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Un article de Rémi Barroux, Christophe Jakubyszyn, Isabelle Mandraud paru dans Le Monde du 25 janvier 2006

CPE : M. de Villepin accélère pour contrer les syndicats

mercredi 25 janvier 2006 par Rémi Barroux, Christophe Jakubyszyn, Isabelle Mandraud

Dominique de Villepin est pressé d’en découdre. Son contrat "première embauche" (CPE) pour les jeunes de moins de 26 ans - un contrat à durée indéterminé assorti de deux ans de période d’essai - devrait être discuté par l’Assemblée nationale dès le 31 janvier. Le 16, le premier ministre avait indiqué qu’il se servirait d’un "support" législatif existant - le projet de loi sur l’égalité des chances, conçu comme une réponse à la crise des banlieues de l’automne 2005 et déjà adopté par le conseil des ministres. Pour aller encore plus vite, Matignon a fait savoir, lundi 23 janvier, que ce texte, initialement programmé à la mi-février, prendrait la place, dans le calendrier parlementaire, de la loi sur la recherche, et serait examiné en séance dès le 31 janvier. Pour parfaire son offensive, M. de Villepin a déclaré l’urgence sur ce texte (une seule lecture dans chaque chambre). L’Assemblée devrait le voter le 21 février.

Dès mardi 24 janvier, trois ministres, Jean-Louis Borloo (emploi), Azouz Begag (égalité des chances) et Catherine Vautrin (cohésion sociale) devaient présenter le texte à la commission des affaires sociales. Le projet de loi compte parmi ses dispositions majeures la réforme de l’apprentissage, avec possibilité de signer un contrat dès l’âge de 15 ans, et l’instauration d’un "contrat de responsabilité parentale", assorti d’une éventuelle mise sous tutelle des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire. Pour le moment, il ne dit mot sur le CPE. M. de Villepin veut éviter la censure du Conseil constitutionnel qui avait retoqué en 2003 des dispositions relatives aux élections régionales au motif que le texte déposé sur le bureau de l’Assemblée n’était pas conforme à celui adopté en conseil des ministres. Le gouvernement devrait donc présenter des amendements plus tard, "après les avoir soumis pour avis au Conseil d’Etat", précise Matignon.

L’accélération du calendrier galvanise la gauche, déjà mobilisée contre le CPE. "Le gouvernement craignait un mouvement, il a fait un calcul par rapport aux vacances scolaires et universitaires, accuse François Hollande. Mais en accélérant le mouvement, il montre qu’il n’est pas sûr de lui". Pour le premier secrétaire du PS, qui fustige "un mauvais texte et une entourloupe", la mobilisation doit être "totale". "Les jeunes, dit-il, ont dans leurs mains pas seulement leur destin, mais celui d’un mouvement plus puissant qui pourrait concerner tous les salariés." Pour le socialiste Dominique Strauss-Kahn, "cette nouvelle provocation appelle une riposte unitaire de grande ampleur de toute la gauche".

A quelques jours d’une rencontre prévue le 8 février, entre le PS, le PCF, les Verts, le PRG et le MRC de Jean-Pierre Chevènement, le CPE pourrait servir de dénominateur commun à des partis qui peinent à s’entendre sur un éventuel programme de gouvernement. Lors d’une rencontre prévue avec des salariés d’Eurodisney, mardi 24 janvier, la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, devait dénoncer le lien entre "la jeunesse et la précarité".

De nombreuses organisations de jeunes, politiques et syndicales - UNEF, Jeunes CGT, le MJS (socialiste), JC (communiste), UEC (communiste), JCR (Ligue communiste révolutionnaire), Jeunes Verts, JRG (radicaux de gauche), Fédération Sud-Etudiants, UNL - ont lancé, le 19 janvier, un appel à la mobilisation et créé un site Internet commun www.stopcpe.net. Les syndicats devaient se retrouver, mardi, au siège de FO à Paris, avec les organisations étudiantes et lycéennes pour mettre au point la mobilisation. "Le gouvernement essaie de passer en force avant qu’une mobilisation s’organise", estime Rémi Jouan (CFDT). Une analyse partagée par tous les syndicats. N’ayant pas réussi à contrer la mise en place du contrat nouvelles embauches (CNE) à l’été 2005, ils ne veulent pas réitérer cet échec avec le CPE.

Plusieurs scénarios étaient envisagés mardi matin, dont la transformation de la journée d’action nationale de la CGT, organisée le 31 janvier. Maryse Dumas (CGT) se déclarait prête à la consacrer à la lutte contre le CPE. "Il faut arriver au rassemblement le plus large", indique-t-elle. La CFDT y est favorable, mais René Valadon (FO) y est très hostile : "Il faut être sérieux, le 31 janvier de la CGT est déjà sur les rails, et nous n’aurons pas le temps de bien préparer les manifestations contre le CPE." FO compte proposer la date du 7 février, alors que l’UNEF avance celles du 1er ou du 2 février. Pour Alain Olive (UNSA), "soit on joue au jeu subtil du syndicalisme français qui consiste à se marquer à la culotte, soit on se met d’accord sur le 31, jour du débat à l’Assemblée".


LE CPE, MODE D’EMPLOI

RÉSERVÉ AUX MOINS DE 26 ANS et aux entreprises de plus de 20 salariés.

PÉRIODE D’ESSAI de deux ans durant laquelle il peut être mis fin sans justification au contrat. Sont décomptés les stages, les CDD ou les formations en alternance effectués dans l’entreprise.

OUVRE DROIT À UNE INDEMNISATION au chômage dès le 4e mois et à un droit individuel à la formation de 20 heures par an dès la fin du premier mois.

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