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Un Article de Philippe Ricard (à Bruxelles) et Anne Rodier, avec Antoine Jacob (à Berlin) paru dans Le Monde du 12 mars 2006

Berlin et Bruxelles récusent la proposition lancée par la Pologne d’un "OTAN de l’énergie"

dimanche 12 mars 2006 par Philippe Ricard, Antoine Jacob, Anne Rodier

C’est la nouvelle marotte du gouvernement conservateur eurosceptique polonais. A l’instar de son président, Lech Kaczynski, lors de sa visite en Allemagne, mercredi 8 et jeudi 9 mars, la Pologne plaide pour la mise en place d’une organisation euro-atlantique de sécurité énergétique destinée à garantir l’approvisionnement de ses membres. Ce dispositif serait ouvert, sur la base d’un traité, à la fois aux pays de l’Union européenne, mais aussi à ceux de l’OTAN, comme les Etats-Unis ou la Turquie. D’où son surnom d’"OTAN de l’énergie". Les signataires devraient s’engager à se porter assistance en cas de crise énergétique liée à des problèmes d’approvisionnement - "hors différends commerciaux" -, aux catastrophes naturelles, ou à une attaque terroriste, "tout en excluant le recours à la force armée", selon l’esquisse de projet du gouvernement polonais qui circule dans les chancelleries.

A l’heure où l’UE cherche à muscler sa politique énergétique, l’initiative ne soulève pourtant pas l’enthousiasme. En recevant le président polonais, la chancelière allemande, Angela Merkel, s’est bien gardée de lui apporter son soutien. Son ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, préférerait l’idée d’une "OSCE de l’énergie" (organisation de sécurité et de coopération), qui associerait notamment la Russie, voire le Kazakhstan. Or Varsovie refuse d’associer Moscou à son projet, la Russie étant perçue comme la fauteuse de troubles. La Commission européenne et de nombreux Etats membres, comme la France, sont, eux aussi, dubitatifs. "Qui dit OTAN dit Etats-Unis, ce qui n’est pas de nature à conforter une approche européenne", lâche un haut responsable de la Commission européenne. Les ministres européens devraient examiner le projet, mardi 14 mars, à Bruxelles.

L’initiative de Varsovie en dit pourtant long sur les inquiétudes de la Pologne et des nouveaux membres en matière énergétique. Ces derniers n’ont pas attendu la crise du gaz russe de cet hiver pour réclamer plus de coordination entre les Vingt-Cinq. "Il s’agit d’une question stratégique pour les anciens alliés de l’ex-URSS", estime Andris Piebalgs, le commissaire européen chargé de l’énergie, lui-même originaire de Lettonie. La Russie est toujours le principal fournisseur des pays d’Europe centrale et orientale (PECO). Ses livraisons représentent plus des deux tiers de leur consommation de gaz naturel (certains comme les pays baltes en dépendent à 100 %). Contre 25 % en moyenne pour l’ensemble de l’Union. "La Russie est notre partenaire stratégique depuis des décennies. Mais les événements récents montrent qu’il est risqué de dépendre d’une seule source d’approvisionnement", estime le ministre hongrois de l’économie et des transports, Janos Koka. Par ailleurs, la Pologne et des pays baltes n’ont pas apprécié que l’Allemagne, sans les concerter, se mette d’accord avec la Russie pour construire au fond de la mer Baltique un gazoduc contournant leur territoire.

Mais les nouveaux pays membres ne défendent pas toujours les mêmes intérêts. Pour preuve, un pays comme la Hongrie accueille plutôt froidement, lui aussi, le projet polonais d’un traité euro-atlantique sur l’énergie. "Le gouvernement de droite en Pologne a une vision différente de la nôtre. En outre, ce n’est un secret pour personne que la Pologne et la Russie ont des relations ombrageuses, a indiqué au Monde M. Koka. Budapest, qui défend des intérêts régionaux, ne veut pas de bras de fer. La Hongrie a la ferme volonté de maintenir une coopération entre l’Union européenne, la Russie et les Etats-Unis."

Pour réduire leur dépendance, certains, comme les Etats baltes, comptent investir dans le nucléaire, mais ce sujet divise au sein de l’Union. De surcroît, la Russie sait multiplier les promesses pour tenter de compliquer la mise en place d’un front commun. Ouvert à la coopération entre les Vingt-Cinq, le premier ministre tchèque, Jiri Paroubek, a semblé très sensible aux arguments de Vladimir Poutine, lors de sa visite à Prague début mars. Le président russe "a fait une offre généreuse selon laquelle une partie des énormes profits obtenus par la Russie à la suite de la hausse des prix du pétrole et du gaz serait utilisée dans le cadre de la République tchèque", avait-il précisé. Le forcing des dix nouveaux membres de l’UE porte néanmoins ses fruits. Soucieuse de muscler la politique extérieure de l’UE dans le domaine énergétique, la Commission européenne suggère de renforcer le partenariat avec la Russie. Mais par le biais du dialogue, et non de la confrontation.

Son président, José Manuel Barroso, doit rencontrer M. Poutine à Moscou, le 17 mars, pour aborder la question, pendant que le même jour les ministres de l’économie des PECO se retrouveront à Budapest. Les Européens envisagent de signer à terme un traité avec la Russie, afin de stabiliser leurs relations avec Gazprom.

M. Poutine lui-même cherche à calmer les inquiétudes de la clientèle européenne. "Personne en Europe ne devrait avoir de doutes sur la fiabilité d’approvisionnement des sources d’énergie russes", a-t-il assuré en République tchèque. Mais sans convaincre tout le monde.

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