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Un article de Pierre Souchon paru dans L’Humanité du 12 avril 2006

Brandir une pancarte peut nuire gravement aux anti-CPE

mercredi 12 avril 2006 par Pierre Souchon
Répression . Interpellé pour violence sur un CRS, Grégory nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés.

« Naïf. » Grégory, vingt-quatre ans, résume d’un mot son état d’esprit du moment. À la fin de la manifestation parisienne contre le CPE du 28 mars, cet élève de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) se trouve sur la place de la République. Peu après 18 heures, des incidents éclatent entre les manifestants et les forces de l’ordre. Les projectiles volent sur les gendarmes mobiles. « Une violence bête et méchante, qui ne sert à rien », assure Grégory, un des délégués de l’EHESS à la coordination francilienne anti-CPE.

Une trentaine de mètres séparent les jeunes des gendarmes. De nombreux photographes se tiennent sur les côtés. « Pour contraster avec la violence ambiante, j’ai fait un sketch. Je marchais doucement dans cette zone-là avec ma pancarte », se souvient Grégory. Une pancarte ornée de photos des précédentes manifestations, ainsi que d’un slogan hostile à l’UMP, qui se terminait par ces mots : « On ne s’arrêtera pas là, vous avez encore le choix. »

La scène dure plusieurs minutes. Puis Grégory entend crier : « Lui, on le chope ! » Cinq gendarmes mobiles sortent du rang et saisissent le jeune homme qui n’oppose pas de résistance. « Je connais les lois. Je sais que porter une affiche n’est pas répréhensible, sauf si elle comporte une diffamation. » Menotté, Grégory s’interroge donc sur le caractère diffamatoire de sa pancarte, avant d’être emmené au commissariat de la Goutte d’Or où il est placé en garde à vue en début de soirée. « J’ai pensé qu’ils allaient regarder leurs vidéos et me mettre dehors rapidement », assure cet étudiant qui est aussi journaliste-pigiste à Charlie Hebdo, 20 minutes et l’Humanité.

Grégory passe la nuit en cellule. À 9 heures du matin, sans avoir mangé ni dormi, il est confronté avec un CRS qui le reconnaît à sa tenue vestimentaire comme l’auteur d’un jet de projectile qui ne l’a pas blessé. « J’avais une veste noire à capuche, un jean et des baskets. Beaucoup de jeunes sont habillés de cette façon », relève le jeune homme qui nie les faits. Le CRS porte plainte contre lui pour « violence volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique sans incapacité ». Lors de la confrontation, Grégory lui oppose pourtant qu’il n’a aucune preuve de ce qu’il avance. « Il m’a répondu : ’je suis assermenté. Ce n’est pas à moi de prouver que vous êtes coupable. C’est à vous de démontrer que vous êtes innocent’ », raconte le jeune homme. Conseillé par un avocat, Grégory refuse la comparution immédiate. Libéré le 30 mars, il tente depuis lors de rassembler les preuves de son innocence, faisant appel aux nombreux photographes qui étaient présents lors de la fin de la manifestation. Grégory encourt trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Son procès est fixé au 4 mai prochain.

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