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Nathalie Fredon | La Marseillaise le 03.04.2009

« Bientôt nous serons un pays sous-développé »

samedi 4 avril 2009 par Nathalie Fredon
Issue de la fusion de Cofathec (GDF) et Elyo (Suez), Cofely, branche de services à l’énergie de GDF-Suez vient de naître. Trois salariés évoquent la crise, le chômage, la rémunération des patrons… Entre indignation (unanime) et défaitisme.

Depuis le 3 février dernier, Jean-Luc n’est plus le secrétaire du comité d’entreprise de Cofathec (site de Bouc-Bel-Air). Et pour cause son entreprise, filiale de GDF-Suez, a fusionné avec Elyo, filiale de Suez pour donner naissance à Cofely, société de services en efficacité énergétique et environnementale (SSEEE), branche de services à l’énergie GDF-Suez : 35000 salariés dans quinze pays du monde. Il se représentera cet automne. Pour l’heure, c’est au siège parisien que le dialogue social se noue pour créer le statut collectif de l’ensemble des salariés ; un objectif majeur. Les syndicats ont eu « l’assurance » qu’il n’y aura aucun licenciement du fait de la fusion pendant les trente-six prochains mois. « Les choses ne se passent pas trop mal, mais nous restons vigilants sur la défense de nos acquis ».

« Tout est devenu artificiel »

Son avis sur la crise actuelle dans le monde ? « Quand on voit les profits de Total ou Arcelor-Métal et les entreprises qui font des bénéfices tout en licenciant, pour en faire encore plus, on se dit vraiment qu’on nous prend pour des dindons. » Jean-Luc est indigné. Parfois il ressent du « dégoût ». « Bientôt, dit-il, nous serons un pays sous-développé ». Il n’entend que trop parler de la rémunération des dirigeants pendant que grossissent les rangs du chômage. « Le problème c’est qu’avant, on pouvait encore négocier avec les patrons. Aujourd’hui, il n’y en a plus. Reste des actionnaires et des directeurs de société. Regardez ce qu’est devenu le bassin d’emploi de Marseille ! Pendant ce temps, on met des emplâtres du type RSA qui tomberont forcément un jour. Les gens vivent de rêves et d’illusions quand ce n’est pas à crédit. Tout est devenu artificiel. On crée des valeurs qui n’en sont pas, ce sont des valeurs virtuelles qui n’épargnent aucun secteur, de l’éducation, à l’art en passant par l’immobilier ou les administrations. Parallèlement, le repli sur soi progresse. Les gens se cachent de tout. N’osent même pas montrer leur fiche de paie … Il faudrait une mobilisation d’une autre ampleur en France pour changer la donne ».

« Plus rien n’est acquis »

GDF-Suez a annoncé l’attribution de 4,7 milliards d’euros aux actionnaires dont 35% à l’Etat, l’octroi de 4,4 milliards d’actions à tous les collaborateurs et l’équivalent de 6,5 millions d’euros de stock-options destinés à 8000 cadres et dirigeants de l’entreprise. Isabelle, secrétaire technique, dix ans d’ancienneté au sein de feu Cofathec, choisit de garder une certaine distance. « Je suis peu sensible au phénomène des stock-options et autres parachutes dorés qui concernent les dirigeants des groupes internationaux. « a me dérange mais le décalage est tellement grand que c’est presque irréel. Ils ne vivent pas sur la même planète que nous, les salariés et les ouvriers. En revanche, quand je tombe sur un homme-sandwich projeté dans la rue parce qu’il n’a plus d’autre issue que celle de se vendre sur le trottoir, je suis bouleversée. Nous concernant, il ne faut pas se leurrer et au contraire, rester très vigilants. Mais nous sommes, dans notre entreprise, encore un peu préservés de la tourmente et nous bénéficions d’avantages sécurisants. Personnellement, je ne vois pas la fusion d’une manière négative, car elle peut ouvrir de nouvelles portes en interne. Ce qui est pénible c’est l’attente d’une nouvelle réorganisation et surtout veiller à ce que personne ne soit lésé. » « Nous avons aujourd’hui en France une seule certitude : plus rien n’est acquis, tranche Nathalie, secrétaire, oscillant entre défaitisme et espoir. « J’ai le sentiment que tout peut basculer brutalement dans le positif ou le négatif. Nous n’avons plus l’esprit tranquille. A l’image du système américain, on peut se trouver à la rue du jour au lendemain. Pendant ce temps, « ils » détournent publiquement et officiellement de l’argent. C’est révoltant. Je pense à toutes ces banques dont je me demande encore aujourd’hui à quoi les prêts ont servi et surtout pour qui ? « a n’a pas de sens d’en arriver à un système pareil pour gérer une crise. »

« Une justice à deux vitesses »

Dépitée, Nathalie évoque des exemples de dérives tellement médiatisées qu’elle en renoncerait presque aux infos quotidiennes. En cause, les priorités du gouvernement. « La fracture sociale est amorcée depuis longtemps. Nous subissons chaque jour le poids de l’écart entre les riches et les pauvres, puisque nous sommes au milieu. D’un côté les grands patrons qui s’en vont avec des millions même quand ils sont en faillite et à l’opposé, le licenciement d’un salarié pour une broutille professionnelle. Ou encore, des financements pour les plus riches pendant que les PME tentent de s’en sortir en associant les salariés à la survie de l’entreprise. Une justice à deux vitesses. Et Nathalie d’interpeller les partis tout en précisant qu’elle n’en attend plus grand chose : « Pourquoi les politiques n’ont rien fait pour interdire cela ? ».

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