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Laure NOUALHAT | Libération le 30 décembre 2006

Argent frais contre CO2

samedi 30 décembre 2006 par Laure NOUALHAT
Nouvelle arme de la conscience écologique : l’achat de certificats de compensation qui financent des projets sobres en dioxyde de carbone.

Voilà le premier signe extérieur de conscience écologique : le certificat de compensation au CO2. ça ne ressemble à rien d’autre qu’un bout de papier, mais ça veut dire beaucoup. Est-ce qu’il faut avouer que la lutte contre le réchauffement climatique a quelque chose de sacrément ingrat ? Tout le monde se fout royalement que vous triiez vos déchets, que vous vous sustentiez avec des légumes de saison bio ou que vous économisiez de l’énergie en vivant à 17 °C chez vous. Toutes ces actions écolo ne se voient pas. Les valeureux « écoloconscients » les effectuent chaque jour dans la contrition silencieuse d’une existence décroissante pour sauver la planète et, accessoirement, la présence de l’espèce humaine sur ladite planète.

Mais ils sont encore peu nombreux les fous qui acceptent de changer de mode de vie. Pour les autres, ceux qui abhorrent la contrition, mieux vaut rendre la bataille contre les changements climatiques « in », « tendance » ou « à la mode ». Ainsi, ils s’y mettraient tous. Pour les y aider, voici les certificats de compensation en CO2. En achetant un de ces certificats, on compense les émissions d’un véhicule à deux ou quatre roues, d’une maison ou d’un voyage à Bombay. « Compenser veut dire permettre de séquestrer du carbone ou de réduire des émissions de carbone à hauteur de ce qui a été émis, précise Matthieu Tiberghien, responsable de programme à l’association Action Carbone. Certes, le CO2 est bien rejeté dans l’atmosphère, mais grâce au financement récupéré on peut réduire d’autres émissions ailleurs dans le monde ou fixer du carbone dans la biomasse. »

En 2006, la société Climat Mundi et les deux associations Action Carbone et CO2 Solidaire [1] se sont lancées dans la compensation. Avec l’argent récolté, toutes trois financent des projets sobres en CO2 à l’autre bout du monde. Climat Mundi intervient en Afrique et en Australie, Action Carbone se focalise plus particulièrement sur l’Amérique du Sud, alors que CO2 Solidaire s’engage dans les pays du Sud avec pour but de limiter les émissions au Nord, car « les populations des pays en développement sont plus vulnérables aux changements climatiques et moins susceptibles de s’en prémunir ».

Lorsqu’on s’acquitte d’un droit à polluer, Climat Mundi fournit à chaque acheteur un petit autocollant à apposer sur sa voiture ou sur sa porte d’entrée. En effet, compenser, c’est bien, le faire savoir, c’est mieux. D’ailleurs tout le monde s’y met, l’Assemblée nationale, Al Gore, Yann Arthus-Bertrand, mais aussi des artistes souhaitant « neutraliser » leur tournée. Même Universal a sorti un album « neutre en CO2 » en fin d’année. Si c’est pas être à la mode ça !

Certains, comme l’expert en énergie Jean-Marc Jancovici, considèrent cependant que la compensation est une forme de dédouanement des temps modernes. D’autres estiment qu’il s’agit du dernier recours : après avoir réduit au maximum ses émissions, autant compenser celles qui sont irréductibles .

[1] Climatmundi.fr, Actioncarbone.org, Co2solidaire.org

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