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Article de Alain Cwiklinski paru dans L’Humanité le 27 novembre 2006

Bourgeois Découpage : 38 heures et demie ou la porte

lundi 27 novembre 2006 par Alain Cwiklinski
temps de travail . Une entreprise bisontine propose à ses salariés d’allonger la durée hebdomadaire de travail. Sinon c’est une centaine de licenciements.

À Besançon, le PDG de Bourgeois Découpage, leader mondial de la fabrication d’alternateurs, ne fait pas dans la dentelle quand il parle de chiffres : le chiffre d’affaires devrait baisser de 0,8 % en 2006 et s’il n’arrive pas à redresser la barre, en 2007, l’indicateur de croissance pourrait faire un plongeon de 10 %. Dans ce joli nuage financier, on ne parle pas des bénéfices réalisés. Bref, il en conclut qu’il perd de l’argent et que la variable d’ajustement sera, comme toujours, l’emploi. Et il annonce la suppression de 100 postes sur les 543 salariés de l’entreprise. Enfin, pas tout à fait ! Il module à sa propre sauce : « Il y aura beaucoup moins de licenciements si le personnel accepte de passer à 38,5 heures comme le font nos clients Siemens et Bosch. Nos concurrents italiens sont à 41 heures, les Slovènes à 40. Nous ne pouvons être compétitifs dans le contexte actuel », souligne Raymond Bourgeois.

Les 35 heures sont outrageusement caricaturées par ce vif partisan du MEDEF : « J’emploie 570 personnes et 5 % des effectifs sont en vacances en permanence avec les RTT. Comme la réduction du temps du travail laisse du temps disponible, les salariés font du sport et, les lundis et mardis, je récolte de plus en plus des arrêts de travail parce que les gens se sont fait mal en courant ou en faisant du vélo. » Cela s’appelle une charge et nul doute pour Ousmane Ba, le délégué CGT de l’entreprise, que ce patron « relaie parfaitement la campagne contre les 35 heures orchestrée actuellement par le MEDEF ». Le dirigeant a poussé le bouchon un peu plus loin en demandant à ses salariés de faire l’impasse, pendant deux ans, sur leur 13e mois. « Trop, c’est trop. Avec les primes d’ancienneté et celles liées à ma fonction, au bout de dix-huit ans, je gagne 1 200 euros par mois. On demande toujours aux mêmes de faire des sacrifices », peste un employé.

La pression exercée sur les salariés par ce dirigeant d’entreprise a laissé les organisations syndicales sans autre possibilité que de demander un référendum au sein de l’entreprise sur les propositions de leur patron : « Des journaux disent déjà que nous avons accepté de passer de 35 heures à 38,5 heures sans compensation. C’est absolument faux. Un premier sondage rapide a été effectué à main levée. Pour le 13e mois, les Bourgeois ne semblent pas prêts à lâcher. On s’est battus pendant vingt ans pour obtenir cette prime. En revanche, une partie des salariés s’est dite prête à travailler plus longtemps si cela peut permettre d’éviter des licenciements, mais il ne s’agit pas de la majorité », indique Ousmane Ba. Pour en avoir le coeur net, la CGT, la CFTC et la CGC ont demandé à la direction d’organiser un référendum dans l’entreprise. Dans l’attente, chez Bourgeois, on continue à travailler 35 heures et à faire du vélo.

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