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Libération le 12.04.2008

Bosch : la discrimination de retour aux prud’hommes

samedi 12 avril 2008

DISCRIMINATION - La décision se rapproche. Après près de quatre ans de procédure, l’affaire de la discrimination présumée chez Bosch repassait vendredi devant le conseil de prud’hommes de Lyon. Présidé cette fois par un juge départiteur, c’est à dire un magistrat professionnel, chargé d’arbitrer le dossier. Les quatre conseillers prud’hommes - deux salariés et deux employeurs - n’avaient, logiquement, pu se départager...

Vingt-cinq salariés poursuivait la procédure, sur les 35 engagés au départ. Vingt-deux hommes qui affirment avoir souffert de discrimination raciale. Et trois femmes de discrimination sexiste. Selon Pierre Masanovic, avocat de la CGT et de ces ouvriers, une partie des travailleurs de Bosch n’a pas eu la même avancée de carrière que les autres, en raison de leur sexe, de la couleur de leur peau, ou de la consonance de leur nom. Et ce depuis 1966.

Transaction. L’avocat a cité de nombreux témoignages, insistant notamment sur le surnom donné à un atelier concentrant les machines les plus dures, et le travail le plus salissant : "le continent noir". Comme à l’audience précédente, les juges ont ensuite avalé deux bonnes heures de démonstration chiffrées. La CGT a comparé les sorts de salariés entrés dans l’entreprise la même année et au même niveau de qualification. Selon elle les ressortants africains et des départements d’outre-mer ont été pénalisés. En 1984 par exemple, année où Bosch embauchait Mohamed Brahmi, responsable du "collectif discrimination" (à qui une transaction de 6.000 euros a d’ailleurs été proposée), une trentaine d’ouvriers intégraient l’entreprise. Depuis, 80% des non métropolitains ni communautaires seraient restés à l’indice 170 ou moins ; contre 10% seulement de leurs collègues issus de la communauté européenne, et métropolitains pour les Français d’origine.

"Je ne sais pas si nous avons la compétence statistique pour apprécier ces distorsions", a prévenu dans une moue Joseph Aguera, l’avocat de Bosch. Lui s’est appuyé sur toute l’ambiguïté du "plafond de verre" (sans le faire céder). "Quels sont les critères pour délimiter la ligne entre ceux qui seraient discriminés et les autres, a-t-il demandé. Quand ça vous arrange, c’est la race, quand ça vous arrange, c’est la couleur, quand ça vous arrange, c’est la consonance des noms. Mais s’il y avait eu un Suisse, on l’aurait mis où ?" Une voix dans le public a alors chuchoté : "On l’aurait mis P3".

Atout. L’avocat de l’employeur a égrené les noms de "blancs" restés en bas de l’échelle, et ceux d’ouvrier d’origine étrangère qui ont progressé. "Celui qui n’aime pas les noirs et les Arabes n’en aime aucun", a-t-il tonné. Pierre Masanovic lui a répondu qu’il ne poursuivait pas pour racisme mais pour discrimination raciale, et que l’examen de la discrimination était individuel. Le 2 avril 2008, a-t-il d’ailleurs rappelé, la cour d’appel de Versailles a donné raison à deux salariés de Renault qui poursuivaient pour discrimination raciale. Et rejeté les demandes de leurs camarades.

Boschfelixledru L’avocat des salariés avait un atout nouveau dans les manches de sa robe. Il y a quelques mois, il affirmait que des transactions avaient été proposées à des salariés pour qu’ils n’aillent pas aux prud’hommes. Cette fois, il en a fourni au tribunal. Seize ouvriers au total en auraient bénéficié.

"Pourquoi est-ce qu’on a proposé à des gens d’accepter des transactions pour abandonner un procès pour discrimination raciale, s’il n’y a pas eu de discrimination raciale ?" Joseph Aguera répond que "jamais Bosch n’a transigé en reconnaissant que c’était sur des critères de discrimination raciale". Mais l’avocat oublie de préciser en raison de quels autres critères s’étaient opérés des différences de traitement justifiant ces transactions.

Pour chacun des salariés, Pierre Masanovic a demandé 50.000 euros et le reclassement au niveau immédiatement supérieur. Une "procédure purement médiatique, vouée à l’échec", affirme son contradicteur. Le jugement sera rendu le 20 juin. Ol.B.

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