel-Lucent ne se font guère d’illusion sur le « plan d’urgence » rendu public aujourd’hui et décidé par Patricia Russo, la directrice générale du groupe franco-américain. « Tout le monde sait ce que cela signifie : des projets arrêtés, des activités externalisées ou vendues, des emplois supprimés, des sites fermés », assurent les responsables de l’intersyndicale en France. Malgré les vacances scolaires, tous les salariés français de l’équipementier en télécommunications sont appelés à un débrayage d’une heure ce matin.

Les employés sont inquiets car ils s’attendent à leur deuxième plan de suppressions de postes en moins d’un an. Lors de l’annonce de la fusion, en avril 2006, les dirigeants du nouveau groupe Alcatel-Lucent avaient envisagé de réduire les effectifs de 10 %. En février, la direction a réévalué son plan de restructuration. Il était alors prévu de supprimer 12 500 emplois dans le monde (un sur six), soit 1 468 suppressions de postes en France.

De 3 000 à 5 000 départs

De leurs côtés, les analystes tablaient sur 3 000 à 17 500 suppressions d’emplois. Finalement, aujourd’hui, Alcatel-Lucent devrait annoncer de 3 000 à 5 000 départs supplémentaires. « Au moins 3 000 suppressions d’emplois additionnels », estime François Duhem, analyste financier chez CM-CIC Securities.

Un analyste de Dresdner Kleinwort, Per Lindberg, très sévère envers le groupe franco-américain, assure qu’Alcatel-Lucent doit encore supprimer 17 500 postes dans le monde pour atteindre le même niveau de chiffre d’affaires par salarié que le suédois Ericsson.

Interrogée, la direction s’est refusée, hier, à tout commentaire sur les mesures présentées dans l’après-midi au conseil d’administration par Patricia Russo. Les coupes claires doivent toucher en priorité les régions les plus exposées à la chute des commandes. À plusieurs reprises, y compris lors du troisième avertissement sur ses résultats, le 13 septembre, le groupe a souligné combien la concurrence sur les prix est sévère dans la téléphonie mobile.

Il souffre aussi d’une baisse de ses commandes aux États-Unis. La filiale américaine pourrait être donc la plus touchée. Mais elle a déjà été durement restructurée. Les prestigieux laboratoires de recherche, les « Bell Labs », par exemple, ne recrutent plus.

Un dossier suivi par le gouvernement

Le gouvernement suit avec attention le dossier Alcatel-Lucent. « Nous pensons que la France sera moins pénalisée que lors du précédent plan. Elle sera peut-être même totalement épargnée car ses résultats sont parmi les meilleurs », assurait hier un haut fonctionnaire. Des conseillers du président de la République et du premier ministre ont reçu ces derniers mois des syndicalistes d’Alcatel-Lucent, face à l’émoi provoqué par les suppressions de postes en Europe et dans l’Hexagone. Les syndicats ont déposé des recours juridiques en série qui ont retardé la mise en place du premier plan de réductions de postes en France. Des manifestations et des grèves d’une ampleur rare dans un groupe qui emploie tant d’ingénieurs ont perturbé la vie de l’entreprise au printemps. Plus mobilisés que jamais, les syndicats se disent prêts à un nouveau bras de fer.

La direction devrait aussi dévoiler des mesures d’économies qui avaient été programmées sur trois ans, comme la cession d’immeubles ou le regroupement d’activités. Son premier objectif est de remettre Alcatel-Lucent sur le chemin des bénéfices.

Juste après sa fusion, l’industriel a accusé au premier semestre une perte d’exploitation de 601 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 8,2 milliards. Mais retrouver la confiance des investisseurs sera difficile. Depuis le début de l’année, le titre a perdu près de 40 % de sa valeur.


Patricia Russo a obtenu un parachute doré équivalant à deux ans de salaire

Patricia Russo, directrice générale d’Alcatel-Lucent, qui a présenté hier au conseil d’administration le deuxième plan d’économies, joue gros mais elle n’est pas sur la sellette.

Les administrateurs ont récemment renouvelé leur confiance à l’équipe de direction. Mais le conseil a souligné qu’il était « déçu » des performances économiques de l’entreprise.

Démettre la directrice générale ou le président du conseil d’administration, Serge Tchuruk, n’est pas une décision facile à prendre. Jusqu’en 2009, les statuts du groupe prévoient que la destitution doit être approuvée par un vote des deux tiers des administrateurs.

En cas de départ anticipé, Patricia Russo a obtenu les mêmes conditions financières que chez Lucent Technologies. Le 30 novembre 2006, le conseil d’administration du groupe franco-américain s’est engagé à lui accorder en cas de départ « une indemnité égale à deux ans de rémunération globale, parts fixe et variable ». Sur la base de ses revenus fixes de l’an dernier, Patricia Russo devrait percevoir au moins 2,4 millions d’euros. Mais en tenant compte de la part variable de 2006, elle toucherait plus de 3 millions. En 2005, elle aurait perçu 5 millions d’euros.

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