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Entretien réalisé par Paule Masson publié dans L’Humanité du 22 mars 2006

Bernard Thibault : « Usons la résistance du gouvernement »

mercredi 22 mars 2006 par Paule Masson
Au lendemain de l’appel de douze organisations à une journée de grève et de manifestations le 28 mars, entretien avec le secrétaire général de la CGT.

Un appel à une journée de grève décidé par douze organisations, cela n’est pas courant. Vous misez sur un nouvel élargissement de la fronde anti-CPE ?

Bernard Thibault. Le niveau de mobilisation ne cesse de croître et cette situation nous encourage à franchir un seuil supplémentaire en appelant à participer aux manifestations des lycéens et des étudiants jeudi et en organisant mardi 28 mars une journée de grève. Les rendez-vous se complètent, s’additionnent. Pour créer les conditions pour que le gouvernement s’use en premier, il faut lui opposer un mouvement qui s’installe, rythmé par des moments ou l’on se retrouve tous ensemble, dans les manifestations, des arrêts de travail et la multiplication des initiatives dans villes, les entreprises. Le rapport de forces doit devenir incontournable. Il reste des forces à mobiliser pour y parvenir.

Pensez-vous que la contestation anti-CPE porte un débat plus large contre la précarité du travail ?

Bernard Thibault. Nous ne sommes pas sur un mouvement de solidarité mais sur un combat d’intérêt général, qui concerne toutes les générations, tous les salariés, du secteur public comme privé. Le jour ou le premier ministre a annoncé la création du contrat première embauche, la plupart des médias ont salué son courage. La CGT a réagi immédiatement en appelant à participer nombreux à la première manifestation le 31 janvier, avec l’UNEF et l’UNL. Depuis, l’unité syndicale a été réalisée, ce qui est toujours plus efficace. Mais les militants ont aussi entrepris un travail de conviction qui porte ses fruits. Aujourd’hui, le rejet du CPE symbolise le rejet de la précarité. Il est identifié à la société que veut nous préparer pour demain le MEDEF et l’actuelle majorité gouvernementale, c’est-à-dire porter un coup fatal à toutes règles de droit collectif. Une grande majorité refuse cette perspective. C’est ce combat-là qui se mène.

Pensez-vous que le gouvernement commence à céder du terrain en parlant d’un certain nombre d’aménagements ?

Bernard Thibault. Même si le premier ministre s’affirme droit dans ses bottes, elles sont en train de prendre l’eau. À l’évidence, le gouvernement montre des signes de fragilité. Dominique de Villepin clame qu’une loi votée est destinée à s’appliquer, sans quoi la démocratie est en cause. Maintenant on parle d’aménagements possibles. Le premier ministre doit abandonner les deux mesures les plus critiquées que sont la période d’essai de deux ans et l’absence de justification du licenciement. C’est-à-dire retirer le texte, tout simplement.

Sur quoi la CGT est-elle prête à discuter, et dans quelles conditions ?

Bernard Thibault. Discuter de l’emploi, ce n’est pas pour nous parler de la remise en cause du droit du travail. Il faudrait au contraire débattre de ce qui structure la croissance économique, la politique budgétaire, fiscale, ou le niveau des investissements. Depuis vingt ans, toutes les dérogations, déréglementations, facilités obtenues pour les employeurs n’ont pas enrayé le chômage. Elles ont par contre généré un niveau de précarité qui est devenu insupportable. D’où la protestation contre la création d’un contrat précaire supplémentaire. Après les élections de 2002, nous avions dit que la première des insécurités était l’instabilité dans la situation au travail, l’insécurité sociale. Mais il n’existe aucun espace pour que s’exerce la démocratie sociale.

On est en train d’atteindre les limites de décisions autoritaires sur des réformes qui ont une influence sur la vie quotidienne de millions de salariés. Ce qui est en cause aujourd’hui, contrairement à ce que disent les plus libéraux, ce n’est pas le refus des réformes par principe, mais leur contenu. Nous ne pouvons pas laisser dire que les organisations syndicales n’ont rien à proposer. Nous sommes les premiers à exiger des négociations sur de vraies mesures pour faire reculer la précarité.

Entretien réalisé par Paule Masson

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