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Un article de Jacky Durand, François Wenz Dumas et Ludovic Blecher paru sur liberation.fr le 19 mars 2006

CPE : Villepin sous pression

dimanche 19 mars 2006 par François WENZ-DUMAS, Ludovic BLECHER, Jacky Durand
Au lendemain de la manifestation contre le contrat première embauche, le Premier ministre chute de six points dans les sondages• Et doit faire face à un ultimatum des organisations syndicales et étudiantes pour retirer son texte d’ici lundi soir sous menace de grève générale.

Dominique de Villepin va-t-il résister à la vague anti-CPE ? Au lendemain d’une manifestation contre le contrat premier embauche qui a rassemblé plus de 1,5 millions de personnes dans les rues selon les syndicats (500000 selon la police), le Premier ministre se retreouve en chute libre dans les sondages et doit désormais faire face un ultimatum. Dans le dernier baromètre de popularité Ifop/JDD le Premier ministre perd ainsi six points tandis que Jacques Chirac gagne deux points. Villepin tombe à 37% d’indice de satisfaction, contre 43% le mois dernier, selon cette enquête effectuée en plein bras de fer avec les étudiants et les syndicats sur le contrat première embauche. Dans le même temps, les syndicats de salariés et les principales organisations d’étudiants et de lycéens ont donné jusqu’à lundi à Dominique de Villepin et au président Jacques Chirac pour retirer le contrat première embauche, qu’ils menacent sinon d’une mobilisation « qui ira crescendo ».

Le gouvernement et le chef de l’Etat « portent l’entière responsabilité des tensions sociales », a affirmé l’intersyndicale dans une déclaration publiée samedi soir à l’issue d’une troisième journée nationale de manifestations, dont elle a souligné la « formidable ampleur ».

« En cas d’obstination, le gouvernement serait responsable de tous les débordements qu’il pourrait y avoir », a souligné Nicolas Gourc au nom de l’UNL, la principale organisation lycéenne, lors d’une conférence de presse.

Si nécessaire, l’appel à une journée de grève interprofessionnelle sera à l’ordre du jour dès lundi soir, ont précisé à Reuters les délégués de la CGT et de Force ouvrière.

Officiellement, aux termes de sa déclaration, l’intersyndicale se dit « résolue à obtenir le retrait du CPE » et annonce qu’elle se réunira lundi soir « pour décider des suites à donner à ce grand mouvement unitaire ».

« C’est bien évidemment un ultimatum » au gouvernement, a déclaré René Valadon, secrétaire confédéral de Force ouvrière, lors d’une conférence de presse.

« Le gouvernement et le président de la République ont 48 heures pour décider. la seule chose qui nous guide, c’est le retrait du CPE et rien d’autre », a-t-il ajouté.

Le mot « ultimatum » a également été prononcé par le secrétaire général de la CFTC, Jacky Dintinger, et par Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT.

La plupart des responsables syndicaux, représentants de salariés comme d’étudiants, ont insisté sur le fait qu’ils n’avaient pas eu de contact avec le gouvernement au cours des dernières heures.

« Dès lundi matin, nous pensons qu’il faut qu’il y ait des débats et des assemblées dans les entreprises, les lycées, les universités pour que la poursuite du mouvement soit dans les mains de tous », a déclaré à Reuters Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT.

« Si le gouvernement ne prend pas la mesure de ce qui est en train de se passer, on va vers un grand mouvement social », a-t-elle estimé.

« C’est la première fois depuis 2002 qu’on sent un mouvement comme ça dans l’opinion, qui ira encore crescendo. Les gens se sentent concernés à double titre, en tant que salarié et en tant que parent », a-t-elle ajouté.

« Il ne faut pas non plus d’impatience quand on conduit un grand mouvement. Il faut faire très attention à ce qu’on fait », a remarqué Maryse Dumas. « Villepin a engagé une course de vitesse et nous une course de fond. »


A Paris, une foule énorme contre le CPE

Selon les syndicats, 350000 personnes ont défilé samedi contre le contrat première embauche (CPE) dans la capitale. Jeunes, moins jeunes et retraités. Des échaufourrées ont éclaté en fin de journée. En France, au total, on dépasse le million de personnes. Reportage et récit de la marche parisienne.

A 15h, ils sont beaucoup, beaucoup de gens regroupés pour le début de la marche anti-CPE, place Denfert-Rochereau. Les banderoles sont sorties, les jeunes et les moins jeunes mobilisés.

A 16h, la CGT vient à peine de démarrer. Aux cris de « Villepin Démission », « Retrait CPE » la foule compacte avance doucement. Les fédérations de la CGT défilent les unes derrière les autres. Puis vient la CFDT. Il y a un monde fou pour cette manifestation qui devait rassembler salariés et étudiants. Les adultes sont venus nombreux. On voit un panneau : « insurrection =résurrection ». Une jeune fille voilée défile avec un autocollant FO.

Des très jeunes sont là aussi. Un père, avec son fils sur les épaules. Un homme qui tient sa petite amie par la main porte une pancarte : « le pouvoir du fisc contre celui du cœur, j’ai choisi ». La foule est de plus en plus compacte. Ca rappelle la grande manifestation d’avril 2002, après le passage de Jean Marie le Pen au deuxième tour des élections présidentielles.

A 17h, on est encore loin de Nation. Certains sont toujours à Denfert-Rochereau. Un groupe de filles dit "qu’elles refusent la dictature de la précarité imposée par Villepin ». Un homme avec un badge CGT assure qu’il « est heureux de voir ce grand élan de solidarité entre salariés et étudiants contre un gouvernement qui n’a rien à foutre de l’emploi ». Une famille de quatre, deux parents et deux enfants en bas age, marche doucement. « Nos garçons ne sont pas en âge de comprendre et de s’inquiéter de ce qui se passe, mais on est aussi là pour dire qu’on est inquiet de l’avenir », lâche le père. La foule est toujours aussi compacte, on ne peut presque pas avancer.

A 17h30, devant la prison de la Santé. François Hollande et une kyrielle de socialistes sont là. Dominique Strauss Kahn, Laurent Fabius, Jean Paul Huchon et d’autres encore .

Les étudiants de la Sorbonne sont un vrai pôle d’attraction, avec un slogan accrocheur, chanté sous l’air de « Allez, Allez, Milord » : « Allez allez Villepin, nous prends pas pour des cons, ton CPE, c’est fait pour les patrons ». L’ambiance est très kermesse. Chacun est venu avec ses banderolles : « Ils auront bien beau piétiner les fleurs, ils n’arrêteront pas le printemps ». Un couple a un autre slogan, façon Nike : « Just don’t do it ». Noëlle, 53 ans, salariée dans une entreprise américaine : « Nous, on commence à se demander ce que tout ça pourrait donner. Ils embauchent toujours en CDD. Si c’est pour pérenniser ça, c’est pas intéressant ». Nathalie, 43 ans, travaille dans une firme d’assurance . « Nous, on a des jeunes opérationnels au bout de trois mois. Et on va les virer avant deux ans ? C’est pas possible ».

Les syndicats, omniprésents, annoncent déjà plus de 350000 personnes à Paris. Les envoyés spéciaux de Libération parlent « d’au moins 200000 ». Les syndicats préviennent aussi qu’ils vont fixer un ultimatum jusqu’à lundi soir au gouvernement : le retrait du CPE ou l’action va encore prendre de l’ampleur.

18 h, au 41 boulevard Saint Marcel. Une très belle statue de Jeanne d’Arc en bronze avec une pancarte : « Galouzeau, tu vas manger ton chapeau ».

A 19h, échaufourrées place de la Nation avec des petits groupes de jeunes. Un véhicule est incendié. Deux vitrines sont cassées, les devantures d’AGF et Saint Maclou. Gaz lacrymogènes contre jets de pierres. Un groupe de gendarmes mobiles est coincé dans une petite rue.

19h45, quelques dizaines de jeunes tiennent toujours tête aux forces de l’ordre à la Nation. Ils avancent en rangs serrés par vagues successives. Les policiers chargent puis reculent. Selon un policier, les excités sont au nombre de 150, dont une cinquantaine sont « déterminés ».

20 h, les gendarmes qui se trouvaient à proximité se rapprochent de la place de la Nation et encerclent méthodiquement les jeunes qui continuent à utiliser des fumigènes.

20h30, les affrontements se terminent. Dans une conférence de presse, tous les syndicats réunis ont donné rendez-vous au gouvernement lundi à 18heures, en demandant un retrait effectif du CPE.

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