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Un article de Jean-Michel Bezat parus dans Le Monde du 16 mars 2006

Areva refuse de transférer sa technologie à Pékin

jeudi 16 mars 2006 par Jean-Michel Bezat
Après le train à grande vitesse Pékin-Shanghaï proposé par Alstom, un autre contrat important en Chine risque fort d’échapper à un groupe français : les quatre réacteurs EPR de troisième génération d’Areva.

Devant les exigences des autorités chinoises, le numéro un mondial du nucléaire aurait en effet décidé de ne pas surenchérir sur l’offre de son concurrent anglo-américain Westinghouse - en passe d’être racheté par le japonais Toshiba -, qui semble prêt à vendre purement et simplement la licence de son réacteur AP1000, laissant à la Chine toute liberté pour le développer.

L’information, révélée par Les Echos du 15 mars, n’est pas confirmée par Areva. "L’appel d’offres est en cours, nous ne faisons aucun commentaire", a déclaré un de ses porte-parole. Mais tout indique que le groupe a perdu la partie, comme le gouvernement lui-même en est persuadé depuis quelques semaines.

La présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, ne cachait plus que les Chinois faisaient monter les enchères de mois en mois, sur les prix comme sur les transferts de technologies. A la demande de Pékin, le groupe avait dû revoir ses tarifs à la baisse plusieurs fois, la dernière offre remontant à la fin du mois de février. "En Chine, le contexte est beaucoup plus politique qu’en Inde", l’autre grand marché nucléaire des pays émergents, analysait récemment Mme Lauvergeon. A côté des aspects financiers et technologiques, cette dimension politique a même pris une part "croissante" dans le dossier des centrales de troisième génération. "Notre concurrent est extraordinairement soutenu par le gouvernement américain", ajoutait Mme Lauvergeon, tout en soulignant que Jacques Chirac avait fortement plaidé la cause de l’EPR lors de la dernière visite en France du premier ministre chinois, Wen Jiabao.

Areva avait pourtant de bons arguments industriels. L’EPR a déjà reçu deux commandes (Finlande et France), tandis que "l’AP1000 n’est qu’un réacteur papier", se plaisaient à rappeler les dirigeants du groupe français. Ils mettaient aussi en avant la présence du groupe dans tous les métiers du nucléaire, de l’extraction de l’uranium et la fabrication du combustible jusqu’au traitement et au recyclage des combustibles, en passant par la fabrication des réacteurs.

Las, c’est un contrat estimé à 8 milliards de dollars (6,65 milliards d’euros) qui va échapper aux Français. Le choix de Westinghouse confirmerait la nette inflexion de la politique industrielle de Pékin : sa volonté de ne pas se contenter de transferts partiels de technologie, mais d’acheter des licences complètes aux sociétés occidentales pour développer leurs technologies. "Nous, nous avons fixé des limites claires en matière de transfert de technologie et on ne les dépassera pas", tranche un dirigeant d’Areva.

De son côté, Westinghouse reprend la stratégie adoptée en 1970, quand il avait vendu à la France la licence de son réacteur à eau pressurisée (REP). Adapté par Framatome, il a équipé les 19 centrales mises en service dans l’Hexagone à partir de 1977 dans le cadre du programme électronucléaire lancé en 1973.

Dans le cadre de son programme énergétique, la Chine prévoit la mise en service d’une trentaine de réacteurs dans les quinze prochaines années. Quelle sera la part respective des unités de deuxième et de troisième génération ? Le pouvoir central garde la haute main sur le choix d’une nouvelle technologie. En revanche, les provinces frappées depuis 2000 par de nombreux"black out" réclament des centrales au plus vite, notamment des réacteurs de génération II. Il y a urgence : si les années 2007-2009 seront marquées par un léger excédent de production électrique, la pénurie ressurgira dès 2010. Une situation qui ouvre des perspectives pour la duplication des unités déjà en service, comme les quatre réacteurs de Ling Ao et Daya Bay, construits par Areva.

Le groupe français vise "un tiers du marché mondial du nucléaire en 2010" et a d’autres cibles. Au moment où de nombreux pays étudient le lancement - ou la relance - d’un programme électronucléaire, l’avenir de l’EPR franco-allemand (Areva-Siemens) reste prometteur sur des marchés a priori moins difficiles que la Chine : aux Etats-Unis, où Areva est en lice pour quatre EPR ; en Inde, qui bénéficie désormais d’un traitement de faveur même si elle n’a pas signé le traité de non-prolifération ; en Grande-Bretagne, où Tony Blair a lancé une vaste consultation publique pour le renouvellement d’un parc de centrales nucléaires vieillissant ; en Turquie et au Brésil ; et surtout en France, où EDF a prévu de remplacer progressivement ses 58 réacteurs à partir de 2020.


Chiffres

Résultats. Le groupe Areva a enregistré, en 2005, un chiffre d’affaires de 10,125 milliards d’euros. Son résultat opérationnel s’est élevé à 746 millions d’euros.

Effectifs. Le groupe comptait, au 31 décembre 2005, 58 760 collaborateurs, dont 53 % en France, 21 % dans le reste de l’Europe, 13 % en Amérique et 10 % en Asie.

Classement. Areva est le numéro un mondial du nucléaire, avec un chiffre d’affaires de 6,67 milliards d’euros. Il devance FAAE et Westinghouse.

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