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Article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 13 décembre 2006

Après l’Angola, l’Equateur et le Soudan frappent à la porte de l’OPEP

mercredi 13 décembre 2006 par Jean-Michel Bezat

Faut-il avoir peur d’un renforcement de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le bras "armé" des pays arabes qui faisait trembler l’Occident dans les années 1970 ? En mars 2007, elle devrait s’ouvrir à un douzième membre, l’Angola, la première adhésion nouvelle depuis trente-cinq ans. Avec l’arrivée du deuxième producteur d’Afrique noire (derrière le Nigeria), le cartel de Vienne s’adjoindrait une des puissances pétrolières montantes de la planète.

Poussé par son homologue vénézuélien Hugo Chavez, le nouveau président de l’Equateur, Rafael Correa, a par ailleurs demandé la réintégration de son pays au sein d’un cartel qu’il avait quitté en 1992. La Bolivie d’Evo Morales a frappé à la porte de l’OPEP (même si elle a plus de gaz que de pétrole) et des voix s’élèvent pour intégrer le Soudan.

Le sujet n’est pas à l’ordre du jour du sommet d’Abuja (Nigeria), le 14 décembre, essentiellement consacré à un débat sur le niveau de la production, mais il sera dans toutes les têtes. La demande de l’Angola est "une bonne initiative", estime le cartel, qui veille depuis sa création en 1960 aux intérêts de ses membres et au bon approvisionnement du marché.

"Plus nous serons nombreux, mieux ce sera", a récemment lancé Ali Al-Naïmi, ministre saoudien de l’énergie et chef de file de l’OPEP. De nouveaux membres lui permettront de "diversifier sa production" et de donner "plus de poids" à ses décisions, assurait le ministre algérien de l’énergie, Chekib Khelil.

L’intérêt de Luanda est d’abord politique, même s’il faudra le payer par d’éventuelles baisses de production : être partie prenante du processus de fixation des quotas, avoir une influence sur les cours de l’or noir et faire entendre sa voix au niveau international. L’Angola sait déjà jouer des rivalités entre les Etats-Unis et la Chine, qui veulent tous deux se libérer de leur dépendance au pétrole du Proche-Orient : le pays est devenu le premier fournisseur de Pékin.

UNE ORGANISATION RENFORCÉE

Tout le monde a intérêt au développement de la production d’un pays qui possède 6 milliards de barils d’un brut léger. Après une guerre civile de vingt-sept ans (1975-2002), il a besoin de pétrodollars pour se reconstruire. Ils coulent déjà à flot (10 milliards de dollars en 2005), même si plus de 4 milliards ont disparu des caisses de l’Etat entre 1997 et 2002, selon l’organisation Human Rights Watch. Les compagnies occidentales (ExxonMobil, Chevron, Total, BP...) ont massivement investi dans la production au large des côtes angolaises.

En dépit des tensions permanentes entre ses membres sur les quotas, l’arrivée de l’ex-colonie portugaise renforcera lepoids du cartel, dont la part de la production mondiale est tombée de 60 % au début des années 1970 à 40 % aujourd’hui. Il regagnera des parts de marché puisqu’il détient près des trois quarts des réserves mondiales. Les trois pays candidats ou pressentis ajouteraient 2 millions de barils par jour (aux 27,5 actuels), donnant un peu plus de poids à l’Afrique et à l’Amérique du Sud au sein d’une Organisation dominée par les pays du Golfe.

Ce renforcement est-il pour autant un "réarmement" ? Le cartel reste démuni face à la volatilité des cours - flambée suivie d’une baisse de 25 % entre août et octobre. Affaibli par l’absence de la Russie, deuxième producteur mondial, de la Norvège, du Canada ou du Mexique, il donne aussi le sentiment d’être ballotté par les forces du marché et la spéculation.

Malgré quelques membres turbulents, l’OPEP reste un cartel économique. Il a su "gérer intelligemment" la situation ces dernières années et l’entrée de l’Angola est "une bonne nouvelle", estime Christophe de Margerie, qui deviendra le vrai patron de Total mi-février. A condition, nuance-t-il, que le quota accordé à ce pays tienne compte des nouveaux gisements qui y ont été découverts.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’inquiète, elle, d’un renforcement de l’OPEP. Il est vrai que l’Angola a récemment renforcé sa coopération avec la Russie et la Chine. L’entrée de nations peu favorables voire hostiles aux pays riches risque de renforcer le clan anti-occidental mené par l’Iran et le Venezuela, deux pays fondateurs de l’OPEP.

"Porte-voix" des pays consommateurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), vigilante sur l’approvisionnement et soucieuse de voir les producteurs s’ouvrir aux compagnies internationales, l’AIE redoute que l’entrée dans le système des quotas de pays peu favorables aux Etats-Unis et à ses alliés pénalise les investissements et le développement des capacités de production. "Cela pourrait freiner l’apport de capital dans les activités en amont", analysait David Fyfe, principal analyste de l’offre pétrolière à l’AIE.

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