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DéVRY Thomas | Libération le 18 mai 2007

BP, une marée noire pour des billets verts

vendredi 18 mai 2007 par Thomas Devry
Environnement. Le Congrès américain épingle le pétrolier pour avoir négligé la sécurité et pollué l’Alaska en 2006.

Peut-on encore être radin quand on empoche une centaine de milliards de dollars de profits ? Lorsqu’on est une entreprise pétrolière, la réponse est oui. Le Congrès américain, pourtant peu suspect d’antipathie à l’égard de tout ce qui sent l’hydrocarbure, a dressé mercredi un réquisitoire sévère contre le Britannique BP, pendant une audition de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la gigantesque « fuite » de pétrole de plus d’un million de litres qui a pollué la toundra de l’Alaska, sur le gisement de Prudhoe Bay, en mars 2006.

Bouts de chandelle. Selon le représentant Bart Stupak, « la réduction des coûts est à l’origine de la pire pollution pétrolière de la région ». Des économies de bouts de chandelle qui ont ralenti, voire anéanti, les opérations de lutte contre la corrosion des pipelines, qui ont fini par céder. Entre 1999 et 2005, la compagnie avait pourtant empoché 106 milliards de dollars de bénéfices.

Face au Congrès, le directeur de BP Amérique, Robert Malone, a implicitement reconnu que « la pression budgétaire sur les gisements de Prudhoe Bay a contribué au défaut de maintenance des oléoducs ». Mais, pour lui, ce ne sont pas ces économies qui ont conduit à la fuite, mais « l’absence de procédure d’évaluation des risques » de la part des managers locaux. Une manière de rejeter la faute sur des sous-fifres qui auraient dû privilégier la sécurité. Cette excuse n’a pas eu l’air de plaire à la commission d’enquête, qui a rendu publiques des communications internes à BP, montrant le peu d’intérêt pour les opérations de maintenance. Un échange de mails de 1999 exige des économies de 10 % sur les produits anticorrosion « même s’il s’agit d’une décision risquée ». Un autre, en 2001, demande aux managers locaux de supprimer 800 000 dollars d’un programme anticorrosion, « et de le faire discrètement ».

Mais la pollution en Alaska n’est pas la seule preuve à charge contre BP. En 2005, une explosion dans une grosse raffinerie du groupe au Texas avait tué 15 ouvriers et blessé 170 autres. Là encore, une enquête menée par l’ex-secrétaire d’Etat James Baker avait dénoncé le rognage des budgets de sécurité. Pour Carolyn Merritt, directrice de l’US Chemical and Safety Board, « il existe des similarités frappantes entre les causes de la fuite à Prudhoe Bay et celles de l’explosion texane. BP a une "mentalité de comptable", c’est-à-dire que, même si les budgets ne sont pas suffisants pour prévenir les risques, BP n’autorise pas de dépassement. »

Carte écolo. Ces révélations ne sont qu’une nouvelle étape dans la lente dégradation de l’image de BP. Alors que le groupe avait décidé de jouer la carte écolo pour se distinguer de ses concurrents, cette stratégie a fait long feu. L’ONG The Green Life dénonce depuis plusieurs années BP comme « une des entreprises les plus malhonnêtes, qui essaie de verdir son image en se présentant comme une compagnie énergétique idéale, ce qu’elle n’est nullement ». Ainsi, BP vante son expansion dans le domaine du solaire, mais lorsqu’elle achète, en 1999, pour 45 millions de dollars, le producteur de panneaux solaires Solarex, elle débourse la même année 600 fois plus pour acheter le pétrolier Arco.

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