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Christine Legrand | Le Monde le 10 mars 2007

Au Chili, la présidente Michelle Bachelet amorce un tournant vers le nucléaire

samedi 10 mars 2007 par Christine Legrand
La décision de la présidente socialiste chilienne, Michelle Bachelet, d’étudier la viabilité de la construction d’une centrale nucléaire, dans les dix ou quinze prochaines années, comme nouvelle source d’énergie au Chili, est bien accueillie à Santiago autant par la coalition gouvernementale de centre-gauche (la Concertation démocratique) que par l’opposition de droite, mais est critiquée par les organisations écologiques.

La ministre des mines et de l’énergie, Karen Poniachik, a annoncé, le 1er mars, la création d’une commission de dix experts chargée de présenter, en septembre, un premier rapport sur le nucléaire comme alternative éventuelle au manque d’énergie qui menace le Chili. Cette étude permettra qu’un "futur gouvernement puisse décider si cela est viable ou non, et dans quelles conditions impulser cette alternative", a précisé la ministre Poniachik.

"On ne peut envisager une option nucléaire avant au moins quinze ans", estime le physicien Jorge Zanelli, qui est à la tête de la commission gouvernementale. "Il est positif que le gouvernement se préoccupe de ce sujet", a déclaré le président de la commission à l’énergie de la Chambre des députés, le socialiste Jaime Mulet. L’opposition soutient également cette initiative : "Le Chili doit s’ouvrir à de nouvelles sources d’énergie", a affirmé le député de droite Julio Ditborn.

En 2005, pendant la campagne électorale, Michelle Bachelet s’était engagée à ce que durant son mandat de quatre ans (2006-2010), le Chili ne construise pas de centrale nucléaire. La ministre Poniachik a réaffirmé cet engagement. Les organisations écologistes critiquent l’étude lancée par le gouvernement, l’accusant de céder à la pression d’entreprises étrangères.

"Alors que l’énergie nucléaire est en décadence dans le monde entier, ces entreprises cherchent de nouveaux partenaires dans les pays d’Amérique latine, qui ont des politiques plus permissives en matière de protection de l’environnement", a assuré Rodrigo Herrera, représentant de Greenpeace au Chili.

Sara Larrain, candidate écologiste à l’élection présidentielle de 1999, considère qu’"il y a un intérêt du gouvernement français pour vendre de la technologie nucléaire au Chili". A court terme, elle s’est montrée satisfaite de ce que la ministre de l’énergie ait insisté sur le développement d’énergies renouvelables, notamment l’énergie géothermique, jusqu’à la fin du mandat de la présidente Bachelet.

L’idée d’une alternative nucléaire a surgi à Santiago en septembre 2006, après que l’Argentine eut annoncé la relance de son programme nucléaire avec des investissements de 3,5 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros) pour terminer sa troisième centrale, en construire une quatrième et reprendre la production d’uranium enrichi, abandonnée en 1983.

L’Argentine est le principal fournisseur du gaz naturel que le Chili utilise pour ses usines électriques, mais depuis trois ans, Buenos Aires a réduit ses livraisons à Santiago pour privilégier sa demande intérieure et soutenir sa forte croissance.

"Le gouvernement prépare les bases pour convoquer un appel d’offres international", a indiqué le porte-parole du gouvernement chilien, Carlos Maldonado. Le Chili dispose de réserves financières importantes, grâce à l’envol du prix mondial du cuivre. La puissante compagnie Codelco (Corporation du cuivre du Chili), qui appartient à l’Etat, a réalisé en 2006 des profits record, qui atteignent 9,2 milliards de dollars. Les profits ont augmenté de 88,8 % par rapport à ceux de 2005.

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