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Un article de François-Xavier Bourmaud paru dans Le Figaro du 28 avril 2006

Bernard Thibault sort vainqueur du congrès de la CGT

vendredi 28 avril 2006 par François-Xavier Bourmaud
Réforme des cotisations, principe de la négociation et « syndicalisme rassemblé » : les délégués CGT ont validé les principales positions défendues par leur secrétaire général qui sera réélu aujourd’hui.

VICTOIRE sur toute la ligne pour Bernard Thibault. Le secrétaire général de la CGT, qui doit être réélu aujourd’hui pour un troisième mandat de trois ans, a remporté toutes les batailles du 48e congrès du syndicat. Et notamment celle qui s’annonçait comme la plus complexe : la réforme des cotisations. Les délégués CGT l’ont finalement approuvée hier à 63% après une journée de débats intenses durant laquelle les membres du congrès ont semblé rejouer la lutte des classes en interne, version fédérations riches contre fédérations pauvres.

Une ligne de conduite pour les trois ans à venir

L’enjeu était d’importance. Il s’agissait pour la CGT de s’appuyer sur les revenus des plus grands syndicats pour financer le développement des plus petites structures, notamment dans les PME. Après une matinée plutôt calme, où les partisans de la réforme se sont succédé au micro pour défendre leur position, les opposants sont partis à la charge en début d’après-midi dans une atmosphère parfois houleuse. Les cornes de brume et les sifflets n’y ont rien fait, les ultras de la CGT n’ont pas réussi à retourner des « réformistes », certes moins démonstratifs, mais toutefois acquis aux positions de Bernard Thibault.

Seule la présence de Marie-Georges Buffet, secrétaire nationale du parti communiste, et de Georges Séguy, ancien secrétaire général de la CGT, a ressoudé le Congrès. A l’annonce de leur présence pour cette dernière journée de débats, les délégués leur ont réservé une ovation debout, particulièrement appuyée pour le prédécesseur de Bernard Thibault.

Auparavant, ce dernier avait vu les délégués CGT approuver à une écrasante majorité (80,4%) le document d’orientation définissant la ligne de conduite pour les trois ans à venir. Approuvé donc le principe d’une adhésion à la Confédération européenne des syndicats (CES). Approuvé également le principe du « syndicalisme rassemblé » qui bénéficiait, il est vrai, de l’effet d’entraînement du succès dans la crise du CPE. Approuvée aussi la réforme des structures visant à regrouper à terme les syndicats CGT par grands secteurs d’activité. Approuvée enfin la démarche de négociations pour obtenir des nouveaux droits pour les salariés, même s’il n’est pas encore question de « compromis » comme l’aurait souhaité la direction confédérale.

Après les résultats du vote, le secrétaire confédéral Jean-Christophe Le Duigou se réjouissait d’un « résultat satisfaisant ». Un résultat meilleur en tout cas que lors du dernier congrès, à Montpellier, où les quatre résolutions avaient recueilli entre 60 et 82% des voix. Et un résultat bien loin de refléter l’ambiance parfois agitée et turbulente qui régnait dans le grand palais de Lille.

« Ce n’est pas parce que quelques délégués, parmi ceux qui sont le plus critiques, font beaucoup de bruit, qu’ils sont représentatifs de l’opinion des syndicats », notait Bernard Thibault hier. C’est en tout cas dans une position largement confortée que le secrétaire général de la CGT aborde son troisième mandat à la tête du deuxième syndicat français.


Les « ultras » de la CGT donnent de la voix

Au troisième jour du congrès de la CGT, les opposants à Thibault ont monopolisé les débats pour défendre la « lutte des classes ».

RÈGLE DU JEU : quatre minutes de temps de parole et un gong pour signaler qu’il est temps de rendre le micro. C’est dans ce cadre strict que les opposants à la ligne Thibault ont commencé à donner de la voix hier au 48e congrès de la CGT. Après deux jours placés sous le signe de la célébration de la victoire du CPE, les congressistes sont entrés dans le vif du sujet en débattant du projet d’orientation, le document qui fixe la feuille de route de la centrale pour les trois années à venir.

Les partisans d’une CGT ouvertement engagée dans la « lutte des classes » se sont ainsi succédé au micro. Officiellement, il s’agissait de défendre des amendements aux deux sujets du jour : « le syndicalisme acteur essentiel de solidarité et de conquêtes sociales » et « la démocratie au coeur des enjeux de transformation du travail et de la société ». Deux chapitres du projet d’orientation qui recouvrent des sujets essentiels pour la CGT : l’adhésion à la Confédération européenne des syndicats (CES) et la promotion de la « Sécurité sociale professionnelle. »

Officieusement, il était surtout question d’attaquer la ligne d’ouverture que défend Bernard Thibault depuis son arrivée à la tête du syndicat, il y a six ans. Se succédant au micro dans les gradins ou n’hésitant pas à descendre sur la gigantesque scène du Grand Palais de Lille, les opposants ont donc concentré le tir. Marcel Croquefer, de la Fédération chimie, a ainsi martelé que son syndicat portait « des doutes évidents sur l’orientation que prend la CGT ». Même tonalité pour Stéphane Maletras, des services publics, qui a déclaré « vivre la lutte des classes au quotidien » et dès lors ne pas comprendre que la CGT ne l’inscrive pas dans son projet. Demande relayée par une représentante de la branche agroalimentaire : « N’ayons pas peur des mots, la CGT n’est pas un service social, mais un syndicat de lutte des classes. Virons nos patrons et nos actionnaires qui mettent nos emplois en danger. »

Le « compromis » reste tabou

Au milieu des applaudissements, des sifflets, des interpellations rigolardes, agacées ou énervées, des critiques récurrentes contre la difficulté à obtenir le micro, des rappels à l’ordre de la direction du congrès à l’encontre des intervenants dépassant leur temps de parole - « Tu débordes camarades, il faut terminer maintenant » -, les opposants ont poursuivi la charge tout au long de la journée.

A l’agacement de la secrétaire confédérale Maryse Dumas. « Notre système d’interventions donne une prime aux syndicats qui déposent des amendements de désaccord », déplorait-elle après les débats. Un avis partagé par une grande partie de délégués cégétistes dont certains ont surnommé le haut de l’amphithéâtre où se concentrent les opposants, « le kop Boulogne », en référence à la tribune du Parc des Princes où se réunissent les supporters « ultras » du PSG.

Reste qu’au-delà de ce débat entre les tenants d’une ligne dure et les partisans de l’ouverture, la CGT reste ancrée sur des positions profondément contestataires. Le débat sur l’article 1-116 du projet d’orientation en témoigne. Alors que le texte d’origine affirmait qu’il était de la responsabilité de la CGT de « créer les conditions pour dégager les compromis les plus favorables possible aux salariés », les membres du congrès ont décidé de supprimer le mot « compromis ». Le texte final parle de la responsabilité de la CGT pour « créer les conditions pour que la négociation débouche sur ce qui est le plus favorable... »

Maryse Dumas explique : « Les mots ont leur histoire. Certains délégués sont favorables à la démarche de négociation, mais pas au « compromis. » C’était la première fois que le terme était employé dans un document d’orientation. Il a fait débat. Au prochain congrès il choquera moins. » L’ouverture de la CGT reste toute relative...

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