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Vittorio DE FILIPPIS | Libération le 27 mars 2007

CO2 : « Il reste la moitié du chemin à faire »

mardi 27 mars 2007 par Vittorio DE FILIPPIS
Philippe Quirion, économiste, réagit au nouveau plan français d’affectation de quotas de C02 aux industries.

La Commission européenne a approuvé hier le nouveau plan français d’affectation de quotas de CO2 aux industries « énergivores » pour la période 2008-2012. Elle a en revanche réduit de 26,7 % les quotas proposés par la Pologne et de 14,8 % ceux de la République tchèque. Entretien avec Philippe Quirion, économiste et membre du Réseau action climat France.

Vous aviez sévèrement critiqué le premier plan présenté par la France. Aujourd’hui, comment réagissez-vous à cette nouvelle proposition ?

La France, à l’instar de la plupart du reste de l’Union européenne, avait fait preuve d’un grand laxisme lors de la première période d’affectation des quotas d’émissions de dioxyde de carbone aux installations industrielles françaises. Ses propositions, pour la période 2005-2007, sabotaient les efforts européens de lutte contre les changements climatiques. En clair, les autorisations d’émettre du CO2 étaient, en volume, supérieures aux besoins réels des entreprises concernées. Résultat ? Plutôt que de se raréfier, la tonne de CO2 est devenue abondante. Tellement abondante que son prix ne dépasse pas un euro. Bref, avec un prix aussi bas, aucune industrie, dès lors qu’elle dépasse ses quotas d’émissions de CO2 , n’est pénalisée par ses excès de pollution.

Cette tendance de prix dépréciés peut-elle s’inverser ?

Pour l’instant, seule une moitié des pays européens ont déposé leurs quotas d’émissions auprès de la Commission européenne. Quoi qu’il en soit, les quotas français correspondent à nos attentes. Il y a plusieurs mois, Greenpeace avait commandé une étude à Ecofys, un bureau d’étude européen, en lui demandant quel serait le plan idéal d’émissions de CO2 en France. La réponse se situait aux alentours des 130 millions de tonnes de CO2 par an.

Ce qui correspond donc à l’offre française acceptée par la Commission...

Oui. Sur la seconde période 2008-2012, les industries très gourmandes en énergie, comme les métaux ferreux, l’industrie minérale, papeteries, raffineries et autres centrales électriques, responsables de près de la moitié de CO2 en France, seront autorisées à émettre 132,8 millions de tonnes par an, alors que dans sa première version, Paris proposait 155,6 millions de tonnes. S’agissant des prix, les opérateurs qui travaillent sur le marché du CO2 ont déjà anticipé la fin de ce laxisme.

Comment ?

En achetant déjà des tonnes de CO2 qui n’existeront qu’à partir de 2008. Le prix de cette tonne de CO2 se négocie aujourd’hui près de 15 euros. Les marchés ont compris que le volume de quotas sera de plus en plus restreint, ce qui explique cette hausse de prix sur la tonne de CO2 à venir.

L’Europe est sur la bonne voie ?

En partie seulement. Car il reste la moitié du chemin à faire. En fait, le système des quotas de gaz à effet de serre ne couvre pas les rejets d’émissions des transports, ni du chauffage ni de l’agriculture. Trois secteurs qui représentent la moitié des émissions de CO2. Il reste donc à mettre en place, et au niveau européen, des politiques de contrôle de ces émissions.

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