Liste des auteurs

article de Georges Quioc paru dans Le Figaro le 14 avril 2006

Bataille de titans autour du gaz russe

vendredi 14 avril 2006 par Georges Quioc
Cinq multinationales, dont Total, sont en compétition pour exploiter un mégagisement de gaz en mer de Barents. Moscou fait monter le suspense et les enchères.

QUI VA exploiter Shtokman, un champ gazier perdu dans les eaux glacées de la mer de Barents à 550 kilomètres au nord de Mourmansk ? Les multinationales du pétrole se disputent ce bout du monde glacé qui recèle le plus grand gisement marin de la planète avec 3 700 milliards de mètres cubes de réserves.

Moscou doit désigner avant la fin du mois la compagnie lauréate sur une « short list » comprenant deux norvégiennes (Statoil et Norsk Hydro) deux américaines, (Chevron et ConocoPhillips), et la française Total. Le ou les groupes gagnants pourront à partir de 2012 exploiter quarante ans durant ce réservoir qui recèle l’équivalent de sept fois la consommation annuelle de l’Europe.

Toutefois ce gaz n’est pas destiné aux Européens. Une fois liquéfié, il sera transporté par méthaniers aux États-Unis. Gazprom, holding de l’État dans le secteur de l’énergie, veut ainsi hisser son pavillon au rang des grandes marques mondiales. Cela favorise a priori la candidature des compagnies américaines, d’autant plus que le géant russe compte sur elles pour prendre pied dans le réseau de gazoducs aux États-Unis.

Pourtant les chances de Chevron et ConocoPhilipps semblent aujourd’hui menacées. Les relations entre le Kremlin est la Maison-Blanche se sont dégradées sur les conditions de l’entrée de la Russie dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Vladimir Poutine, qui en fait une question d’honneur pour la Russie, vient d’accuser les États-Unis de poser des exigences « supplémentaires » qui bloquent l’entrée de son pays. Ces exigences portent sur l’arrêt de la contrefaçon des CD et DVD en Russie et sur l’ouverture de son marché bancaire. Piqué au vif, Moscou aurait envoyé des signaux à Washington prévenant que si les États-Unis continuaient à bloquer son adhésion, les compagnies américaines risquaient d’en faire les frais. « Nous sommes en fait très proches d’un accord bilatéral entre les États-Unis et la Russie sur l’OMC », à toutefois rassuré hier un diplomate occidental de haut rang.

Norsk Hydro bien placé

Les chances de Total semblent plus minces. Le pétrolier français est enlisé depuis plusieurs années dans un différent avec des autorités de la république des Nenets, dans le Grand Nord russe, sur l’exploitation du gisement de Khariaga. La compagnie française s’est résignée à porter l’affaire devant le tribunal d’arbitrage international de Stockholm avant d’abandonner cette procédure en décembre dernier. Par ailleurs, pour séduire Gazprom, le pétrolier français aurait offert au géant russe, selon l’agence Reuters, de lui céder ses parts dans certains champs norvégiens de la mer du Nord et un terminal de déliquéfaction dans le golfe du Mexique. Ceci en échange d’une part de 20% dans Shtokman.

C’est en fait aujourd’hui le conglomérat norvégien Norsk Hydro qui paraît le mieux placé pour rafler la part du lion du fabuleux gisement. Avec il est vrai une carotte à la clé : un projet d’implantation à Mourmansk, port rongé par le chômage depuis le désarmement d’une partie de la flotte de l’ex-URSS, d’une usine d’aluminium alimentée justement par le gaz de la mer de Barents.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !