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Un article de Corine Lesnes (à New York) et Virginie Malingre paru dans Le Monde le 3 janvier 2006

Aux Etats-Unis, la quasi-absence de chômage commence à tirer les salaires vers le haut

mardi 3 janvier 2006 par Virginie Malingre, Corine Lesne

Les salariés américains veulent mieux et plus profiter de la croissance. Dans un pays où le taux de chômage est inférieur à 5 %, cela signifie d’abord qu’ils veulent être mieux payés. La grève des employés du métro de New York, les 21 et 22 décembre 2005, a été révélatrice. Elle n’a duré que 60 heures mais elle a été suivie de près par les économistes.

Les syndicats réclamaient des hausses de salaires et refusaient le relèvement de l’âge de la retraite de 55 à 62 ans pour les nouveaux embauchés. Ils ont partiellement obtenu gain de cause. L’autorité des transports (MTA) a renoncé à élever l’âge de la retraite. Les salariés ont aussi obtenu une augmentation de 10,5 % sur trois ans. Mais ils devront, en contrepartie, contribuer au financement de leur assurance-maladie à hauteur de 1,5 % de leur salaire.

La pression sur les salaires est surtout forte dans le secteur des hautes technologies. Le 16 décembre 2005, Intel, numéro un mondial des semi-conducteurs, a annoncé une augmentation des salaires et des bonus (qui compensera la suppression des stock-options). Le groupe de Santa Clara (Californie) multiplie aussi les avantages en nature : il a mis en place un service de ramassage à domicile pour les employés, ce qui leur permet d’économiser sur les coûts de transport.

Dans la Silicon Valley, tout est bon, aujourd’hui, pour garder ses salariés et en attirer d’autres. Et, les entreprises, dans le sillage de Google, rivalisent de propositions sur ce terrain. Fin octobre, dans cette région, les salaires dans les secteurs technologiques avaient augmenté de 2,1 % sur un an.

Ces exemples augurent-ils d’un retournement de situation en matière de salaires ? Jusqu’ici, les bonnes performances de l’économie américaine - malgré un pétrole cher et des cyclones dévastateurs, la croissance devrait finir 2005 à 3,6 % - ne se sont pas vues dans les rémunérations. Bien au contraire.

Entre septembre 2004 et septembre 2005, après prise en compte de l’inflation, les salaires et compensations diverses (assurance médicale, retraite, et primes diverses) des employés ont même diminué de 1,5 %. "Pour 80 % des salariés, la hausse des salaires est à 3 % derrière l’inflation", proteste le New York Times dans son édition du 25 décembre 2005.

Hormis celles des cadres dirigeants, les rémunérations stagnent depuis quatre ans, et ce, malgré une productivité record. "Cela veut dire que les Américains travaillent plus, mais rapportent moins d’argent à la maison", souligne le quotidien.

A l’origine de ce phénomène, il y a d’abord l’augmentation des coûts de l’assurance-santé pour les employeurs. Ils payent de plus en plus cher les prestations de l’assurance-maladie - le coût a augmenté de 6 % par an ces deux dernières années - et compensent donc cette surcharge en n’augmentant pas les salaires.

Et puis, il y a aussi les secteurs sinistrés, comme le transport aérien ou l’automobile, qui licencient à tour de bras. Les pilotes de Delta Airlines viennent d’ailleurs d’accepter des coupes dans leur rémunération. Quant aux salariés de General Motors ou de Ford, qui réduisent leurs effectifs par dizaines de milliers, ils sont aujourd’hui plus soucieux de garder leur emploi que d’accroître leurs revenus.

Mais, dans son dernier rapport sur la conjoncture - le Livre beige -, publié le 30 novembre 2005, la Réserve fédérale américaine (Fed) relève des "pressions à la hausse" sur les salaires, qui pourraient alimenter l’inflation. Modestes, voire inexistantes, dans les régions d’industries traditionnelles, elles sont plus substantielles dans les villes où se développent les entreprises spécialisées dans la haute technologie, comme Boston ou San Francisco. La Fed observe aussi des tensions salariales dans les secteurs de la santé, des transports ou de la finance.

Dans la région de Minneapolis, note par exemple la Fed, 83 % des économistes et hommes d’affaires interrogés s’attendent à des augmentations salariales en 2006. Dans le Sud, la quasi-pénurie de main-d’oeuvre pour reconstruire les zones sinistrées par les cyclones a aussi contribué à pousser les salaires vers le haut. La production pétrolière n’est encore qu’à la moitié de son niveau d’avant-cyclones. Et les ouvriers du secteur de l’exploitation d’hydrocarbures sont particulièrement recherchés.

Le secrétaire au Trésor, John Snow, s’est récemment félicité de la nouvelle "réjouissante" selon laquelle les salaires étaient en augmentation. Le New York Times l’a sèchement corrigé : "L’administration veut vous faire croire que les salaires sont à la hausse", écrit le journal. Certes, les entreprises ont réalisé "des profits phénoménaux, mais ils ont été essentiellement utilisés pour enrichir les actionnaires, pas pour créer des emplois et augmenter les salaires", regrette-t-il.

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