Liste des auteurs

Article de Paul Falzon paru dans L’Humanité du 12 septembre 2006

Au sommet Europe-Asie, le dossier énergie coince

mardi 12 septembre 2006 par Paul Falzon
coopération . Réunis à Helsinki, les dirigeants des deux continents n’ont pas progressé sur ce dossier. Au risque de mettre aussi en danger l’après-Kyoto.

Vladimir Poutine ne pouvait choisir moment plus habile que ce week-end pour faire connaître ses nouvelles orientations en matière énergétiques. Le président russe a déclaré depuis Moscou que son pays vendrait dans les quinze prochaines années 30 % de son gaz et de son pétrole à des pays asiatiques, contre 3 % aujourd’hui, aux dépens de l’UE qui est son principal client aujourd’hui. Au même moment, Europe et Asie réunies en sommet (ASEM) entamaient à Helsinki de stériles débats sur la sécurité énergétique, assurément la « question brûlante » de ces prochaines années sur la scène internationale ainsi que l’affirmait le premier ministre vietnamien.

En pleine flambée des prix des hydrocarbures, les deux continents étaient attendus sur le dossier où ils semblent particulièrement menacés. « L’Europe et l’Asie sont toutes deux des consommateurs majeurs d’énergie [qui] font face aux mêmes défis », résumait le premier ministre finlandais Matti Vanhanen : absence quasi totale de réserves, dépendance face aux pays fournisseurs, accroissement des besoins dans le futur, surtout en Asie où le potentiel de croissance reste très important. La décision russe de réorienter ses exportations d’Europe vers l’Asie suffit en outre à montrer que, sur la question énergétique, les deux continents sont plus concurrents que partenaires.

Difficile dans ce contexte de dégager, comme le laissait envisager la présidence finlandaise avant le sommet, des « approches communes » sur la couverture des besoins. Les conclusions de l’ASEM se contentent d’insister sur les coopérations possibles en matière de nouvelles énergies et d’énergies renouvelables, la France obtenant que soit soulignée « l’alternative » que pouvait constituer le nucléaire. Le match énergétique entre l’Europe et l’Asie s’est aussi poursuivi sur la question du changement climatique, objet d’une déclaration spécifique. Alors que la négociation pour l’après-Kyoto bat déjà son plein, les pays participants se sont dits « déterminés à répondre au changement climatique à travers la coopération internationale, sur la base du principe de responsabilités communes mais différenciées selon les capacités ». En clair, les pays d’Asie ont refusé de s’engager plus avant sur la réduction des gaz à effets de serre afin de ne pas brider leurs perspectives de développement, alors que les Européens espéraient avant le sommet obtenir indirectement une diminution de l’appétit énergétique de toute la zone et surtout de la Chine.

La concurrence énergétique effrénée entre les deux pôles économiques - auxquels il faut ajouter les États-Unis - n’est pas sans conséquences politiques. Accusée de complaisance envers les régimes iranien et soudanais qui lui fournissent une part non négligeable de son brut, et contre lesquels elle refuse par avance toute sanction à l’ONU, la Chine n’a pas reculé d’un pouce sur ces dossiers lors de cette sixième édition de l’ASEM. L’annonce par Téhéran d’une possible pause dans son programme nucléaire avait, il est vrai, permis de décrisper les positions à Helsinki.


Un dialogue politique avorté

Attendue avant le sommet d’Helsinki comme un contrepoids à la puissance américaine, l’ASEM est restée une coquille vide. Analyse.

Un ensemble qui pèse la moitié de l’économie du globe et 40 % de sa population, avant même l’entrée de l’Inde et du Pakistan. Mais une voix inaudible sur les dossiers internationaux. L’ASEM, dix ans après sa création, n’a jamais acquis la dimension politique qu’espéraient ses initiateurs, la France en tête. Comme le craignait en 1996 Jacques Santer, alors président de la Commission, la structure est restée l’un « de ses si nombreux sommets internationaux sans décisions, sans accords ». L’espoir originel de certains dirigeants d’Asie, ceux de l’ASEAN surtout, de contrebalancer la suprématie américaine sur leur pays par un rapprochement avec l’Europe - espoir que portait encore en 2004 un Jacques Chirac aujourd’hui bien discret - a été douché.

Certes, l’ASEM a rappelé hier son engagement « pour le multilatéralisme et pour un ordre international équitable, juste et basé sur la loi autour de Nations unies fortes ». Mais cette critique en creux de la volonté de domination unilatérale des Etats-Unis n’est suivie d’aucune proposition politique concrète, par exemple sur la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU où Européens et Asiatiques sont pourtant en première ligne, et à plus forte raison, d’aucun projet politique. Plus personne ne semble avoir intérêt à ouvrir le débat : ni les pays de l’UE, qui tentent depuis deux ans de mettre entre parenthèses leurs désaccords stratégiques mis à jour par la guerre en Irak, ni les pays d’Asie, divisés par les querelles internes et moins sous pression depuis que Washington est coincé au Moyen-Orient. Les alliés indéfectibles des États-Unis membres de l’ASEM, le Japon en Asie et le Royaume-Uni en Europe, n’auront au final jamais eu à sortir de l’attentisme prudent qu’ils avaient adopté il y a dix ans. Quant à la Chine, elle n’a pas renoncé à constituer avec l’Europe une forme de pôle alternatif à la toute-puissance américaine, mais elle a choisi la voie d’un accord direct avec l’UE, dont la négociation a été annoncée samedi.

Prenant acte de son impuissance politique, l’ASEM affirmait hier dans un texte consacré à son avenir qu’il garderait à l’avenir son « caractère informel (...) et flexible ». Bref, un aimable forum de discussion, pas totalement dépourvu d’intérêt puisque les dirigeants y abordent en coulisses de multiples sujets chauds - le Liban, le nucléaire iranien cette année - mais où se fait crûment sentir l’absence de volonté politique des Européens, comme des Asiatiques, pour tenter d’établir un monde réellement multipolaire.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !