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Un article de Camille LAMOTTE paru dans Libération le 05 janvier 2006

Andris Piebalgs, commissaire européen à l’Energie : « On diabolise la Russie dans cette histoire »

jeudi 5 janvier 2006 par Camille LAMOTTE

La Commission européenne avait convoqué hier les experts des 25 pays membres de l’Union pour examiner les conséquences de la crise ukrainienne. Réunion rendue obsolète par la résolution du conflit. Restent les problèmes d’indépendance énergétique de l’Europe : réactions d’Andris Piebalgs, commissaire européen à l’Energie.

Le rôle de l’Union européenne dans l’issue de la crise russo-ukrainienne sur le gaz reste confus. Pourquoi l’Europe ne s’est-elle pas impliquée davantage dans un conflit qui menaçait pourtant directement ses intérêts ?

Notre méthode mesurée, en coulisse, a été couronnée de succès. J’ai eu des contacts intensifs avec les ministres russe et ukrainien. De son côté, la présidence de l’Union faisait pression, en la personne de Martin Bartenstein [l’Autriche préside actuellement l’Union, ndlr], pour qu’un accord intervienne le plus rapidement possible. Durant toute cette crise, notre priorité et nos efforts portaient sur le consommateur européen. Il fallait que les approvisionnements de gaz reprennent.

Vous affirmez que la Russie restera cependant l’un des piliers de l’approvisionnement européen. Ne craignez-vous pas qu’elle soit tentée par d’autres putschs énergétiques ?

On diabolise beaucoup la Russie dans cette histoire. Pourtant, c’est le seul problème que nous ayons eu avec les Russes en quarante ans de partenariat. C’était d’abord un litige commercial, même s’il a eu des conséquences politiques. Pour ce pays, nous représentons avant tout des consommateurs. L’énergie est un des secteurs clés de l’économie russe. C’est naturel que la Russie cherche à augmenter ses prix, surtout s’ils sont en deçà des prix actuels du marché mondial. Il faut continuer à travailler en confiance. On m’a demandé si les pays européens devaient se grouper en un mégapôle pour négocier face à Gazprom... Je ne peux pas accepter l’idée d’un super-groupe européen car je crois au marché des sociétés privées, qui est un principe basique de l’Union européenne. C’est à nous de trouver un mode de dialogue avec la Russie, dans le secteur de l’énergie, certes, mais aussi dans les secteurs du commerce, des investissements... C’est cela notre meilleure garantie sur la sécurité de l’approvisionnement en gaz. En attendant que soit instauré un code de bonne conduite en matière d’énergies.

Quelles leçons tirez-vous de cette crise à la veille de la libéralisation totale qui doit intervenir en 2007 ?

On a créé le marché unique, mais sans avoir de réelle politique énergétique commune. L’incident russo-ukrainien va nous permettre de rééquilibrer la balance, entre un développement rapide du marché et le déficit de sécurité de l’approvisionnement énergétique. La présidence autrichienne a placé l’énergie en question prioritaire dans les mois à venir. Ce sera l’occasion pour nous d’avancer sur des projets clairs. Comme le projet de gazoduc « Nabucco », prévu pour 2011, qui doit acheminer du gaz à partir de l’Asie centrale et du Moyen-Orient, via la Turquie. Nous allons également regarder du côté du gaz naturel liquéfié, acheminé par bateau. Même si nous avons d’autres sources d’approvisionnement en mer du Nord et en Angleterre, nous restons encore trop dépendants des énergies fossiles et en dessous des objectifs fixés pour les énergies renouvelables.

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