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Fanny Doumayrou | L’humanité du 27 février 2007

Assurance chômage en peau de chagrin

mardi 27 février 2007 par Fanny Doumayrou
Moins d’un chômeur sur deux touche une allocation, en moyenne égale à 80 % du SMIC seulement, dénonce le collectif Autres chiffres du chômage.

À l’heure où l’image du chômeur profiteur fait florès, le collectif Autres chiffres du chômage (ACDC) est venu rappeler hier, en publiant sa troisième « note », qu’au contraire les - demandeurs d’emploi sont de moins en moins bien lotis. Au fil de réformes de l’assurance chômage décidées par les - gestionnaires de l’UNEDIC et avalisées par les gouvernements, la proportion de chômeurs ayant droit à une allocation a fortement reculé et le montant des allocations reste très faible. « L’UNEDIC a annoncé la semaine dernière un excédent de 2,5 milliards d’euros pour 2007. Ce pourrait être une bonne nouvelle, mais ce bon résultat résulte d’une - restriction des droits des - chômeurs à indemnisation », a - dénoncé hier Thomas Coutrot pour ACDC, avant que son collègue Pierre Concialdi, économiste, ne détaille les chiffres.

Entre 2003 et 2006, le nombre de chômeurs indemnisés a baissé de 18,8 % tandis que le nombre d’inscrits à l’ANPE diminuait de 8 % seulement. Autrement dit, la part des chômeurs ayant droit à une allocation ASSEDIC (« taux de couverture ») est passée de 54 % à 47,5 %, soit « le plus bas niveau depuis cinq ans ». Plus d’un chômeur sur deux est donc exclu de l’assurance chômage. C’est là le résultat des conventions UNEDIC signées en décembre 2002 et en décembre 2005 par le MEDEF et les syndicats sauf la CGT et FO. Cette exclusion touche plus durement les femmes, les jeunes et les salariés les moins qualifiés, qui ont des emplois précaires ouvrant plus difficilement des droits aux - ASSEDIC, souligne ACDC. Pour les 47,5 % de chômeurs qui ont droit à une allocation, pas de quoi faire bombance. La moyenne des montants est de 80 % du SMIC, et le collectif estime qu’un tiers des allocataires touche moins de la moitié du salaire minimum.

Quand on n’a pas droit aux ASSEDIC, il reste les filets de sécurité des allocations dites de solidarité, c’est-à-dire financées par l’État et non par les - cotisations employeurs et salariés. Mais de ce côté-là aussi, le collectif dénonce une dégradation. Seuls 20 % des exclus de l’UNEDIC ont droit à l’allocation de solidarité spécifique (ASS) ou à l’allocation temporaire d’attente (ex-allocation d’insertion), dont les montants ont « décroché » depuis vingt ans. Par exemple l’ASS, à peine au-dessus de 400 euros par mois, équivaut à 50 % du montant moyen des allocations - ASSEDIC, contre 60 % en 1986. En bout de chaîne, le nombre d’allocataires du RMI (dont le montant a lui aussi décroché) a explosé depuis 2003. Le collectif souligne que beaucoup de chômeurs n’ont droit à rien du tout à cause des critères d’attribution de l’ASS et du RMI, notamment la prise en compte des ressources du conjoint, et l’âge minimum de vingt-cinq ans pour le RMI.

Résultat, « le chômage augmente, mais son indemnisation coûte de moins en moins cher », dénonce le collectif. Le nombre d’inscrits à l’ANPE a augmenté de 80 % depuis vingt-cinq ans, mais la part du PIB consacrée à leur indemnisation a globalement reculé ! Le patronat a su y faire : à chaque recul temporaire du chômage et retour des excédents dans les comptes de l’UNEDIC, il a su imposer des baisses de cotisations plus importantes que les hausses décidées ensuite face aux déficits, provoquant ainsi l’appauvrissement de la population.

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