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Article de Lucy Bateman paru dans L’Humanité du 13 septembre 2005.

Breton déménage les chômeurs

mardi 13 septembre 2005 par Lucy Bateman

Le chômeur en veut, le chômeur a la bougeotte, le chômeur est prêt à quitter sa région et sa famille en échange de 1 500 euros et d’un emploi de six mois, même payé au SMIC. C’est en tout cas le pari de Thierry Breton. Le ministre de l’Économie a précisé hier dans le Parisien les mesures d’aide à la mobilité géographique des sans-emploi qu’il avait proposées le 21 juin dernier. Deux mesures qui figureront dans le projet de loi de finances 2006, qui sera présenté le 28 septembre. Le ministre a d’abord annoncé qu’un crédit d’impôt de 1 500 euros sera mis en place pour les demandeurs d’emploi qui accepteront de prendre un travail à plus de 150 ou 200 km de leur domicile. Cette ristourne s’adresse aux chômeurs, bénéficiaires des minima sociaux depuis un an, ou d’un plan social, qui trouveront un nouvel emploi de six mois minimum d’ici au 31 décembre 2007. Pour les personnes non imposables, nombreuses parmi les chômeurs, elle prendra la forme d’un chèque libellé par le Trésor public.

des sanctions accrues

La seconde mesure concerne les chômeurs tentés par un emploi à 200 km de chez eux, mais qui seraient propriétaires de leur logement : « On va mettre sur pied un dispositif permettant dans ce cas-là d’alléger les impôts dûs sur les revenus locatifs », a expliqué Thierry Breton au Parisien. « C’est très important d’encourager les gens à reprendre un emploi », insiste le ministre, qui déplore que dans certaines régions comme « le Nord, (...) près de 90 % de la population vit où elle est née ».

Et d’ajouter : « C’est important d’avoir des racines, mais ça l’est aussi d’inciter les gens à chercher du travail en dehors de leur lieu de résidence, même si le changement géographique est souvent synonyme de traumatisme. » Ces dispositions s’ajoutent aux mesures annoncées par le premier ministre Dominique de Villepin : prime à la reprise d’emploi pour les bénéficiaires de minima sociaux, mais surtout sanctions accrues en cas de refus d’emploi ou de formation. Jusqu’ici, le chômeur pouvait légitimement refuser un travail ne correspondant pas à ses qualifications, à sa situation géographique ou au salaire normal dans la profession. Villepin a introduit dans les critères d’effectivité de la recherche d’emploi la « capacité d’insertion professionnelle » du chômeur et « l’état du marché du travail ». En rendant la mobilité plus attractive, le gouvernement encourage donc l’ASSEDIC à sanctionner l’allocataire qui rechignerait à quitter sa famille.

Car le chômeur a souvent un conjoint qui travaille, et qu’on voit mal quitter son emploi pour suivre le bénéficiaire de l’aide à la mobilité, sauf si ce dernier est mieux payé. Par ailleurs, la faiblesse des allocations chômage et des minima sociaux rend souvent illusoire une recherche d’emploi coûteuse dans une région éloignée. « L’aide aura un effet d’aubaine pour ceux qui auraient, de toute façon, changé de travail ou de région », analysait l’économiste Henri Sterdyniak (OFCE) dans la Croix du 29 juillet dernier.

accepter n’importe quel emploi

« 500 postes sont vacants dans les travaux publics, la restauration, et dans plusieurs régions de France », se lamentait hier Thierry Breton dans le Parisien. Des secteurs où les conditions de travail sont notoirement pénibles et les salaires très bas. Mais au lieu d’améliorer les conditions d’embauche, le gouvernement préfère forcer les chômeurs à accepter n’importe quel emploi.

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