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Article de PIERRE AVRIL et CYRILLE LACHEVRE. Publié dans Le Figaro le 13 octobre 2006

Bruxelles : les Européens doivent retarder leur retraite

vendredi 13 octobre 2006 par Pierre Avril, Cyrille Lachèvre
L’Union européenne prévoit 40 millions d’immigrés d’ici à 2050.

POUR éviter que l’Union européenne ne périclite, victime du vieillissement inexorable de sa population, les couples devraient avoir plus d’enfants, les salariés travailler plus longtemps, les gouvernements se coordonner pour favoriser l’immigration légale et les États se mettre à la diète. Ces préconisations ont été rendues publiques hier par la Commission européenne dans une communication consacrée au « défi démographique », considéré à la fois comme une « bombe à retardement » et une « chance pour l’Europe ».

Les indicateurs sont jugés inquiétants. Aujourd’hui, le taux de fécondité dans l’UE (nombre moyen d’enfants par femme) atteint seulement 1,5 enfant et n’évoluera guère d’ici à 2030 (1,6). Or, si l’Union voulait simplement stabiliser sa population, en dehors de tout recours à l’immigration, elle aurait besoin d’un ratio de 2,1 enfants. Parallèlement, l’espérance de vie à la naissance pourrait, d’ici à 2050, s’accroître de cinq années supplémentaires, entraînant une augmentation de 10 % des dépenses publiques. « Les finances globales risquent de devenir insoutenables dans beaucoup de pays », prévoit la Commission.

Chute de la croissanceL’immigration, elle, se poursuivra, Eurostat prévoyant qu’environ 40 millions de personnes afflueront vers l’UE d’ici à 2050. Faute d’une croissance suffisante, les économies en développement comme la Chine et l’Inde pourraient fabriquer à la pelle des candidats au départ, a fortiori si leurs taux de natalité s’emballent. Dans le même intervalle, la population européenne en âge de travailler (15-64 ans) diminuera de 48 millions tandis que le taux de dépendance doublera, pour atteindre 51 %. Corollaire de ce phénomène, le taux de croissance passera mécaniquement de 2,4 % sur la période 2004-2010 à seulement 1,2 % entre 2030 et 2050. Ainsi, l’Europe en sera réduite à « s’appuyer sur les gains de productivité comme source majeure de croissance économique », estime Bruxelles.

En réponse à ces défis, l’exécutif européen préconise le développement d’une politique familiale dans les états membres, comme ceux-ci s’y étaient déjà engagés en 2002, afin d’accroître l’offre de garde d’enfants ; Il souhaite la promotion d’un « vieillissement actif », le travail au-delà de la soixantaine « ne devant plus être l’apanage des hauts revenus et hauts diplômes ». Bruxelles plaide également en faveur d’une « politique commune » d’immigration « aux fins d’emploi » et appelle les Vingt-Cinq à étoffer leur offre de services aux personnes âgées, à promouvoir les infrastructures, l’éducation et la recherche. Ces investissements devront aller de pair avec une poursuite des réformes structurelles liées aux pensions et au travail des seniors. Dans une version antérieure du document, Bruxelles jugeait nécessaire de privilégier une « réduction des dépenses » plutôt qu’un « accroissement des taux d’imposition et des cotisations sociales », ce qui aurait des répercussions néfastes sur l’emploi. Ce couplet anti-impôt a finalement été expurgé de la version finale présentée hier.


Standard & Poor’s presse la France de poursuivre les réformes structurelles

Selon l’agence de notation, en l’absence de mesures structurelles, les dépenses de santé et de retraites amèneront la dette française à 225 % du PIB en 2050.

« EN PROGRÈS mais doit encore travailler plus... » Dans une étude publiée cette semaine, l’agence de notation Standard & Poor’s accorde toujours à la France la meilleure note possible pour un État souverain. « La France continue d’afficher les principaux traits caractéristiques d’un État noté AAA, tels qu’une économie riche et diversifiée et un cadre institutionnel stable assurant une politique macroéconomique prudente », expliquent les analystes de S & P à l’attention de leurs clients acheteurs de dette publique française.

L’étude, à jour de la publication du Projet de loi de Finances 2007, prend note des prévisions du gouvernement de ramener le déficit public à 2,5 % du PIB en 2007 et d’abaisser le ratio d’endettement de 3 points entre 2006 et 2007 pour le faire revenir à 63,6 % du PIB contre 66,6 % fin 2005. « Certaines des bases politiques et institutionnelles nécessaires à un assainissement des finances publiques ont été posées, suite au rapport Pébereau (NDLR : publié en décembre 2005) et à l’accélération des actions de modernisation de la gestion des administrations », se félicite l’agence.

Moritz Kramer, l’un des auteurs de l’étude, est plus direct : « Nous accordons toujours la meilleure note possible à la France car nous pensons que ses dirigeants ont pleinement intégré les défis posés par les finances publiques. » Mais pas question, pour autant, de relâcher la pression. Au contraire : depuis deux ans, Standard & Poor’s estime que les principaux ratios financiers du pays « se sont éloignés des niveaux médians de la catégorie « AAA » ».

Message pour les candidats à la présidentielleEn d’autres termes, la France a de plus en plus de mal à s’accrocher au wagon des meilleurs élèves, notamment parce que sa croissance économique, de 1,4 % en moyenne au cours des trois dernières années, est très éloignée de la croissance moyenne des pays notés « AAA » (2,6 %). Or, dans la mesure où la France dispose « d’une flexibilité budgétaire faible tant en matière de recettes que de dépenses », cette faible croissance rendra de plus en plus difficile le financement de ses dépenses incompressibles, en particulier celles de santé et de vieillesse.

En l’absence de nouvelles mesures structurelles dans ces deux domaines, S & P prédit un cataclysme : après une légère baisse dans les trois prochaines années, le ratio d’endettement repartira de plus belle pour dépasser les 100 % du PIB à l’horizon 2025 et atteindre les 225 % en 2050. « Rassurez-vous, la France ne sera pas la seule », ironise Moritz Kramer. Sur les 32 principaux pays membres de l’OCDE, l’agence estime que 90 % d’entre eux auront sombré dans la « catégorie spéculative » (la plus mauvaise note possible) à l’horizon 2040. Une manière d’inciter chacun d’entre eux à prendre dès aujourd’hui des mesures structurelles pour assurer le financement des dépenses de santé et de vieillesse. Et d’envoyer un message très clair - s’agissant de l’Hexagone - aux futurs candidats à la présidentielle : « Le renversement de la tendance à l’endettement sous entend un effort de réforme accru, après les élections de 2007. »

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