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Gérard Le Puill | L’Humanité le 20.03.2008

Carburants verts ou bombe à retardement ?

lundi 24 mars 2008 par Gérard Le Puill
Un marché mondialisé des carburants agricoles mis en concurrence avec les productions vivrières est un danger.

Alors que les superficies agricoles consacrées aux agrocarburants sont encore très limitées sur la planète, de plus en plus de voix s’élèvent pour signaler un double danger : le bilan écologique discutable de ces nouveaux carburants et l’influence de plus en plus grande de ces productions à usage industriel sur l’envolée des prix alimentaires. Chacun de ces arguments est totalement recevable.

Le bilan écologique des carburants « verts » ne saurait être limité aux moindres rejets de gaz à effet de serre par les véhicules qui les utilisent. Labourer plus de superficies, retourner des prairies et défricher des forêts pour augmenter les hectares consacrés au blé, au colza, au maïs, à la canne à sucre, aux betteraves et aux palmiers à huile, c’est contribuer à d’importantes émissions de CO2, à une accélération du changement climatique.

Les partisans de ces cultures industrielles ne sont pas crédibles quand ils affirment proscrire la déforestation pour les étendre. À supposer qu’ils tiennent parole, ces nouvelles productions énergétiques prendront la place des cultures vivrières qui migreront alors vers les zones forestières à défricher. C’est déjà le cas pour la culture du soja et l’élevage bovin en Amazonie tandis que la canne à sucre prend leur place sur des zones agricoles plus anciennes au Brésil.

En Indonésie, les entreprises engagées dans la culture du palmier à huile défrichent la forêt primaire à grande échelle. C’est notamment le cas dans la province de Riau sur l’île de Sumatra. Les autorités chassent les populations locales qui ne disposent que de droits coutumiers sur les terres qu’elles occupent. En Afrique, l’huile de palme utilisée pour la consommation humaine est déjà hors de prix tandis que plusieurs pays en font de l’agrocarburant. Le Cameroun compte déjà 100 000 hectares de palmeraies industrielles, dont 40 000 sont contrôlés par l’homme d’affaires français Vincent Bolloré.

L’Union européenne a retenu le chiffre de 10 % d’agrocarburants à incorporer dans les véhicules à l’horizon 2020. En préconisant l’externalisation de l’essentiel de cette production et des émissions de CO2 qui lui seront imputables dans les pays du Sud au détriment de leur souveraineté alimentaire.

Si certains pays peuvent trouver légitime de produire des agrocarburants afin de réduire leur dépendance énergétique, rien ne serait pire que d’en faire un marché mondial pratiquant la sélection par l’argent et donnant la priorité au réservoir des voitures de riches sur l’estomac des pauvres. Qu’un tel danger ait échappé à pratiquement tous les grands décideurs politiques qui comptent sur la planète, à l’exception notable de Fidel Castro depuis son lit de convalescent au printemps 2007, est plus que préoccupant. Car le marché mondial encore naissant des agrocarburants est une énorme bombe à retardement.

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