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Lucy Bateman | L’Humanité du 14.02.2008

Avec le lock-out, Miko dégaine l’artillerie lourde

jeudi 14 février 2008 par Lucy Bateman
Agroalimentaire . L’entreprise de Saint-Dizier, bloquée depuis janvier, ferme et suspend les salaires de tous les ouvriers, grévistes ou pas.

Face à une grève qui dure, Miko dégaine la grosse artillerie. Le glacier vient d’annoncer un lock-out partiel dans son usine de Saint-Dizier, bloquée depuis janvier par une grève contre un plan de 250 suppressions d’emploi. On parle de lock-out quand un employeur ferme une entreprise pour forcer des salariés ou des grévistes à cesser une grève. En somme, on sanctionne les non-grévistes pour faire pression sur les grévistes. C’est ce qu’a fait la direction de Miko en annonçant qu’elle suspendait les salaires de l’ensemble des ouvriers de la production, qu’ils soient grévistes ou non. L’encadrement, la logistique et le personnel administratif ne sont pas concernés par cette mesure.

« Tout a été fait, depuis que la grève a commencé, pour maintenir l’occupation d’un maximum de salariés », a expliqué un porte-parole de Miko pour justifier cette décision. « Depuis un mois, ils font du reconditionnement, de la maintenance… Mais compte tenu du blocage du site, il n’y a plus de travail à faire. » Les syndicats avaient été avertis lors d’un comité d’entreprise vendredi que cette décision serait prise si la production ne reprenait pas mardi. Les employés de production représentent 60 % des 493 salariés du site . « Ne plus payer les non-grévistes revient à les dresser contre les grévistes », a réagi Hervé Mazelin, délégué syndical CGT. « C’est une atteinte au droit de grève. » Et un coup très risqué pour Miko, qui risque d’y perdre gros : les grévistes ont adopté une stratégie fondée sur la solidarité, où seuls les salariés qui produisent la matière première, la crème, ont cessé le travail, bloquant le reste des chaînes. Les autres salariés de la production sont non grévistes, mais la majorité cotise pour soutenir l’action de leurs collègues. Le glacier voulait diviser les grévistes, il pourrait bien obtenir l’effet contraire et renforcer les liens entre les ouvriers, explique-t-on à la fédération CGT de l’agroalimentaire.

D’autant que son coup de force risque de ne pas tenir devant les tribunaux : en France, le droit de grève est une liberté fondamentale reconnue par la Constitution, dont les salariés ne peuvent être privés qu’en cas de force majeure. La jurisprudence de la Cour de cassation est très claire : si l’employeur qui décide le lock-out n’est pas en mesure d’apporter la preuve d’un « événement irrésistible et insurmontable », il commet une faute en ne fournissant pas de travail à ses salariés. Le blocage d’une ligne de production par des grévistes n’est pas un cas de force majeure, l’incapacité d’un employeur à sortir d’un conflit par la négociation non plus. L’usine en restructuration Cogesal-Miko (groupe - Unilever) prévoit de fermer trois des huit lignes de production, pour augmenter la productivité d’un site déjà bénéficiaire.

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