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Entretien réalisé par Bruno Odent paru dans L’Humanité du 4 avril 2006

Bernd Riexinger : « Notre plus totale solidarité »

mardi 4 avril 2006 par Bruno Odent
Au coeur de la lutte des salariés des services publics en grève depuis neuf semaines, le dirigeant du syndicat Ver.di de Stuttgart évoque la convergence des mouvements français et allemand.

Quel regard portez-vous sur la mobilisation en France contre le CPE ?

Bernd Riexinger. Le mouvement français mérite notre plus totale solidarité. Il est considéré avec beaucoup d’admiration et ressenti comme un exemple par les salariés des services publics régionaux allemands qui viennent d’entrer dans leur neuvième semaine de grève. Les forces les plus déterminées de notre mouvement le disent sans cesse : « Nous devons imiter ce qui se passe en France » si nous voulons gagner. De ce point de vue, il existe sans doute une certaine « idéalisation » de la situation en France mais s’exprime aussi le point de vue qu’il faudrait être capable en Allemagne de conduire une grève générale pour enfin se faire entendre.

En tant que syndicalistes, nous sommes d’autant plus sensibles à l’évolution de la situation française qu’un projet identique, faisant passer la période d’essai de six à vingt-quatre mois, est dans les tiroirs du gouvernement de grande coalition. Dans une version plus étendue même que le CPE français et plus immédiatement menaçante encore pour le Code du travail puisque ce projet concernerait l’ensemble des salariés et non pas seulement les moins de vingt-six ans. Le gouvernement, très mal à l’aise, a décidé de renvoyer à plus tard l’examen de cette mesure. Mais il est clair qu’un succès des luttes en France constituerait un point d’appui considérable dans notre combat pour mettre définitivement hors jeu cette nouvelle flexibilisation du marché du travail.

Une aussi longue grève dans les services publics, c’est inédit en Allemagne. Quel est le secret d’une telle ténacité ?

Bernd Riexinger. C’est surprenant en effet et quelque peu en décalage avec la culture syndicale de notre pays. Malgré les difficultés de vie supplémentaires induites par la longueur de la grève, la détermination des salariés de Stuttgart et de la région est quasiment aussi forte qu’au début. Je crois que les attaques pour faire passer la durée du travail de 38,5 à 40 heures (à rémunération équivalente - NDLR) ont constitué une sorte de goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà plein à ras bord. Depuis des années, nous subissons, au nom de la réforme, des attaques en permanence, qu’il s’agisse de baisser les rémunérations, de démanteler les systèmes sociaux ou les accords tarifaires de branche (convention collective), de décréter l’allongement de l’âge de départ à la retraite ou encore la flexibilisation déjà engagée du marché du travail avec la loi Hartz IV. Tout cela a généré un énorme mécontentement. Et aujourd’hui beaucoup de gens ne croient plus à ce discours sur l’inéluctabilité, voire la modernité, de ce genre de mesures et on entend tout simplement le manifester et se défendre bec et ongles. Des mouvements de grève s’annoncent aussi dans la métallurgie. Cependant, chacun des protagonistes se bat de façon encore isolée. Il serait temps, à mon avis, de faire converger ces luttes tant au plan allemand qu’européen.

Précisément, quelle riposte européenne pourrait être envisagée ?

Bernd Riexinger. Donner à ce type de combats une dimension européenne relève de l’urgence. Nous avons toute une série de domaines dans lesquels des actions communes des syndicalistes des différents pays seraient nécessaires. Il s’agit, par exemple, de la lutte pour les salaires, contre les dérégulations sociales, contre l’allongement du temps de travail, les privatisations qui sont mises en oeuvre partout en Europe. Sur toutes ces questions, je pense que nous devrions et nous pourrions placer le niveau des protestations communes un cran largement au-dessus. « Résistance, résistance, », crient les jeunes manifestants français. Je crois que ce serait l’une des tâches les plus importantes des syndicats et des mouvements sociaux que de faire monter les convergences et la capacité à nous battre ensemble à l’échelle de l’Europe.

* Fausto Bertinotti, président du Parti de la gauche européenne, a apporté son soutien aux « étudiants, jeunes, salariés représentant une large majorité du peuple français » qui défilent aujourd’hui. « Comme cela s’est déjà passé le 29 mai 2005 avec le "non" au traité constitutionnel, le peuple français fait entendre encore très fort son non à la mise en cause de ses droits, à la précarisation et au néolibéralisme. Les manifestations immenses démontrent la faillite des politiques néolibérales qui, loin de bâtir l’avenir doré promis, amènent au désastre social. C’est contre ça que les jeunes se battent. Leur lutte est notre lutte... »

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