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Propos recueillis par Christine Lagoutte et Jacques-Olivier Martin parus dans Le Figaro du 9 mars 2006

Aréva : « La création de grands acteurs est une très bonne nouvelle pour nous »

jeudi 9 mars 2006 par Christine Lagoutte, Jacques-Olivier Martin
Dans un monde de l’énergie en pleine recomposition, Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, estime que son groupe dispose de nombreux atouts.

LE FIGARO.- Que vous inspirent les regroupements en cours dans l’énergie et les bouleversements qu’ils entraînent pour le marché ?

Anne LAUVERGEON.- L’Europe est en train de redécouvrir la dimension stratégique de l’énergie après une période de relatif désintéressement, alors même que des pays comme la Russie, la Chine, les Etats-Unis ou le Brésil se passionnent depuis longtemps pour le sujet. Le mouvement actuel de concentrations s’explique fort bien. Les grands énergéticiens ont vu leurs marges s’apprécier très fortement ces dernières années. Beaucoup ont des capacités financières considérables. Ils font l’analyse que les regroupements vont se faire maintenant et qu’il vaut mieux en être l’instigateur que la cible. Ces évolutions posent désormais la question de la nécessité d’une vision européenne de l’énergie.

Quels impacts ces concentrations ont-elles sur Areva ?

La création de nouveaux grands acteurs disposant d’importantes réserves financières est une très bonne nouvelle pour nous. Ils vont être capables d’investir massivement en production et dans les réseaux de transmission et de distribution. Areva est né au bon moment, en 2001, pour prendre la vague.

Face à ces grands acteurs de l’énergie, n’avez-vous pas la nécessité de changer vous-même de taille ?

Dans le nucléaire, nous étions leader d’un monde stable. La stabilité, c’est terminée. Nous voulons nous développer dans l’énergie et les matières premières, avec notamment un plan ambitieux dans l’uranium. La croissance va venir de toutes nos activités. Dans les trente prochaines années, nos clients devraient doubler les capacités de production et améliorer très nettement les réseaux électriques et les interconnexions. Un seul exemple : en Europe, à partir de 2012, il faudra trouver chaque mois 1 000 mégawatts de capacités nouvelles en raison de l’arrêt d’installations trop vieilles. Pour suivre non seulement cette croissance, mais aussi être ambitieux dans cette nouvelle donne, nous devons investir fortement.

Comment comptez-vous financer ces investissements ?

Il avait été décidé en 2004 d’ouvrir plus largement notre capital. Le premier ministre a annoncé en octobre dernier que cela ne faisait pas partie des projets de ce gouvernement et il m’a donné l’assurance que l’État serait à nos côtés pour accompagner le développement d’Areva et renforcer son leadership.

Quels sont vos besoins d’investissement ?

Ils sont considérables, alors même que nous sommes limités dans notre capacité d’endettement. Pour vendre une centrale nucléaire, de gros composants ou des réseaux, nous devons les prendre en garantie sur notre bilan. Et, pour que cela ne soit pas considéré comme de la quasi-dette, il faut que notre bilan soit solide. Cet équilibre entre des besoins d’investissements très importants, la croissance à venir de nos activités et la nécessité d’un bilan très solide devra être piloté année après année.

L’adossement à un autre groupe ne pourrait-il résoudre ce problème de marge financière ?

Il est vrai que nous sommes attractifs. A mon sens nous sommes plutôt destinés à être un lieu de regroupement industriel qu’une proie.

Quand Bouygues se déclare intéressé par vos activités, que répondez-vous ?

C’est flatteur.

Où en sont vos négociations en Chine et en Inde ?

Nous sommes toujours en discussions très actives et restons à ce jour seuls en lice avec Westinghouse. Nous proposons une offre très crédible avec l’EPR, dans le cadre d’un partenariat global. Mais le choix n’est pas seulement technique et financier. Il est également très politique et cette dimension nous échappe, sauf à dire que nous avons le plein soutien des autorités françaises. Quant à l’Inde, c’est un marché pour nous d’autant plus intéressant qu’on ne nous demande pas de transfert de technologie. Nous sommes au démarrage du processus, avec des perspectives immenses dans ce pays puisque les projets portent sur une trentaine de réacteurs sur les quinze prochaines années.


Vents porteurs pour Areva

Les perspectives d’investissements des grands électriciens devraient permettre à l’entreprise française de détenir un tiers du marché mondial en 2010.

AREVA et sa présidente, Anne Lauvergeon, peuvent se frotter les mains. Le contexte du marché international est aujourd’hui très favorable à la reprise des investissements dans le nucléaire. Face au doublement des prix de l’électricité, tant en Europe qu’aux Etats-Unis, en l’espace de deux petites années, l’atome redevient en effet une solution à moindre coût de revient pour nombre de gouvernements.

En attendant le fameux contrat chinois

Une excellente nouvelle pour Areva qui, cinq ans après sa création et sa réorganisation, est prête à saisir les opportunités de croissance. « Nous sommes en discussions avec un grand nombre d’électriciens dans le monde. L’accélération de la tendance en un an a été beaucoup plus rapide que ce que l’on pensait », admet Anne Lauvergeon.

Les résultats de l’exercice 2005 traduisent déjà cette montée en puissance. S’il ne faut pas trop s’arrêter sur le bénéfice net, dont la très forte croissance à 1,049 milliard d’euros s’explique par la plus-value de cession du pôle connectique FCI, d’autres indicateurs sont en revanche plus parlants. « Tous nos objectifs opérationnels ont été atteints en 2005 », souligne la présidente du directoire. Elle met notamment l’accent sur les premières retombées du plan de réorganisation de la division T&D. Le résultat opérationnel de ce pôle a bondi de 164%, à 103 millions d’euros, alors que le carnet de commandes s’inscrit en hausse de près de 30%.

Le groupe nucléaire, dont le gouvernement actuel a renoncé à ouvrir le capital en octobre dernier, a poursuivi son expansion internationale. En attendant le fameux contrat chinois, dont l’appel d’offres a été lancé en octobre et qui est également convoité par Westinghouse, son réacteur de nouvelle génération EPR n’est plus simplement sélectionné en France. Il a aussi été retenu en Finlande et aux Etats-Unis par la société Constellation. Anne Lauvergeon a d’ailleurs tenu à souligner « le « trend » extrêmement sérieux qu’enregistre le groupe outre-Atlantique ». Un « trend » que ne manquera pas d’amplifier la toute nouvelle recrue de l’entreprise, Spencer Abraham, ancien ministre américain de l’Energie, qui aura en charge le développement aux Etats-Unis. D’autres offres ont aussi été déposées pour des centrales classiques en Bulgarie ou en Turquie.

L’objectif du groupe français à cinq ans est de contrôler un tiers du marché du nucléaire, contre 28% aujourd’hui, avec une marge opérationnelle à deux chiffres.Ch. L.

Les perspectives d’investissements des grands électriciens devraient permettre à l’entreprise française de détenir un tiers du marché mondial en 2010.

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