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Article de Grégoire BISEAU paru dans Libération le 15 septembre 2006

Bataille navale entre la SNCM et son ancien allié

vendredi 15 septembre 2006 par Grégoire BISEAU
Selon la CMN, l’appel d’offres pour la desserte de la Corse serait biaisé.

Vous aimez les gros bateaux, la Corse, les guerres d’argent et d’influence ? Et bien cette histoire est pour vous. Avec une issue qui pourrait très bien se solder par une catastrophe politique et sociale : la faillite de la SNCM, l’ex-compagnie publique maritime marseillaise que le gouvernement avait réussi à privatiser au prix d’un feuilleton politico-financier à rebondissements. On pensait que l’affaire était réglée depuis que l’opérateur Veolia avec l’aide du financier Walter Butler avait pris le contrôle de la compagnie. On avait tort. En trois jours, la guerre d’intimidation déclarée depuis cet été entre la SNCM et son ex-alliée la CMN (la Compagnie méridionale de navigation) a monté d’un cran. Si bien qu’aujourd’hui la Commission européenne, la justice française et la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sont sur l’affaire.

Filiale. Reprenons. En 2001, la SNCM avait signé un partenariat commercial avec la CMN pour desservir la Corse et toucher les subventions publiques qui vont avec. Rien de plus normal, puisque la SNCM est au capital de la CMN, au côté du groupe de transport et logistique Stef-TFE. Tout allait très bien jusqu’à la privatisation de la SNCM. Depuis, Butler et Veolia s’empaillent avec la Stef-TFE pour prendre le contrôle de leur filiale commune. Le divorce a été consommé début août, lorsque la CMN a choisi de s’allier avec Corsica Ferries, la bête noire de la SNCM, pour répondre à l’appel d’offres de la desserte de la Corse depuis Marseille. Une trahison...

Dans l’obligation de trouver un partenaire, la SNCM décide d’attaquer en justice la CMN, l’accusant d’avoir rompu leur pacte d’actionnaire. Le tribunal de commerce, qui a tenu sa première audience mardi dernier, a décidé de réunir une semaine plus tard les parties prenantes pour démêler ce sac de noeuds. Pour compliquer le tout, la Commission européenne annonce mercredi qu’elle va ouvrir une enquête sur le schéma de privatisation de la SNCM, qui avait mobilisé l’injonction de 180 millions d’euros de l’Etat. Dans leur chasse à la concurrence déloyale, les services de la direction de la concurrence pourront compter sur le concours actif de la CMN.

Clause. Enfin, la petite filiale commune est allée frapper à la porte de la DGCCRF pour contester les règles du jeu de l’appel d’offres. Et notamment une clause qui permet à Veolia et Butler de reprendre leurs billes s’ils n’obtenaient pas les 90 millions d’euros de subventions annuelles pendant cinq ans. « Un chantage », dénonce la CMN. « Rien de plus normal, réplique Veolia, puisque, sans la desserte, la SNCM ne peut pas vivre. » Le calendrier est serré. Le 17 octobre, le tribunal de commerce rendra son verdict. Entretemps, les coups bas ne sont pas à exclure.

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