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Un article de Antoine Jacob paru dans Le Monde du 29 mars 2006

Allemagne : négociations test sur la réforme de l’assurance maladie

mercredi 29 mars 2006 par Antoine Jacob

La réforme du système de santé public allemand avait été volontairement mise de côté par les partenaires de la "grande coalition" arrivée au pouvoir à Berlin en novembre 2005, le temps de s’installer et de laisser passer les trois élections régionales du dimanche 26 mars. Il appartient désormais à la chancelière Angela Merkel, sortie renforcée du scrutin, de tenir ses promesses en passant à l’acte.

La tâche s’annonce plus difficile que pour les premières mesures prises par le gouvernement depuis son entrée en fonction. Les deux partenaires au pouvoir, les chrétiens démocrates et chrétiens sociaux de Bavière (CDU-CSU) d’un côté, le parti social-démocrate (SPD) de l’autre, partent de positions très éloignées, avancées parallèlement l’été 2005, durant la campagne électorale. Depuis, ils avancent à tâtons pour tenter de trouver un compromis satisfaisant, sans perdre la face aux yeux de leurs troupes.

La CDU de Mme Merkel avait proposé pendant la campagne électorale de 2005 que les citoyens s’assurent pour leur santé comme s’ils payaient une prime d’assurance pour leur voiture. L’idée principale consistait à vouloir faire payer aux assurés du régime public - neuf personnes sur dix - une cotisation forfaitaire et non plus en fonction de leurs revenus pour l’assurance maladie. Les entreprises auraient pu se désengager du financement du système et se concentrer sur la création d’emplois. Les plus défavorisés auraient reçu des aides de l’Etat pour bénéficier d’une couverture médicale minimum.

Hormis les critiques sur la mise en pratique compliquée d’un tel dispositif, la CDU avait été accusée par l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder de "vouloir faire autant payer la secrétaire que son patron". Avec succès, puisque bon nombre d’électeurs, effrayés par la tonalité libérale du programme des Unions chrétiennes, s’en sont détournés au moment de glisser leur bulletin dans l’urne. Placée dans l’incapacité de gouverner avec son petit allié libéral, Mme Merkel avait dû se tourner vers le SPD pour former une grande coalition.

ÉQUILIBRE FINANCIER

De son côté, le SPD avait proposé, en plus de son douloureux paquet de réformes sociales lancé depuis 2003, la création d’une assurance santé dite "du citoyen". Il était prévu de demander aux caisses d’assurances maladie, publiques mais aussi privées, d’accepter tous les assurés, mêmes ceux à très bas revenus, ce qu’elles ne sont pas tenues de faire. Pour parvenir à un équilibre financier, les professions libérales, les hauts revenus, les fonctionnaires et les élus qui, d’ordinaire, sont exonérés ou n’ont recours qu’à des systèmes privés ou particuliers, auraient été sommés de contribuer au système général.

Une combinaison entre cette sorte de couverture maladie universelle et le concept développé par les Unions pourrait finalement sortir des négociations qui s’engagent cette semaine. Mercredi 29 mars, le dossier sera au centre d’une réunion entre Mme Merkel, son vice-chancelier Franz Müntefering, le président du SPD Matthias Platzeck, et les chefs des groupes parlementaires des partis au pouvoir. Curieusement, la ministre de la santé, la social-démocrate Ulla Schmidt, déjà en place sous le gouvernement précédent, n’a pas été invitée. Elle devait toutefois être consultée lundi soir par la chancelière.

"UNE VOIE QUI S’ANNONCE DIFFICILE"

Cette dernière a tenu, avant ce marathon, à souligner que le gouvernement avancerait avec prudence, tant sur cette réforme que sur d’autres. "Cette coalition doit faire plein de petits pas dans la bonne direction", a-t-elle déclaré lundi, fidèle à son comportement depuis son accession au pouvoir. "Nous continuerons à nous assurer le soutien des gens sur une voie qui s’annonce difficile", a-t-elle dit.

Outre la réaction des patients, il sera intéressant de suivre celle des médecins - libéraux ou exerçant dans les hôpitaux - qui, depuis des semaines, manifestent pour de meilleures conditions de travail et contre la bureaucratisation de leur profession. Le 24 mars, 30 000 libéraux sont descendus dans la rue à Berlin, soit la plus importante manifestation du genre dans l’histoire du pays. Ils dénonçaient notamment un projet de loi visant à sanctionner financièrement ceux qui prescriraient trop de médicaments coûteux.

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