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Entretien réalisé par Ludovic Tomas paru dans L’Humanité du 13 mars 2006

Bruno Julliard : « On est loin d’être à l’apogée de la mobilisation »

lundi 13 mars 2006 par Ludovic Tomas
Pour le président de l’UNEF, le gouvernement joue la provocation car il est dos au mur. Selon le dirigeant syndical, le mouvement a des réserves importantes.

Comment interprétez-vous la répression policière ordonnée par le gouvernement ?

Bruno Julliard. C’est le principe du pompier pyromane. Le gouvernement a besoin de débordements pour prétendre ramener le calme. Pour rétablir l’ordre, il faut du désordre. Or il n’y en a aucun. Il y a seulement des étudiants qui veulent se mobiliser de manière calme et pacifique. C’est pourquoi le gouvernement a joué la provocation en évacuant puis en fermant la Sorbonne. Nous condamnons fermement cette décision, qui est une atteinte au droit de grève. Et qui plus est veut faire croire aux étudiants que, s’ils se mettent en grève, ils jouent avec leur vie. Je voudrais adresser un avertissement au gouvernement : s’il pense qu’il va réduire l’intensité de la mobilisation ou répondre au - refus et à la détresse des jeunes par la matraque, il se trompe. Ce serait faire un pari extrêmement risqué, qui pourrait aboutir à des débordements et des affrontements graves.

Gilles de Robien affirme que le mouvement est minoritaire et dangereux. Qu’en est-il réellement ?

Bruno Julliard. Le ministre veut décrédibiliser la mobilisation. Pire, il fait le pari de la peur en essayant de convaincre les étudiants que les grévistes sont des terroristes en puissance, qui font régner un état de guerre civile dans les universités. Il se trompe totalement, car, sur le terrain, ce n’est pas du tout l’état d’esprit des étudiants mobilisés. Vendredi soir, on en était toujours à 45 universités en grève. Certains sites ont été occupés pendant le week-end. Il faut s’attendre à une montée en puissance du mouvement dans la semaine. La dernière réunion de la coordination étudiante, samedi à Poitiers, a appelé à une journée d’action demain. Puis l’ensemble des jeunes, étudiants et lycéens, soutenus par les syndicats, organisent une grande manifestation jeudi. Enfin, samedi, c’est la manifestation commune salariés-jeunes.

Comment le mouvement peut encore s’amplifier et déboucher sur une victoire ?

Bruno Julliard. Ce serait trop facile, pour le premier ministre, de lâcher quelques aménagements plusieurs semaines après avoir piétiné la démocratie. Il n’a pas compris la détermination des jeunes à obtenir le retrait du CPE. On sent bien qu’il est dos au mur, alors que, de notre côté, il y a encore un potentiel de massification. On est loin d’être à l’apogée de la mobilisation. Un peu moins de la moitié des universités ne sont toujours pas en grève. Il reste du travail à faire. Et même dans les facs en grève, il faut encore convaincre des étudiants de participer au mouvement. De même pour les lycéens. Enfin, il faut amplifier le mouvement commun entre les jeunes et les salariés. Tout cela laisse des réserves importantes, qui ne peuvent nous rendre qu’optimistes pour la suite. Si Villepin veut ouvrir la discussion, il doit remettre le compteur à zéro. Ce ne sont pas quelques carottes qui suffiront à faire rentrer les étudiants chez eux.

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