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Entretien réalisé par Sébastien Crépel et article de Paule Masson parus dans L’Humanité du 25 mars 2006

Bernard Thibault : « Le premier ministre est dans l’impasse »

samedi 25 mars 2006 par Paule Masson, Sébastien Crépel
L’Humanité a rencontré le secrétaire général de la CGT, hier, lors de sa visite au congrès du PCF.

Vous sortez de la réunion avec le premier ministre, accompagné de vos homologues des onze autres organisations syndicales engagées pour le retrait du CPE. Que s’y est-il dit ?

Bernard Thibault. Nous avons eu un entretien très court, d’une heure environ, avec le premier ministre. Celui-ci nous a confirmé qu’il ne veut pas pour l’instant retenir la demande unanimement formulée par les douze organisations de concéder le retrait du CPE. En même temps, le premier ministre est apparu conscient que le CPE, dans sa définition actuelle, ne passera pas, puisqu’il envisage de revoir ses modalités d’application. Il faudrait rediscuter et pour cela, il souhaiterait que les syndicats co-élaborent avec lui des adaptations à une mesure dont nous contestons le bien-fondé. Le premier ministre est donc dans l’impasse.

Avez-vous décidé de vous revoir ?

Bernard Thibault. Le premier ministre souhaite que nous restions en contact, mais ce contact ne peut consister à adjoindre des adaptations au CPE. Aujourd’hui, le nouveau tournant sur le CPE va dépendre de la puissance de la journée d’action interprofessionnelle de mardi. Nous souhaitons que des arrêts de travail se décident partout et que le maximum de salariés se retrouvent dans la rue pour manifester. Mais nous serons également très vigilants à ce que les tensions et la violence ne se substituent pas à la revendication de retrait du CPE comme le souhaitent certains dans la majorité gouvernementale. D’ailleurs, de l’entretien avec le premier ministre, je retiens aussi que les syndicats se sont montrés plus soucieux que lui du climat dans le pays. Et cela, ce n’est pas normal.


Villepin s’entête face aux syndicats

CPE . Lors de sa rencontre avec les confédérations, le premier ministre a refusé hier de retirer le CPE. Les syndicats appellent à réussir une puissante mobilisation mardi 28 mars.

Dans le bras de fer qui oppose les anti-CPE au gouvernement, les syndicats ne seront les premiers ni a céder, ni à se diviser. Les douze organisations de lycéens, étudiants et salariés l’ont clairement exprimé hier matin, quelques heures avant la convocation par Dominique de Villepin des seules confédérations de salariés. « L’intersyndicale réaffirme que le dénouement de la crise actuelle passe par l’écoute de la part du gouvernement des douze organisations syndicales engagées contre l’action du CPE depuis deux mois », affirme leur déclaration. Ni une ni deux, elles ont appelé Matignon pour demander à être reçues toutes ensemble dans l’après-midi même. Mais le premier ministre leur a opposé une fin de non-recevoir. De leur côté, les jeunes de l’UNEF, de l’UNL, de la FIDL et de la CE ont décliné l’invitation du ministre de - l’Éducation nationale, Gilles de Robien, « qui ne s’occupe pas de l’emploi », a grincé Bruno Julliard, et devraient finalement discuter avec Dominique de Villepin ce matin.

« Les organisations syndicales ne tomberont pas dans le piège de la rupture du front syndical construit contre le CPE », indique la déclaration des « 12 ». La tactique gouvernementale consistant à choisir ses interlocuteurs afin de parvenir à lézarder le mur unitaire a échoué, même si les cinq confédérations, la CGT, la CFDT, FO, la CFTC et la CFE-CGC, se sont tout de même rendues à Matignon hier après-midi. Pour rien. « Nous n’avons pas encore convaincu le premier ministre de retirer le CPE », a déclaré Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, à la sortie d’une rencontre de moins d’une heure.

Pas de flottement syndical

Tous l’affirment, l’unité syndicale est solide. « Depuis deux mois, les manifestations se succèdent pour le retrait du CPE. Les délégations se succèdent sur le perron de Matignon pour répéter que toute négociation est conditionnée par le retrait du CPE », insiste Maryse Dumas, pour la CGT. « Notre première réunion intersyndicale a eu lieu le 24 janvier. Cinq rencontres plus tard, nous sommes animés de la même détermination. Pour sortir de l’impasse, le premier ministre doit reculer », assure à son tour Alexis Guenego pour la CFDT. « Il n’y a pas de flottement, on continue ensemble », dit simplement Bruno Julliard. La puissante pression sociale n’autorise, de toute façon, aucune défaillance. Dans la rue, jeudi, les centaines de milliers de manifestants exigeaient des syndicats qu’ils ne cèdent pas aux appels du gouvernement à négocier des aménagements au CPE.

L’amorce de dialogue esquissée par Dominique de Villepin prépare-t-elle le début de la fin du contrat première embauche ? La question est sur toutes les lèvres mais, côté syndical, la certitude s’exprime que le premier ministre a déjà perdu, quoi qu’il arrive, et la crainte est tout aussi présente que le gouvernement ne soit tenté de jouer la carte des violences pour diviser le mouvement.

Villepin en grande difficulté

D’où les appels à la raison dans une situation où tout entêtement supplémentaire ne ferait qu’envenimer les tensions sociales. « Le gouvernement est en situation de faiblesse. Dans une telle situation, il devrait prendre de la hauteur et mesurer l’ampleur de la crise en choisissant d’entendre le mouvement », préconise Gérard Aschiéri, secrétaire général de la FSU.

Au lieu de cela, le président de la République s’est empressé hier de refermer la porte. Depuis Bruxelles, Jacques Chirac a asséné : « Quand une loi a été votée par le Parlement, conformément à la règle et à l’esprit de nos institutions, elle doit être appliquée. » Certes, mais n’a-t-il pas lui-même fait retirer d’une loi récente l’article sur « les bienfaits du colonialisme » ? De son côté, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a durci le ton à l’intention des fauteurs de trouble : « On va les pourchasser », y compris « à l’intérieur des cortèges ».

Devant le mur d’intransigeance du gouvernement, les syndicats maintiennent plus que jamais leur appel à faire du 28 mars une « puissante journée d’action interprofessionnelle ». Cette journée s’annonce déjà comme un mardi noir. Dominique de Villepin n’aura pas le temps de respirer. FO envisage de proposer de poursuivre la grève. L’intersyndicale a déjà prévu de se réunir mercredi 29 au matin, au siège de la FSU.

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