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Le Monde du 25.01.07 | Jean-Michel Bezat

Après sa forte chute des derniers mois, le baril de pétrole cherche son prix d’équilibre

jeudi 25 janvier 2007 par Jean-Michel Bezat
Où va le pétrole ? Est-il sage de tabler longtemps sur un baril oscillant autour de 50 dollars ? La conjugaison d’un retour des investisseurs sur le marché, d’une vague de froid dans l’hémisphère Nord et d’un nouveau resserrement du robinet de l’or noir par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) peut-elle enflammer à nouveau les cours ?

De l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à l’OPEP en passant par les analystes, un consensus se dessine : sauf crise majeure, comme un raid américain sur les sites nucléaires iraniens, les prix de 2007 seront très inférieurs à ceux de 2006.

Le ralentissement de la croissance mondiale (et de la demande en pétrole), l’arrivée quotidienne sur le marché de plus d’un million de barils supplémentaires des pays non OPEP (Russie-> mot 91, (Norvège, Mexique...), le haut niveau des stocks de produits raffinés, le retrait des fonds d’investissements et de pension pèsent depuis l’été sur les cours. De près de 80 dollars début août 2006, le baril est tombé à 50 dollars mi-janvier, avant de remonter, mardi 23 janvier, à 55 dollars.

"Le marché est à la recherche d’un prix d’équilibre", analyse Sadek Boussena, professeur d’économie à l’université de Grenoble et conseiller spécial de la Société générale. Sans "les événements extra-pétroliers" qui se sont multipliés sur la scène mondiale, il se situerait, selon lui, autour de 50 dollars le baril.

Est-ce suffisant pour l’OPEP (43 % de la production mondiale) ? Ancien ministre algérien de l’énergie et président du cartel pétrolier de 1989 à 1991, M. Boussena assure que de nombreux pays membres, notamment l’Arabie saoudite, "se contenteraient d’un baril à 50 ou 55 dollars si ce prix se stabilisait un certain temps".

Il rappelle que l’OPEP "n’a pas la prétention de fixer les prix" et qu’elle a même renoncé à établir une fourchette depuis 2003. Le soutien des cours viendra en partie de la volonté de certains de ses membres d’appliquer les baisses de production décidées fin 2006 à Doha (Qatar, 1,2 million de barils par jour) et à Abuja (Nigeria, 500 000 de plus). Pour l’heure, elles ne sont que de 670 000 barils, réalisées aux deux tiers par les Saoudiens.

Riyad a jusqu’à présent refusé les baisses supplémentaires réclamées par des pays avides de pétrodollars comme l’Iran et le Venezuela, qui ne respectent pas leurs engagements. La réduction de production de l’OPEP (1 million de barils au total) est aussi due aux difficultés de l’Irak et à l’incapacité du Venezuela, de l’Iran et du Nigeria d’atteindre leur propre quota.

Deux choix se présentent au cartel, selon le Centre for Global Energy Studies de Londres : si les pays membres se satisfont d’un baril autour de 50 dollars, "il est inutile qu’ils prennent d’autres mesures" ; s’ils veulent un prix plus élevé, "ils devront appliquer plus scrupuleusement les accords de Doha et d’Abuja".

"DISCIPLINE"

"Il faut une discipline au sein de l’OPEP, reconnaît son ancien patron. Et même au-delà. Si les cours s’effondrent, prévient-t-il, les producteurs non OPEP devront aussi resserrer le robinet, comme ils l’avaient fait en 1999 pour enrayer la chute des prix, tombés sous la barre des 10 dollars le baril.

Le comportement des pays de l’OPEP se modifie. "Ils n’ont pas intérêt à vite épuiser leurs réserves et sont donc moins pressés d’augmenter leurs capacités de production", constate M. Boussena. Même l’Arabie saoudite (25 % des réserves), moins soucieuse de maintenir sa part de marché que dans le passé, est "regardante sur ses investissements", constate-t-il.

Une récente étude publiée à Abou Dhabi (Emirats arabes unis) indique que les pays du Golfe devront dépenser 523 milliards de dollars (402 milliards d’euros) d’ici à 2030 pour répondre à la demande.

Or certains redoutent un changement de politique énergétique des pays consommateurs. Le président américain George W. Bush n’a rien fait pour les inciter à investir en fixant, mardi, un objectif de baisse de 20 % de la consommation d’essence aux Etats-Unis en 2010 pour réduire la dépendance des Américains à l’or noir du Moyen-Orient.

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